La responsabilité d'entreprise avec Hugo Larouche d'Agiska Coopérative

Agiska Coopérative a réalisé son premier bilan carbone, un pas important en responsabilité d'entreprise. Pourquoi est-ce utile et quelles sont les actions et les défis pour l'avenir en lien avec ce bilan? Guy Litalien s'entretient avec Hugo Larouche pour nous répondre.
Guy Litalien : Depuis quand travaillez-vous chez Agiska et quel est votre rôle en responsabilité d’entreprise?
Hugo Larouche : Je suis arrivé chez Agiska le 18 octobre 2021. Mon rôle englobe trois fonctions : le secrétariat général, la communication marketing et la responsabilité d’entreprise. L’objectif au départ était de structurer ces trois fonctions et de créer une synergie entre elles. La chimie s’est faite naturellement et, aujourd’hui, elles collaborent pour contribuer à une gouvernance efficace, à une communication stratégique et à une intégration des principes ESG (l’environnement, le social et la gouvernance responsable) au sein de la coopérative.
Pourquoi Agiska a-t-elle choisi de réaliser un premier bilan carbone?
Dès la création d’Agiska, la responsabilité d’entreprise a été définie comme une priorité par la direction et intégrée au plan stratégique avec l’accord du conseil d’administration. Nous avons commencé par la création de notre comité RE avant de consulter la firme AGÉCO pour capter des synergies dans le réseau coopératif, notamment avec Sollio. En 2024, nous avons donc réalisé notre premier bilan carbone avec la méthodologie du GHG Protocol (Greenhouse Gas Protocol) ainsi que du Guide de quantification des émissions de GES de portée 1 et de portée 2. Cela répondait à la fois à une demande de nos partenaires et à la volonté de disposer d’un diagnostic clair pour planifier nos actions futures.
Quels sont les principaux constats de ce bilan carbone?
Les résultats étaient en grande partie prévisibles : nous savions que l’utilisation du gaz naturel dans nos installations et que les émissions liées aux fumiers de nos fermes constituaient des sources importantes de GES. Toutefois, disposer de données vérifiées nous permet de planifier des mesures concrètes. Pour la première année, nous avons analysé trois de nos secteurs : l’agriculture, le commerce de détail et le siège social, excluant nos filiales pour ce premier bilan. Cette démarche rigoureuse nous aide à définir des priorités à court, à moyen et à long termes.
Quelles sont les actions qui sont mises en place pour réduire l’empreinte carbone de la coopérative?
2025 sera une année de planification des mesures correctives à long terme. Certaines actions à court terme sont déjà amorcées, comme le remplacement de l’éclairage par des ampoules à DEL et la transition vers des véhicules électriques dans nos activités de détail. Nous chercherons aussi des solutions de rechange au gaz naturel et nous étudierons l’efficacité énergétique de nos installations. Une sensibilisation active de notre personnel en matière de santé et sécurité au travail et des gestes simples d’efficience énergétique, comme la fermeture des portes en hiver pour réduire la consommation de chauffage, fait également partie de notre approche.
Comment une coopérative peut-elle servir d’exemple en agriculture durable?
La coopérative joue un rôle central dans la promotion de l’agriculture durable. Nos actions incluent la participation au projet AgroCarbone avec la Coop Carbone et Sollio Agriculture, ainsi que le soutien à des outils comme un calculateur de bilans GES pour les fermes. Notre approche est fondée sur l’exemple : nous réalisons notre propre bilan carbone et mettons en place des initiatives concrètes pour encourager nos membres et nos partenaires à faire de même.
Quel avenir envisagez-vous pour la responsabilité d’entreprise chez Agiska?
Nous devons composer avec les réalités du marché et la modernisation de nos installations. Mon rôle est de sensibiliser mes collègues à l’importance d’une prise de décision responsable. J’ai la chance d’être entouré de gestionnaires et d’administrateurs engagés. Les gouvernements encouragent l’agriculture durable, les entreprises sont sensibles à l’amélioration réaliste et, bien entendu, prennent en compte les attentes des consommateurs. L’objectif d’Agiska est de continuer à accompagner ses membres dans cette transition vers l’agriculture durable, et ce, à un bon rythme.
Quels sont les défis majeurs d’une entreprise agricole qui veut réduire son empreinte carbone?
La rentabilité demeure le principal défi. Réduire l’empreinte carbone ne doit pas compromettre la viabilité financière. Il faut considérer cette démarche comme un levier de rentabilité, en profitant notamment des subventions et du soutien des gouvernements. D’un autre côté, il faut agir ensemble. C’est pourquoi Agiska a appuyé l’initiative de l’UPA l’an dernier, notamment pour réduire la charge administrative des agriculteurs pour l’obtention de subventions en agriculture.
Quel est votre message clé aux entreprises qui songent à réaliser leur bilan carbone?
Le bilan carbone est le point de départ d’une vraie stratégie de responsabilité d’entreprise. Il permet de poser un diagnostic clair et de cerner des pistes d’amélioration. C’est un exercice méthodique, mais accessible, surtout dans le secteur agricole où les entreprises sont déjà bien organisées sur le plan des données. Par exemple, chez Agiska, nous avons retenu les services de la direction environnement de Sollio Groupe Coopératif pour notre premier bilan carbone, et l’équipe Finances d’Agiska a contribué à la collecte de données rigoureuse.
En terminant, quel est votre souhait personnel pour l’avenir?
En tant que père de deux enfants, je ressens une responsabilité personnelle de contribuer à un avenir plus durable. L’objectif de la carboneutralité d’ici 2050 n’est pas un concept abstrait, c’est un engagement que nous devons mesurer dans le temps et traduire en actions concrètes, dès aujourd’hui. Il faut être réaliste, nous n’avons pas encore toutes les solutions pour atteindre notre objectif et il y aura d’autres défis qui vont apparaître en cours de route. C’est ce qui rend l’objectif de la carboneutralité si captivant.
Photo : Agiska Coopérative
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