Ukraine : Les projets de SOCODEVI continuent de porter fruit
Erin Mackie, directrice de projet pour la Société de coopération pour le développement international, fait le point sur les programmes d'aide de l'organisation en Ukraine, toujours sous le joug de la Russie. Après plus de 500 jours de guerre, les combats se poursuivent. Les forces ukrainiennes continuent de repousser l'ennemi par des opérations offensives et défensives.
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Erin et son collègue Maksym Maksymov, gestionnaire de terrain, étaient à Québec, le 9 juin dernier, pour les 38e assises de SOCODEVI, où ils se sont adressés aux participants. Read it in English.
Où en sont les projets ukrainiens dans le domaine des céréales et des produits laitiers?
Erin Mackie : SOCODEVI travaille actuellement sur deux projets financés en partie par Affaires mondiales Canada. Le premier est We Prosper, auquel Maksym et moi-même participons. Ce projet est réalisé en collaboration avec deux organisations partenaires, le Dnipro Agricultural Extension Services en Ukraine et le Rural Women's Business Network.
Qu'est-ce que We Prosper? Quels sont ses objectifs?
Il s'agit d'un projet de développement entrepreneurial destiné à la population rurale de l'Ukraine. Il a été mis en place dans la région du Donbass avant que la guerre n'éclate. À l'époque, nous essayions de mettre en place des coopératives agricoles. Il nous a fallu près d'un an pour convaincre les producteurs de s'inscrire, de voir les avantages et de devenir membres. Les coopératives ont finalement vu le jour, mais c'est alors que l'invasion a fait rage.
Le projet We Prosper a dû être réorganisé pour faire face à cette situation et apporter un soutien aux coopératives existantes, aux femmes en milieu rural et aux personnes déplacées à l'intérieur du pays en raison de la guerre. Un soutien est apporté aux exploitations familiales et aux coopératives dirigées par des femmes sous la forme d'intrants agricoles et d'équipements pour la transformation à valeur ajoutée au sein de l'exploitation.
Dans quels types de production ces coopératives sont-elles impliquées?
Il y a des producteurs laitiers, céréaliers, maraîchers et horticoles. Très vite, le Donbass a été repris par les Russes et nous ne pouvions plus y travailler. Nous sommes passés en mode urgence, en essayant d'apporter un soutien là où nous le pouvions, une aide humanitaire, pour permettre aux agriculteurs membres de se réinstaller dans d'autres régions du pays.
Comment avez-vous remis vos projets de développement sur les rails?
Nous avons fait appel à Global World Affairs pour reprofiler le projet et revoir les zones dans lesquelles nous travaillions, de sorte que nous opérons désormais dans six régions du pays. Nous travaillons principalement avec des producteurs de lait, de légumes et de baies. Nous travaillons également avec une coopérative céréalière. Rien que cette année, nous avons aidé plus de 300 producteurs laitiers qui ont dû reconstruire leurs fermes et leurs troupeaux. Une grande partie de leur équipement a été détruite, perdue ou endommagée. Nous travaillons dans les régions de Zaporizhzhia et de Mykolaïv, qui sont très proches des territoires occupés, ce qui rend la situation encore plus difficile.
Avec combien de coopératives travaillez-vous?
Nous avons identifié huit coopératives qui fonctionnent encore. Nous allons les aider à investir dans des installations de transformation à valeur ajoutée avec les producteurs de baies, par exemple, afin qu'ils puissent conditionner et exporter leurs produits. Nous sommes également actifs auprès des coopératives laitières, afin qu'elles puissent avoir accès à un autre camion de transport pour faciliter la collecte du lait et son acheminement vers l'usine de transformation. Enfin, avec la coopérative céréalière, nous construisons un moulin pour produire de la farine de manière artisanale, car il est difficile de vendre des céréales sur les marchés d'exportation. Il est plus facile d'exporter un produit à valeur ajoutée conditionné.
Le projet We Prosper sera-t-il poursuivi?
Le projet se poursuivra jusqu'en 2025. Nous espérons qu'il sera prolongé au-delà de cette date, car il y a beaucoup de travail de reconstruction à faire, à cause de la destruction du barrage de Kakhovka, qui a causé d'immenses dégâts à la fois en amont, car l'eau était utilisée pour l'irrigation agricole dans la région de Dnipro, et en aval, à Mykolaïv, où l'accès à l'eau potable pour la population a également été entravé.
