Projet éolien Monnoir : du plomb dans les pales

Ernest Bernhard et Pierre Rousseau, deux agriculteurs, se prononcent sur le projet coopératif éolien Monnoir.

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Ernest Berhnard
Ernest Berhnard, propriétaire de la Ferme Berhnard et Fils Inc, comptait sur la construction d’une éolienne à Saint-Césaire.

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Nicolas Mesly

Journaliste, agr.

Nicolas est journaliste, agroéconomiste, auteur, conférencier et documentariste.

Le projet éolien Monnoir, lancé par la coopérative d’électricité Saint-Jean-Baptiste et l’entreprise Boralex, a suscité de vives discussions dans les villes de la Montérégie. Au départ, il devait comprendre 15 à 20 éoliennes et entrer en service à la fin de l’année 2027.

« Le Québec a besoin d’énergie! Veut-on plus de barrages électriques? Veut-on des centrales nucléaires comme en France ou en Ontario? » s’interroge Ernest Bernhard, un producteur laitier et de grandes cultures à Sainte-Brigide-d’Iberville. Notre entrevue se déroule au début du mois de juin dernier, dans la cabine de son tracteur, au moment où il sème du soya sur un retour de maïs.

Le producteur comptait sur la construction de trois éoliennes sur ses terres, deux à Sainte-Brigide et une à Saint-Césaire. Le projet éolien « Monnoir », qui tire son nom d’une ancienne seigneurie, prévoyait l’installation de 15 à 20 éoliennes dans les municipalités de Sainte-Bridgide-d’Iberville, Saint-Césaire et Saint-Angèle-de-Monnoir, pour une capacité de production électrique de 100 MW destinée à Hydro-Québec. Chaque éolienne aurait rapporté annuellement environ entre 22 000 $ et 30 000 $, un revenu indexé sur une période de 30 ans.

« C’est certain que ces revenus aideraient la relève et la pérennité de l’entreprise », ajoute le producteur, début soixantaine, dont les deux fils sont actionnaires de la ferme. Mais la municipalité de Saint-Césaire a retiré sa participation du projet et, du coup, force les promoteurs à trouver du vent ailleurs.

Projet éolien Monnoir

Projet éolien Monnoir

  • 15 à 20 éoliennes
  • Puissance totale : 100 MW, ce qui équivaut à l’approvisionnement de 14 000 foyers
  • Promoteurs : Boralex, Coop d’électricité Saint-Jean-Baptiste
  • Emplacement : Sainte-Bridgide-d’Iberville, Saint-Césaire et Saint-Angèle-de-Monnoir
  • Mise en service prévue pour décembre 2027

Une coopérative pour décarboner le sud Québec

« On a répondu à un appel d’offres d’Hydro-Québec en 2023 en se soumettant à toutes les exigences de l’entreprise d’état, dont une étude d’impact sur l’environnement et des consultations publiques. Puis nous avons signé un contrat d’approvisionnement en 2024 », expliquait en entrevue téléphonique Damien Tholomier, directeur général de la coopérative d’électricité Saint-Jean-Baptiste (SJB).

La coopérative détient 50 % du projet et l’entreprise Boralex l’autre moitié.

Fondée en 1944, à l’époque de l’électrification rurale sous Maurice Duplessis, la coopérative SJB est la dernière des 46 coopératives d’électricité en opération dans la province. Elle dessert 16 municipalités, et 20 % de ses membres sont des agriculteurs.

« On voyait dans ce projet un impact positif pour nos membres et un moyen de développement économique pour la région », poursuit-il. D’une part, les revenus générés par le projet de 270 millions $ permettaient à la coopérative d’investir dans l’entretien et le développement de son réseau. D’autre part, ils amplifiaient les budgets des trois municipalités participantes.
« Les redevances des 11 éoliennes prévues sur notre territoire représentent environ 12 % de notre budget annuel, soit près de 460 000 $ », estime Mario Van Rossum, maire de la petite municipalité de Sainte-Brigide-d’Iberville qui compte 1500 habitants. Une entrée d’argent jugée « substantielle », notamment pour entretenir les infrastructures dont l’usine d’eau potable.

La résistance à Saint-Césaire

L’histoire est bien différente dans la ville voisine de Saint-Césaire. Dans une entrevue accordée à Radio Canada, le maire élu à l’automne 2025, Sylvain Létourneau, a déclaré que les redevances annuelles de 200 000 $ générés par les quatre éoliennes de sa municipalité, avec un budget annuel de 15 millions $, « ne vaut pas la peine en soupesant le pour et le contre ».

En adoptant un règlement municipal de zonage ce même automne, la municipalité a bloqué le projet Monnoir. Ce règlement limite la hauteur des éoliennes à 80 mètres (mât et pales inclus), ce qui verrouille tout futur développement de parc éolien dans la municipalité puisque la taille des éoliennes modernes est de 200 mètres (mât et pales).

Pour comprendre l’opposition au projet éolien dans la municipalité, je rencontre Pierre Rousseau, propriétaire de l’entreprise Jardins de la Côte Double.

Se décrivant comme un gentleman farmer, M. Rousseau a été élu au conseil municipal en novembre 2025 et il exprime son point de vue. « Je ne suis pas en principe contre les éoliennes, mais il ne faut pas qu’elles grugent notre territoire agricole ». Il calcule qu’une éolienne ampute un hectare de terre et que le projet aurait soutiré de 15 à 20 ha de territoire agricole parmi les plus fertiles de la province1.

M. Rousseau ajoute que la perte potentielle de la valeur de sa propriété a aussi motivé son opposition à la construction de ces moulins à vent futuristes, bien qu’il n'ait pas trouvé d’études pour le démontrer, admet-il. Chose certaine, les éoliennes nouvelle génération modifient un paysage. Elles mesurent plus de 200 mètres de hauteur avec des pales de 80 mètres. « Ça pas l’air gros de loin, mais quand tu l’as dans la face, c’est une autre histoire », dit-il.

Mais il trouve surtout injuste qu’un producteur qui possède une ou des éoliennes sur ses terres touche des redevances, tandis que ceux qui n’en ont pas en subissent les désagréments visuels. C’est sur la terre adjacente à sa propriété appartenant à Ernest Bernhard qu’une éolienne aurait été érigée à Saint-Césaire.

Aurait-il maintenu sa ferme opposition aux éoliennes s’il avait été possible de construire une éolienne sur sa propriété? Sa réponse est mitigée : « Je ne vous dis pas non, j’ai pas dit que j’aurais dit oui, mais je ne sais pas, dans ce contexte ». Selon lui, il n’était pas possible d’ériger une éolienne sur sa propriété, car les règlements en vigueur imposaient des distances minimales entre le moulin à vent géant et les bâtiments résidentiels ou les cours d’eau.

D’après le directeur général de la Coopérative SJB, Damien Tholomier, le retrait de la municipalité de Saint-Césaire retarde le projet d’au moins deux ans. Plusieurs étapes doivent être franchies avant la date de mise en opération du parc qui était prévue en décembre 2027 soit une étude d’impact des éoliennes sur les oiseaux et les chauves-souris, la possible tenue d’un BAPE (Bureau d’audiences publiques environnementales) et l’obtention du feu vert de la gardienne du territoire agricole, la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ).

Graphique des anciennes et nouvelles éoliennes

Source

1 Les promoteurs, eux, affirment que l’emprise du projet couvrirait environ 24 hectares. Et sur ces 24 hectares, la moitié correspondrait à des voies existantes, tandis que l’autre moitié correspondrait à des terres agricoles dont les parcelles affectées par les travaux seraient compensées et remises en cultures.

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