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En 2019, RBC présentait le rapport Agriculteur 4.0 : Comment les prochains développements de connaissances peuvent transformer l’agriculture1.
Les propos exprimés dans cette chronique n'engagent que son auteur.
Ce rapport révélait des constats alarmants : une pénurie de main-d’œuvre dans le secteur agricole qui pourrait atteindre 123 000 postes vacants au Canada, un ralentissement des exportations par rapport à nos concurrents, une proportion croissante de diplômés universitaires et collégiaux par rapport à ceux qui ont une formation secondaire ou moins, un manque à gagner du PIB, et bien d’autres encore.
Alors que nous entamons 2025, il y a peu d’indications que ces problèmes sont en voie d’être réglés, et des questions persistent sur l’avenir de notre secteur agricole.
À la lumière du nombre d’inscriptions dans nos deux facultés d’agriculture, des constats s’imposent. Il y a eu une diminution importante et cette tendance semble démontrer notre incapacité à faire le plein de main-d’œuvre. Du côté collégial, la baisse dans les admissions n’est pas aussi marquée, mais n’oublions pas que peu importe le niveau, les étudiants admis ne deviennent pas tous des diplômés, car deux ans après la durée prévue des études, seulement les deux tiers des étudiants collégiaux ont obtenu leur diplôme! Dans les programmes d’études techniques en agriculture et pêches, le nombre de diplômés par année au Québec est donc passé de 617 à 503 entre 2019 et 2023! Par chance, le gouvernement prévoit une augmentation des inscriptions à ces programmes au collégial.
Historiquement, nous avons toujours travaillé ensemble, tournés vers le secteur agricole que nous portons avec passion. Cependant, la production agricole et la transformation agroalimentaire se complexifient et le nombre de fermes diminue, ce qui a pour effet de réduire le bassin naturel de main-d’œuvre. C’est vrai au Québec, mais aussi ailleurs au Canada. Deux raisons pour expliquer cette réalité me viennent à l’esprit.
Le mur agricole
« L’agriculture, c’est pour les agriculteurs » est malheureusement un mythe répandu. Pourtant, vous connaissez tous un producteur, une technologue, un agronome, une vétérinaire ou un ingénieur issu d’un milieu urbain et qui a choisi l’agriculture. Ce mythe persiste et nous y faisons face chaque jour dans nos efforts d’attractivité. Cela complique grandement nos possibilités d’augmenter le recrutement pour renforcer le secteur. Convaincre un jeune urbain que le secteur agroalimentaire est passionnant nécessite plus de travail que convaincre un jeune qui a grandi dans une ferme ou en milieu rural, mais, lorsqu’on y arrive, le résultat est le même : une ressource de plus pour faire avancer notre secteur.
L’incompréhension
La filière agroalimentaire est encore associée à de nombreuses étiquettes traditionnelles. Les traditions sont bénéfiques, mais elles demandent de la patience! Nous oublions souvent que l’agriculture est une science appliquée. Interrogez les jeunes sur leurs champs d’intérêt et vous entendrez parler de technologie, de système de gestion numérique, de saine alimentation, de protection de l’environnement, de bien-être et de santé animale. Considérant que ces sujets sont tous au cœur de notre secteur, il doit exister un décalage entre notre réalité et celle que les jeunes en perçoivent. Ce phénomène n’est pas unique au Québec, il est présent dans les programmes de formation à travers le Canada.
En tant que secteur, nous devons trouver le moyen de nous rapprocher de cette relève en agroalimentaire. Pas seulement pour former des agronomes, des vétérinaires et des ingénieurs, mais aussi pour former des technologues et des techniciens afin de répondre à nos besoins de main-d’œuvre, tant chez les producteurs qu’en transformation alimentaire, domaine qui a un criant besoin de main-d’œuvre qualifiée pour ajouter de la valeur à nos productions agricoles.
Mais comment?
Les établissements d’enseignement ont un rôle à jouer, certes, mais les organisations agricoles et l’industrie doivent aussi faire partie de la solution.
Les silos en agriculture, c’est pratique. Mais quand il s’agit d’initiatives et d’efforts concertés, travailler en silo n’est pas efficace. Nous avons besoin de leadership pour décloisonner notre industrie, assurer nos besoins de main-d’œuvre pour l’avenir et augmenter l’apport économique de l’agroalimentaire pour continuer à nourrir le Canada et le monde.
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1 https://leadershipavise.rbc.com/wp-content/uploads/Farmer4_aug2019_fr.pdf
Photo : iStock.com | Daniel Balakov