Vous avez mentionné deux partenaires. Quel est le second et en quoi consiste-t-il?
Il s'agit d'une collaboration avec le Rural Women's Business Network. Nous aidons les agricultrices à développer leur esprit d'entreprise et à diversifier leurs activités. Elles sont confrontées à de nombreux problèmes. Les hommes étant au front, elles sont souvent laissées seules pour s'occuper de leur famille et gérer l'exploitation agricole. La prévention de la violence à l'égard des femmes dans les communautés est une préoccupation majeure pour nous. Les besoins sont importants. Nous essayons d'y répondre au mieux, tout en soutenant le développement agricole et coopératif.
Les Ukrainiens restent-ils confiants malgré la dégradation de la situation?
La contre-offensive qui a été lancée au cours de l'été suscite l'optimisme. Ils pensent qu'ils gagneront, ou du moins qu'ils pourront récupérer des parties des territoires occupés. Dans le cas contraire, ils savent que le conflit risque de s'éterniser... Ils résistent et restent stoïques face à la situation, c'est tout simplement incroyable. Nous devons aussi être optimistes et positifs, et continuer à les soutenir.
Encadré
Les coopératives tiennent bon...
... et progressent, malgré les énormes défis auxquels elles font face ", affirme Camil Côté, chargé de projet pour SOCODEVI en Ukraine.
Les coopératives de l'Union des coopératives Gospodar fonctionnent bien, les prêts accordés aux producteurs ont été remboursés, le nombre de membres actifs augmente régulièrement et le fonds de roulement se maintient ", décrit Camil Côté.
Sergii Kurditskyi, directeur général de l'Union, a obtenu le financement de l'USAID pour trois autres projets de coopération. Pour le dernier en date, lui et son équipe ont distribué des engrais et des semences à 7 500 agriculteurs dans 15 provinces du pays. Ce projet de 8 millions de dollars US a débuté le 4 avril et s'est achevé en moins de 30 jours. Une vraie réussite", confirme Camil Côté.
Sergii envisage de demander un soutien pour un nouveau projet d'investissement à l’élévateur à grains de la coopérative de Vasylkyivka, ajoute M. Côté. Avec les difficultés de transport, les besoins de stockage ont augmenté et la coopérative doit construire deux silos de 3 000 tonnes, trois silos de 50 tonnes, installer la deuxième ligne de convoyage et finaliser le système de convoyage pour la ligne de chemin de fer. Tout cela coûtera près d'un million de dollars canadiens", précise Camil Côté. L'USAID pourrait en financer 50 %. Reste à convaincre les producteurs d'investir dans le projet dans les circonstances actuelles. L'an dernier, en raison des difficultés dans la vente du blé, la coopérative n'a pas pu vider ses silos et a dû refuser le tournesol à l'automne.
Pour la première fois au cours du dernier trimestre, l’élévateur a enregistré un bénéfice (20 000 $CAN). Les volumes sont plus faibles, mais les marges sont meilleures. Avec l'achat de deux véhicules, les coopératives ont également gagné en autonomie sur le transport par camion. De plus, l'augmentation du nombre de négociants a renforcé le pouvoir de négociation des coopératives.
En ce qui concerne les semis, l'abondance des pluies a légèrement retardé les travaux, mais les conditions étaient optimales. Les agriculteurs ont semé plus de tournesols et moins de maïs, les coûts de transport et de séchage ayant moins d'impact sur les oléagineux que sur le maïs. La saison des récoltes de blé a commencé fin juin. Sur le plan commercial, les prix des céréales sont en forte baisse, de l'ordre de 50 %.
Enfin, les petites coopératives laitières, membres de l'Union, fonctionnent toujours difficilement, les volumes sont en baisse, mais les échanges se poursuivent", explique Camil Côté. Nous avons terminé notre usine de transformation du lait à Lviv. Nous l'avons inaugurée avec l'ambassade du Canada le 11 juillet. Malgré les circonstances difficiles, les choses avancent de manière durable...".
Depuis plusieurs années, SOCODEVI réalise de nombreuses missions en Ukraine, au profit de quelque 3 200 familles d'agriculteurs.