Productivité agricole, perspectives économiques et innovation
Lors du Sommet FAC de la relève, Jean-Philippe Gervais a fait part à l’auditoire de ses perspectives économiques 2026.
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Le Sommet FAC de la relève tenu le 17 décembre dernier était le moment tout indiqué pour dresser le bilan de 2025, parler productivité et porter le regard vers l’avenir. Jean-Philippe Gervais, vice-président exécutif, stratégie et impact à Financement agricole Canada, a fait part à l’auditoire de jeunes producteurs et productrices agricoles de ses perspectives économiques 2026.
Défis et opportunités de la productivité agricole
« La productivité demeure le pilier de l’avenir agricole au Québec et au Canada. Malgré l’importance de ce secteur, la croissance de la productivité ralentit, ce qui fragilise la compétitivité face à une demande alimentaire mondiale en hausse », a lancé d’entrée de jeu Jean-Philippe Gervais.
Selon lui, trois leviers se dégagent pour redynamiser le secteur : améliorer l’efficacité des pratiques, accroître les économies d’échelle et accélérer l’adoption des innovations technologiques. Le potentiel de gains est considérable : si la productivité retrouvait son niveau historique de 2 % par an, cela générerait 30 milliards de dollars de revenus supplémentaires et créerait près de 23 000 emplois au pays, estime le vice-président.
Historiquement, le Canada a su se démarquer grâce à la gestion efficace des intrants et à l’innovation. Toutefois, les investissements en recherche et développement, surtout en technologie agricole, restent insuffisants, croit-il. Les États-Unis investissent 23 fois plus que le Canada dans ce secteur, ce qui accentue le retard canadien dans la commercialisation et l’adoption des nouvelles technologies agricoles.
Ralentissement et innovation
Un rapport de FAC intitulé Relancer la productivité agricole au Canada souligne que la productivité agricole canadienne a dominé le G7 pendant plus de 30 ans, mais le rythme s’est essoufflé. « Après un sommet de 2 % de croissance dans les années 1990-2000, le taux a chuté à 1,3 % dans les années 2010 et pourrait tomber sous 1 % dans la prochaine décennie, rappelle Jean-Philippe Gervais. Ce ralentissement menace la capacité du Canada à répondre à la demande alimentaire croissante. »
Pour inverser la tendance, le rapport recommande d’investir davantage dans l’innovation, de moderniser les méthodes de gestion et d’élargir la taille des exploitations de façon stratégique. Chaque dollar investi en innovation génère entre 10 et 20 dollars de rendement à long terme. Toujours selon le rapport, les investissements en capital de risque demeurent faibles : en 2024, les entreprises canadiennes n’ont attiré que 2 % des investissements mondiaux en dans le secteur des technologies agricoles, contre 45 % pour les entreprises américaines.
Inflation, taux d’intérêt, croissance démographique
L’inflation, bien qu’elle soit revenue à environ 2 %, influence les coûts d’emprunt et la rentabilité des exploitations, commente Jean-Philippe Gervais. La Banque du Canada maintiendra probablement ses taux d’intérêt au moins jusqu’à la mi-2026, avec une possible baisse en seconde moitié d’année si la croissance ralentit. Les taux longs, eux, sont influencés par les marchés financiers mondiaux, notamment la situation économique aux États-Unis.
La croissance démographique, qui avait atteint des niveaux records en 2023-2024, ralentit nettement en 2025. « Ce ralentissement freine la consommation intérieure, particulièrement dans les secteurs contingentés comme le lait, et modère les perspectives de croissance économique », analyse le vice-président.
ACEUM et exportations
« Les relations commerciales, notamment avec les États-Unis et le Mexique dans le cadre de l’Accord Canada États-Unis Mexique, sont cruciales pour la stabilité des marchés agricoles », souligne le spécialiste. Toute fermeture ou restriction des frontières aurait un impact négatif, en particulier pour les productions animales et notamment porcines que l’on exporte largement. Le secteur porcin a cependant réduit sa dépendance aux États-Unis, diversifiant davantage ses marchés, dit-il.
En 2026, une renégociation de l’ACEUM est prévue. « Les États-Unis, en contexte électoral de mi-mandat, chercheront à obtenir des avancées rapides, indique Jean-Philippe Gervais. Le Canada doit donc surveiller l’évolution des négociations et défendre ses intérêts, surtout dans un contexte de faible croissance démographique et de marché intérieur moins dynamique. »
Grandes cultures, production animale et laitière
« Les grandes cultures subissent la concurrence des États-Unis, où la production de maïs a atteint des records. Cet afflux maintient les prix canadiens bas, limitant la rentabilité du maïs pour 2026. À l’inverse, le soya offre des perspectives légèrement meilleures, bien que la profitabilité globale demeure fragile à cause des coûts élevés des intrants qui ne baissent pas aussi vite que les prix des denrées », analyse le vice-président.
En production animale, le secteur porcin a connu une bonne fin 2024 et un début 2025 positif, et les perspectives de prix restent très positives à moyen terme. Pour la production bovine, les prix demeurent élevés, soutenus par une faible reconstitution des cheptels américains. Ce niveau élevé pourrait se maintenir jusqu’en 2027, sans pour autant battre de nouveaux records.
Le secteur laitier vit de son côté une transformation de la demande, avec une hausse marquée pour les protéines laitières. Cette évolution offre de nouvelles opportunités, croit Jean-Philippe Gervais, même si la croissance démographique ralentit. Les prix du lait devraient rester stables, soutenus par la demande en protéines.
Prix des terres agricoles et impact sur la rentabilité
« Le prix des terres agricoles continue de grimper, bien que le rythme d’augmentation ralentisse. L’augmentation de la valeur moyenne des terres agricoles au Québec est passée de 7,7 % en 2024 à 5,8 % à la mi-2025, et la tendance reste à la modération. Malgré tout, la valeur des terres atteint des sommets historiques, ce qui pèse sur la rentabilité des nouvelles entreprises ou celles en expansion. Comparé aux revenus agricoles, le coût de la terre reste très élevé, rendant difficile l’amélioration des marges bénéficiaires », précise Jean-Philippe Gervais.
L’optimisme persiste toutefois quant aux perspectives du secteur. La valorisation élevée de la terre témoigne de la confiance des investisseurs dans le potentiel agricole canadien, malgré une rentabilité relative en baisse.
Recommandations pour améliorer la productivité et l’innovation
Pour surmonter les défis de productivité, chaque entreprise agricole doit miser sur l’amélioration de son efficacité, l’optimisation de ses pratiques de gestion et l’adoption des innovations technologiques. Les gains, même modestes à l’échelle individuelle, s’additionnent. L’accent doit être mis sur la formation, la gestion des données et l’agrandissement stratégique des exploitations.
Le soutien des institutions financières, des gouvernements et des partenaires de recherche demeure essentiel pour accélérer l’innovation et réduire les risques liés à l’adoption de nouvelles technologies. Le secteur doit s’inspirer des modèles américains, tirer profit des partenariats et tester sur le terrain les solutions adaptées au contexte canadien.
En misant sur la productivité et l’innovation, le secteur agricole pourra renforcer sa résilience, accroître sa rentabilité et répondre efficacement aux besoins alimentaires des générations futures, croit Jean-Philippe Gervais.