Ferme Bococo : Près des œufs, loin du beurre!
Il y a peu de certitudes dans la vie, sauf celle-ci pour Marie-Christine Coulombe : les deux traites par jour ont été remplacées par une collecte quotidienne d’œufs!
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QC5F1. C’est ce code que vous trouverez imprimé sur les cocos de Ferme Bococo, qui a démarré en 2015 grâce à l’obtention d’un quota de 6000 poules dans le cadre du Programme d’aide au démarrage de nouveaux producteurs de la Fédération des producteurs d’œufs du Québec. Depuis sa création en 2006, ce programme a octroyé 20 quotas.
Pour vendre à la ferme, pas besoin de marquer les œufs, mais Ferme Bococo approvisionne aussi deux restaurants, en plus des habitués locaux et des touristes, à Val-Brillant. Les œufs ont retrouvé leur lustre d’antan : les Canadiens consomment chacun en moyenne 21 douzaines d’œufs par année, d’où une hausse de 21 % des douzaines produites entre 2015 et 2020.
Aujourd’hui, Marie-Christine s’occupe de 17 800 poules et a complété huit cycles de ponte, dont deux dans son nouveau poulailler. Entre son premier et son deuxième lot, des contreplaqués de 122 cm (quatre pieds) de largeur, avec luminaires en dessous pour augmenter la luminosité, ont été installés, question d’offrir plus d’espace aux oiseaux logés en liberté. « Par rapport aux cages, le système sur parquet nécessite plus de travail lors des trois premières semaines, évalue l’éleveuse, mais après, c’est plus simple pour effectuer les tournées journalières et pour écurer le bâtiment. » Au Québec, 7 % des pondeuses sont logées sur parquet, 16 % en volière, 39 % en logement aménagé et 38 % en cage conventionnelle.
Fait notable, les pondeuses sont gardées sur plancher ajouré qui laisse passer les fientes dans la fosse en dessous. Celle-ci est vidée à la mini-chargeuse en fin d’élevage et en plein été, avant le pic de présence des mouches en août, les lumières éteintes pour ne pas énerver les oiseaux. Ce système est également celui des premiers gagnants du quota de la relève en 2007, Johanne LaBranche et Patrick Côté, de Kinnear’s Mills, que Marie-Christine a visité pour élaborer son projet. La ventilation, par extraction basse, aide à diminuer le taux d’ammoniac dans l’air du poulailler.
Au sujet du cycle de ponte, Marie-Christine a demandé à faire un lot de 14 mois, en cours actuellement. « Dans mes conditions d’élevage, les pondeuses ont la génétique pour pondre plus longtemps, assure l’avicultrice. Actuellement, on jette les choux gras! Elles ont encore du potentiel et sont bien emplumées après 12 mois de ponte. » Au Québec, une poule produit en moyenne 318 œufs dans une année.
Cela est possible, car Marie-Christine est aux petits oignons avec ses oiseaux. Elle a érigé un enclos-hôpital sur le parquet pour isoler les volatiles qui en arrachent à la suite du démarrage du lot ou qui ont été pris en grippe par les autres femelles. « Je n’utilise pas tellement l’enclos pour les poules couveuses, car j’en ai peu », explique la crack de l’élevage. Pour diminuer la ponte hors nid dès que les lumières sont allumées, on effectue des tournées pour faire bouger des coins les oiseaux lors des trois ou quatre premières semaines. Maligne, Marie-Christine a disposé des assiettes d’aluminium et des tapis pour rendre les coins encore moins attrayants.
C’est aujourd’hui la sœur de Marie-Christine, Myriam, et son conjoint Kevin qui exploitent la ferme laitière familiale, alors que les parents de Marie-Christine, Lise Michaud et Mario Coulombe, goûtent à une sorte de semi-retraite, même si on a toutes les chances de les croiser au quotidien dans le pondoir ou les salles d’empaquetage ou de lavage, de triage, de mirage et de codage des œufs. Marie-Christine a bien failli s’installer avec sa sœur en production laitière, travaillant trois ans à temps plein sur l’exploitation : elle aurait alors assuré la transformation du lait à la ferme. L’étude de marché qu’elle avait réalisé dans ce cadre a depuis été refilée à une autre ferme laitière de sa région, la Ferme Martin Turbide, qui vient de lancer sa fromagerie, le Chant des Fromages, à Sainte-Luce. Près des œufs… loin du beurre!
