Évolution et révolution chez les Brillant

Depuis quelques mois, la Ferme Normand Brillant et Fils, située à Saint-Fabien, part en orbite deux fois par jour. Une petite révolution : l’étable à stabulation entravée en traite manuelle a été remplacée par un nouveau bâtiment à stabulation libre avec carrousel de traite!

Publié le
Reportage de ferme
Relève
Producteur nourrissant un veau.

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Étienne Gosselin

Agronome et rédacteur

Étienne est détenteur d’une maîtrise en économie rurale et œuvre comme pigiste en communications. Il cultive commercialement le raisin de table à Stanbridge East dans les Cantons-de-l’Est.

La dernière fois que le Coopérateur a visité les Brillant, quand ils avaient été finalistes du Prix établissement et transfert de ferme, en 2017, les frères Réjean et Denis et leurs fils – Guillaume, Vincent, Philippe et Daniel – faisaient des génuflexions à qui mieux mieux devant 18 trayeuses. Avec un troupeau Ayrshire passé de 365 à 450 têtes de bétail dans l’intervalle et devant la rareté de la main-d’œuvre, il fallait prendre une décision, d’autant que les genoux de Denis et de Réjean ne rajeunissaient pas!

« Je me rappelle, c’était en mai 2020, raconte Guillaume. Je faisais la traite avec mon frère Vincent et on parlait du futur de la ferme. Nos cousins, Philippe et Daniel, sont beaucoup moins disponibles pour nous aider à l’étable à l’aube des travaux des champs. Alors qu’est-ce que ça serait quand Réjean et Denis viendraient bien moins souvent à l’étable? Il nous faudrait engager, et la pénurie de main-d’œuvre est généralisée. »

Les quatre repreneurs ont donc évoqué l’idée d’une étable en stabulation libre d’une capacité de 240 vaches en lactation et de 40 vaches taries, assortie d’une salle de traite, et ils en ont parlé à leurs paternels. Réjean, l’argentier du groupe, avait situé le projet trois ou quatre ans plus tard, même si la ferme caracole en tête des analyses agroéconomiques avec son faible taux d’endettement – résultat d’une gestion saine et prudente et d’un partage d’équipements et de matériel roulant au sein de la CUMA de Saint-Fabien (la première à avoir vu le jour au Québec, en 1991).

Qu’à cela ne tienne, les Brillant ont plutôt décidé de foncer! Leur directeur de compte chez Desjardins Entreprises leur a même fait envisager un carrousel de traite, car les finances de l’exploitation le permettaient. À l’automne 2020, on excavait la bonne terre pour se rendre au tuf. Un an plus tard, le 9 décembre 2021 au soir, les premières vaches s’engageaient dans le manège de 40 places. « Les deux ou trois premières journées, ç’a été le bordel, révèle Guillaume. Ç’a pris un mois avant que les vaches n’entrent toutes seules, mais aujourd’hui, certaines courent vers le carrousel à l’ouverture des portes! » À présent, les vachers apprécient le travail à hauteur d’homme, la détection facile des mammites, les statistiques de production vache par vache. « Et les vaches ont plus de confort et sont plus joyeuses! » conclut Guillaume.

Denis, le plus vieux des actionnaires, a peut-être été le plus difficile à convaincre, mais il défend aujourd’hui le projet. « Quand mon père nous a transféré l’entreprise, il y avait 18 000 fermes laitières au Québec, illustre-t-il. Aujourd’hui, il reste moins de 5000 fermes, et ce sera 3000 dans pas long, selon moi. Un moment donné, tu n’as pas le choix : t’embarques ou tu débarques. » La précipitation a eu du bon, car le coût des matériaux a explosé par la suite. Par exemple, les portes de garage ont vu leur prix monter de 70 %... et la ferme compte 11 portes! « On a construit à environ 65 $ le pied carré, alors que les soumissions actuelles tournent autour de 100 $! » calcule Réjean.

Retraite active

Visiblement, les deux frères se plaisent dans leur rôle de mentors, d’assistants, de grands-pères aussi, car les petits-enfants sont déjà une bonne dizaine! « Notre rôle, c’est de mettre la puce à l’oreille », explique Réjean, sans jeu de mots avec les boucles d’oreille électroniques! « On incite les jeunes à bien réfléchir à leurs projets. Y a bien des dossiers dont on ne se mêle plus. » Denis, dont on sent l’excitation d’aller dans les bois pour les sucres à l’aube de la saison, corrobore : « Ce ne serait pas normal, à notre âge, d’avoir les mêmes projets que les jeunes. On a eu nos défis, comme mon père a eu les siens et les jeunes auront les leurs. » Réjean et Denis suivront bientôt les traces de leur père, Normand, qui a fréquenté l’étable à son rythme et pour faire les besognes qu’il voulait, cela jusqu’à l’âge vénérable de 86 ans! « Une retraite, c’est faire ce que tu veux », rigole Réjean, en sous-entendant que si tu veux travailler, tu travailles!

Neuf années sur les 10 prévues initialement se sont écoulées pour le transfert de la ferme, dont 60 % de la valeur a été donnée aux successeurs, qui n’auraient autrement pas eu les moyens d’assurer la pérennité de l’exploitation du 2e Rang de Saint-Fabien, fondée en 1958.

Quatuor bien orchestré

Reste les jeunes. Vincent va et vient avec le tracteur pour fabriquer les rations et les distribuer dans la nouvelle étable. Guillaume, qui occupe la fonction de président du Comité d’amélioration de la race d’Ayrshire Canada, vérifie des données sur l’ordinateur du bureau avant d’aller repérer les productrices sur le plancher des vaches. Daniel et Philippe, les cracks de mécanique et de gestion des champs, jouent dans le fumier : une raclette s’est prise et a tordu. Une fois la lame dégagée, ils l’apportent au garage pour la redresser après l’avoir chauffée.

Avec quatre repreneurs qui ont chacun leurs forces, mais tous capables de se relayer – on s’alloue deux jours de congé sur trois fins de semaine –, la bonne entente règne, sinon l’harmonie. Pour huiler la communication et se maintenir à jour dans les nouvelles, la bande communique abondamment via un groupe Messenger. Ainsi va la vie qui va à la Ferme Normand Brillant et Fils, et frères… et cousins!

Merci de votre participation!

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