Journée Laboratoires vivants chez Renaud Péloquin
Le 2 septembre dernier s’est tenue la journée Laboratoire vivant - Racines d’avenir, à la Ferme de Ste-Victoire.
Auteurs de contenu
Organisée par l’Union des producteurs agricoles (UPA), la journée a permis à ses quelque 120 participants de découvrir les résultats des différents travaux de recherche entrepris au sein des Laboratoires vivants.
« Aujourd’hui, on va prendre le temps, toute la journée, de donner de l’information pertinente et vérifiée. Le but est de vulgariser ce que la science amène sur le terrain », expliquait en introduction Renaud Péloquin, qui accueillait l’événement à sa ferme avec ses deux coactionnaires, Michaël Lecours et Maude Péloquin.
La matinée a été consacrée aux travaux de recherche sur les cultures de couverture, la gestion des fumiers, en plus de la fertilisation azotée et des essais d’inhibiteurs d’azote.
Au cours de l’après-midi, dont on parle plus en détail ci-dessous, les chercheurs ont parlé de bandes riveraines et d’agroforesterie, et Renaud Péloquin a fait un tour d’horizon des différents projets mis en place à la Ferme de Ste-Victoire.
Des cultures de couverture pour réduire la quantité d’azote
Dans l’entreprise, quatre bandes d’essais et une bande témoin sont notamment en place pour mesurer l’impact des cultures de couverture – sur les rendements et sur le portefeuille.
« Ça nous confirme ce qu’on pensait, et on est capable de mettre des chiffres. On voit les rendements augmenter tout en diminuant nos intrants minéraux. Ça paye déjà », a expliqué Renaud, ajoutant avoir pu réduire son apport à 120 unités d’azote grâce aux analyses. « Et mon but est de descendre encore plus bas! »
De carbone et de champignons!
La recherche d’Antoine Magnoux, doctorant à l’Université du Québec en Outaouais, faite sur 21 sites, démontrerait pour sa part que les haies agroforestières montrent un bilan positif au niveau de l’accumulation du carbone dans le sol.
Pierre-Luc Chagnon, chercheur chez Agriculture et agroalimentaire Canada, a quant à lui enchaîné avec... les champignons! Pas ceux de Paris, mais plutôt ceux qui se cachent dans le sol, l’enrichissent tel un réseau structurant - bien au-delà des haies agroforestières, stockent du carbone et bonifient la biodiversité.
« L’utilisation de cultures de couverture nous permet de regagner en biodiversité ce qu’on avait érodé par les cultures annuelles intensives. C’est non négligeable parce que ces champignons, qu’on a tendance à perdre, sont ceux qui explorent le plus le sol, explique le chercheur. Ils mettent beaucoup d’efforts pour aller déployer des hyphes dans le sol. L’effet est bénéfique pour l’environnement - parce que ça peut séquestrer du carbone -, mais aussi pour les plantes. Nos deux cultures principales dans le sud du Québec, le maïs et le soya, raffolent des champignons mycorhiziens qui leur ramènent du phosphore, de l’eau, un peu d’ammonium, etc. Ils en ont besoin. De 60 à 80 % de leurs racines en sont colonisées. Ce sont beaucoup de bénéfices qu’on peut aller chercher avec ces champignons, qui, en plus, améliorent la structure du sol. »
Améliorer les bandes riveraines et les cours d’eau
Enfin, Sylvio Demers, hydrogéomorphologue, est venu expliquer comment on peut améliorer les cours d’eau en terre agricole. Si dans quelques fermes certains ruisseaux causent de l’érosion, d’autres, comme chez Renaud, sont plutôt à risque de sédimentation. Peu de solutions existent actuellement en dehors du recours aux pelles mécaniques, aux effets peu durables. Les Laboratoires vivants ont ainsi testé diverses approches, comme l’excavation de plaines, l’aménagement de banquettes, l’entretien conventionnel dans une section élargie et le curage central de la bande riveraine.
Les résultats finaux de la plupart des travaux présentés au cours de la journée seront publiés au cours des deux prochaines années.
Les Laboratoires vivants, à risque de disparaître
« Comme agriculteurs, on dit qu’on porte plusieurs chapeaux. Mais à un moment donné, on en a trop. Commencer à prendre des données, à toutes les évaluer... on a besoin de gens pour nous y aider, a affirmé Renaud Péloquin. On a tellement avancé plus vite en ayant des chercheurs, des experts et des conseillers qui travaillaient sur nos champs, et pas seulement sur de la théorie. »
« La plus-value des Laboratoires vivants, c’est un lien entre les producteurs et les chercheurs et conseillers, où l’on développe les expertises et la collaboration, a souligné Martin Caron, président de l’UPA. Quand on fait un Laboratoire vivant, nos fermes sont un laboratoire. Ce n’est pas seulement de la recherche : on trouve des solutions. »
La fin des Laboratoires vivants a pour l’instant été annoncée le 31 mars 2028, à la suite des coupes budgétaires annoncées dans le cadre du budget fédéral de 2025. Martin Caron a toutefois souligné l’importance des projets qui s’y font et souhaite annuler la décision prise. « On a deux ans pour faire changer d’idées le gouvernement fédéral », a-t-il déclaré.