Du pondoir au comptoir
La majorité des œufs prend le chemin de Nutri-Œuf (Saint-Lambert-de-Lauzon) alors qu’environ 45 douzaines d’œufs sont vendues chaque jour en libre-service à la ferme dans un kiosque joliment aménagé, à l’instar de 37 % des fermes au Québec qui choisissent la mise en marché de proximité. Tous les jours de 8 h à 19 h, on trouve donc des œufs frais à la ferme. Originalement situé à Amqui, le pondoir a été relocalisé en 2021 sur la route 132 à Val-Brillant.
Le projet d’autoconstruction, mis en branle en août 2020, s’est conclu en huit mois. « La proportion d’œufs vendus à la ferme est toujours en progression », se réjouit Marie-Christine, qui préfère néanmoins passer plus de temps à s’occuper de ses animaux que de faire du démarchage pour trouver de nouveaux débouchés. La chambre à œufs, tempérée à 12 °C, a une capacité pour entreposer la ponte de 30 000 poules : l’espace laisse entrevoir une croissance pour plus d’œufs au Bas-Saint-Laurent.
Avant de migrer d’Amqui à Val-Brillant, Marie-Christine a expérimenté la production d’œufs en logement aménagé. Elle préfère aujourd’hui les poules en liberté, d’autant plus qu’elle compte maintenant sur la prime pour la ponte en liberté de 0,21 $ la douzaine. « Il y a moins de mécanique : quatre moteurs de soigneurs, un moteur pour la courroie centrale double et deux moteurs pour les courroies latérales simples qui amènent les œufs, expose-t-elle. Conséquemment, les œufs fêlés sont moins nombreux, à moins de 0,5 %. C’est rendu qu’on mange des œufs normaux! » L’autre avantage, selon la Bas-Laurentienne, est le plaisir de se promener entre les poules « en les regardant vivre leur vie de poule »!
Élevage pur sang
À n’en pas douter, Marie-Christine a les productions animales dans le sang et le sens de l’observation aiguisé. Curieuse et issue du milieu laitier, elle a commencé son parcours à l’ITAQ (La Pocatière) avant de poursuivre ses études à l’Université Laval. Dans ces deux établissements, elle a enchaîné les stages dans diverses productions : laitière, porcine, maraîchère (en France). À l’université, elle s’est initiée à la recherche en plantes fourragères au sein de l’équipe du regretté Réal Michaud (Agriculture et Agroalimentaire Canada).
De retour dans sa région natale, Marie-Christine a enseigné l’agriculture au niveau collégial et a œuvré au sein de Valacta avant de se demander « pourquoi pas les poules? ». Elle n’avait jamais eu un seul cours de production avicole! « C’est mon père qui m’a poussée à partir et à expérimenter pour mieux revenir. Au retour, je lui ai montré mon CV et il m’a engagée! » blague la diplômée.
Fonceuse pour deux – elle a joué dans une ligue de hockey féminin bas-laurentienne –, Marie-Christine a dû convaincre quelques citoyens et villégiateurs du bien-fondé de son projet agricole qui n’avait rien d’un méga-poulailler. Elle a reçu l’appui technique du technologue en production laitière d’Unoria Coopérative et résident de Val-Brillant, Pierre-Marc Cantin, qui est venu mettre les choses en perspective lors d’une assemblée spéciale, question de rapprocher deux solitudes.
Oui, la production laitière, plus complexe que la production d’œufs, lui manque – elle va traire les vaches à l’occasion pour la dépense énergétique qu’elle permet en comparaison à la collecte d’œufs! « Aussi, c’est parfois difficile de vivre cette baisse d’adrénaline quand un projet est sur le point de se terminer », avoue cette touche-à-tout, productrice de cocos… sans les cocoricos!