L’investissement scientifique n’est pas une dépense

Pascal Thériault réagit aux coupes du gouvernement du Canada dans la recherche en agriculture.

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Nouvelle
Politique
Tracteur jouet descendant sur une pile d'argent

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Pascal Thériault

Agronome et directeur du programme de gestion et technologies d’entreprise agricole au Campus MacDonald de l’Université McGill

Pascal est signe la chronique Champ libre dans le Coopérateur.

Le gouvernement du Canada dévoilait la semaine dernière la fermeture de trois centres de recherche (Guelph, Québec, Lacombe) ainsi que de quatre fermes satellites. Au total, 665 postes supprimés : difficile d’imaginer une annonce qui aurait pu créer un plus grand choc dans le secteur agroalimentaire canadien.

On nous parle de raisons économiques, et rien ne nous permet de douter de la nécessité de bien gérer les fonds publics. Le gouvernement investit là où il juge que chaque dollar aura le plus d’impact : un dollar en agriculture est un dollar qui ne va pas en santé, en transports, en logement. L’économie, c’est l’étude des choix et de la rareté. Et nous avons le droit, comme secteur, de critiquer ce choix.

Mais je ne peux ignorer ce que représente la recherche pour l’agriculture et l’enseignement agroalimentaire. Notre domaine est déjà l’un de ceux qui exigent le plus de capital pour générer un dollar de revenu. Les producteurs le savent bien. La recherche aussi coûte cher — surtout en agriculture — mais le coût de ne pas en faire est encore plus grand : baisse d’innovation, fragilisation de la productivité, retard dans l’adaptation climatique et perte de leadership scientifique.

Dans ma chronique de janvier, je rappelais que dans les pays riches, la productivité n’augmente plus en ajoutant des intrants. Elle progresse grâce à l'amélioration des facteurs : meilleure utilisation du travail, du capital et des ressources. Autrement dit : il ne s’agit pas de produire plus, mais de produire mieux. Mieux pour l’environnement, mieux pour l’efficience, mieux pour la résilience.

Si le but du gouvernement est réellement de mieux investir en recherche, alors j’en appelle aux élus : que les sommes prévues demeurent dans le système et qu’elles soient réinvesties dans les organismes provinciaux et universitaires qui, eux, peuvent poursuivre la mission. L’avenir de notre agriculture dépend de notre capacité à innover, pas de notre capacité à couper.

Les propos exprimés dans cette chronique n’engagent que son auteur.

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