États-Unis : la Cour suprême s’invite au 102e Forum agricole annuel

Le président Donald Trump a fait des tarifs sa stratégie commerciale pour réduire le déficit des États-Unis. La Cour suprême juge que c’est illégal.

Publié le
Nouvelle
International
Drapeau américain devant une ferme

Auteurs de contenu

Image de Nicolas Mesly

Nicolas Mesly

Journaliste, agr.

Nicolas est journaliste, agroéconomiste, auteur, conférencier et documentariste.

« Nous sommes en voie de réduire le déficit agroalimentaire record de 50 milliards $ US des États-Unis légué par l’administration Biden à 38 milliards $ US en 2026. Grâce à la stratégie des tarifs réciproques du président Trump, nos producteurs et nos transformateurs ne seront plus des pions abusés du commerce international », a indiqué en substance Luke Lindberg, sous-secrétaire au commerce et aux affaires agricoles étrangères en ouverture du 102e Forum agricole annuel le 19 février dernier.

Sous la menace de tarifs réciproques, qui oscillent de 10 % à 100 % (pour la Chine), les pays ou blocs de pays comme l’Union européenne s’engagent à acheter des denrées américaines et à réduire leurs barrières tarifaires et non tarifaires. « Depuis l’arrivée du président, nous avons signé des accords réciproques avec sept pays, Taiwan, le Guatemala, la Malaisie, le Salvador, le Bangladesh, l’Argentine et le Cambodge dont le marché était de 8,4 milliards $ US en 2024 », a indiqué l’ambassadrice Julie Callahan, négociatrice en chef du secteur agricole, Département américain du commerce.

Citant l’entente de libre-échange avec le Royaume-Uni « qui s’est engagé à acheter 50 % de plus d’éthanol américain cette année », les deux hauts fonctionnaires n’ont pas pu préciser les mécanismes dont ils disposent dans ces accords pour s’assurer que ces pays vont bien acheter les volumes négociés de denrées américaines dans le temps prescrit, que ce soit de l’éthanol, du riz américain au Japon ou du blé en Indonésie.

L’Accord Canada-Etats-Unis-Mexique (ACEUM) s’invite dans la discussion

« L’ACEUM représente 40 % de notre marché d’éthanol, c’est notre pain et beurre. Pouvez-vous nous dire où en sont les négociations? » a demandé Gretchen Cook, représentante de la National Corn Growers Association, aux deux négociateurs.

Le processus de consultation sur l’ACEUM est en cours aux États-Unis en vue de la révision de l’accord prévu en juillet prochain a fait valoir Julie Callahan. « Il y a des choses qui ne fonctionnent pas. Notre déficit agroalimentaire avec le Canada est passé de 3 à 12 milliards $ de 2020 à 2024 », précisant que l’allocation des contingents tarifaires dans le secteur laitier surit depuis longtemps les relations entre les deux pays.

L’ambassadrice Callahan n’a pas pu préciser si la préférence de l’administration Trump était de réviser l’ACEUM ou de conclure des ententes bilatérales avec le Canada et le Mexique, tel que le président l’a évoqué.

Un discours plombé

La secrétaire du Département américain de l’agriculture, Brooke Rollins, prenait la parole le lendemain, le 20 février, en annonçant une aide de 12 milliards $ supplémentaires aux producteurs américains pour pallier « la perturbation injuste des produits et du marché », dit-elle.

L’aide annoncée de 12 milliards $ US provient des tarifs imposés au monde entier par le président Trump, une somme estimée à 264 milliards $ US en 2025. À peine l’allocution de Brooke Collins terminée, la Cour suprême des États-Unis infligeait un premier revers cinglant au président Trump. Les juges ont statué en majorité que le président ne pouvait pas imposer des droits de douane réciproques en invoquant l’International Emergency Economic Power Act (IEEPA) puisque le pouvoir de taxation appartient au Congrès.

Ces tarifs réciproques n’ont pas touché les exportations canadiennes puisque 90 % de celles-ci s’inscrivent dans l’ACEUM. En entrevue à la télévision de Radio-Canada, l’ancien premier ministre et spécialiste des relations canado-américaines, Jean Charest, indiquait que le président américain digère mal sa défaite et prendrait d’autres moyens pour continuer son offensive tarifaire.

Merci de votre participation!

Explorer davantage

Autres suggestions de lecture