Trois ateliers des Laboratoires vivants
Trois ateliers sur les résultats des Laboratoires vivants ont été présentés dans la matinée du 2 septembre dernier, à la Ferme de Ste-Victoire.
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Voici quelques résultats préliminaires des différents essais présenté lors de la Journée Laboratoires vivants - Racines d'avenir chez Renaud Péloquin.
Les cultures de couverture au secours de la M.O.
Dans l’atelier sur les cultures de couverture, Marie-Élise Samson, agr., professeur adjointe à l’Université Laval, a souligné que les rendements en maïs grain plafonnent depuis quelques années, malgré les nouveaux cultivars ou technologies introduits et pendant que les coûts de production s’accentuent. Elle étudie donc quelles stratégies peuvent augmenter le taux de matière organique (M.O.) - qui est inférieur à 4 % dans plus de 60 % des sols du Québec méridional. C’est un enjeu puisque la M.O. est la principale source d’azote d’une plante.
Deux tests ont été effectués : le premier par une rotation des cultures avec de la paille de blé et le second par l’implantation de cultures de couverture. Si la paille de blé permettrait bien d’ajouter 0,07 t M.O./ha/an, la culture de couverture aurait plutôt un apport net de 0,57 t M.O./ha/an. La culture de couverture serait ainsi huit fois plus efficace que la paille, en plus de fournir d’autres services comme la fixation de l’azote ou une amélioration de la biodiversité.
L’un des facteurs clés de cette différence repose dans la biomasse racinaire. Comme l’explique Émilie Maillard, chercheuse chez Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), les résultats préliminaires de leurs travaux révéleraient que la biomasse aérienne peut atteindre entre 84 et 214 kg de carbone stabilisé* par hectare. La biomasse racinaire, elle, atteindrait plutôt 315 à 810 kg de carbone stabilisé par hectare.
Preuve que les chiffres obtenus ont un impact, les travaux de recherche ont notamment convaincu Renaud de semer du trèfle. « C’était la première fois cette année qu’on réussissait à avoir de la biomasse racinaire, nous a-t-il expliqué. Avant, je n’osais pas en semer dans mon blé. Grâce aux tests, on a aussi vu que si on fauche le trèfle, on augmente encore plus la quantité de racines. »
La réduction des émissions de protoxyde d’azote
Près de 80 % des émissions du Québec de protoxyde d’azote (N2O) sont d’origine agricole et sont principalement causées par la fertilisation. Des travaux ont donc été entrepris afin d’évaluer comment on pouvait réduire cet impact.
Les pics d’émissions de N2O se produisent généralement 4 à 6 semaines après la fertilisation, par l’excès d’azote, lorsque trois conditions sont remplies : la présence d’une matière organique biodégradable, une humidité élevée et la présence de nitrates (NO3). C’est sur ce dernier élément que les producteurs peuvent agir, souligne le chercheur Martin Chantigny, récemment retraité.
Les plantes ne sont pas toujours en mesure de profiter pleinement de nitrates et de tout absorber. La principale solution proposée grâce à l’étude pour réduire les émissions de N2O est donc le fractionnement de la fertilisation. Fertiliser les champs deux ou trois fois au cours de la saison plutôt qu’une seule fois permettrait de réduire jusqu’à 30 % les émissions de protoxydes d’azote produites. Le chercheur ajoute que l’implantation de cultures de couverture à l’automne peut servir de « pompe à nitrate ».
L’ajout d’inhibiteurs de nitrification serait une autre possibilité, qu’a d’ailleurs testée et conservée Renaud Péloquin dans ses champs. « Je suis toujours un peu hésitant à ajouter un nouveau produit, mais là, j’avais la confirmation, grâce aux essais à notre ferme et chez d’autres producteurs, que ces inhibiteurs fonctionnaient bien », explique-t-il.
Les inhibiteurs n’auraient toutefois pas tous la même efficacité. La recherche faite entre 2024 et 2025 démontrerait une plus grande efficacité de la nitrapyrine. La Terre de chez nous vous en dit plus à ce sujet!
Une couverture pour votre lisier?
Les lisiers conservés dans les fosses produisent une importante quantité de protoxyde d’azote (N2O) et de méthane (CH4), deux puissants gaz à effet de serre, en particulier lorsque la température monte. Juillet et août sont ainsi les deux mois où l’on détecte les plus hauts pics de production de méthane d’après les travaux des chercheurs Patrick Brassard, de l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), et Sylvestre Delmotte, agr., du Conseil pour le développement de l’agriculture du Québec (CDAQ).
Les chercheurs ont mis en place dans 16 fosses cinq types d’essais pour mesurer et réduire la température du lisier :
- Ajouter une couverture végétale de la fosse : Bien que prometteuse, cette solution a jusqu’à maintenant été difficile à implanter. Les végétaux ajoutés tendent à mourir ou ne couvrent pas le centre de la fosse.
- Ajouter une couverture physique de la fosse : Dans le site où elle a été testée, la couverture physique a réduit de 2 °C la température de la fosse à lisier en juin et juillet, et de 3 % les émissions de gaz. Cette solution peut toutefois être coûteuse à mettre en place.
- Avoir une fosse sous le bâtiment : S’il faut bien sûr que la configuration du bâtiment le permette, c’est à tout le moins une solution très efficace. Les tests ont démontré que la fosse reste plus fraîche qu’avec les autres méthodes testées et génère ainsi très peu d’émissions.
- Augmenter la fréquence d’épandage : Encore là, cette solution n’est pas possible pour tout le monde, selon les champs et la machinerie requis. Ceci dit, en vidant la fosse un peu plus régulièrement, on renouvelle son contenu plus régulièrement tout en retirant une partie de la chaleur qui s’y accumule. Dans leur essai, les chercheurs ont cependant mesuré une baisse de 27 % des émissions de GES chez un producteur qui a augmenté de 2 à 4 sa fréquence d’épandage dans l’année!
- Acidifier le contenu de la fosse : En abaissant le pH de la fosse grâce à l’ajout, par exemple, d’acide sulfurique, la production de méthane se réduit également. Le potentiel de réduction est élevé (de 60 à 90 %), mais reste à confirmer.
Les résultats finaux des projets de recherche des Laboratoires vivants devraient être complétés dans les deux prochaines années.
*Le carbone retenu par la plante est ce qui est susceptible de se transformer en matière organique. Pour en savoir plus : La matière organique : élément essentiel à la vie dans le sol.