Le trio gagnant en production porcine : eau, ambiance et aliment

Les résultats de la Filière porcine coopérative explosent grâce au trio eau, ambiance et aliments. Voyons comment.

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Témoignage et entrevue
Filière porcine coopérative
Couloir de porcherie

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Patrick Dupuis

Directeur et rédacteur en chef au magazine Coopérateur

Agronome diplômé de l’Université McGill, Patrick travaille au Coopérateur depuis une trentaine d’années.

De toute évidence, on n’atteint pas de hautes performances en production porcine en claquant des doigts. Francis Dubé croit qu’elles dépendent de trois éléments clés à ne négliger en aucun temps : l’eau, l’ambiance et les aliments. C’est le trio gagnant.

« Le stress est l’ennemi numéro un des performances. » C’est l’affirmation que lance d’entrée de jeu le technologue Francis Dubé, directeur des élevages pour la division RP2R et le Regroupement porcin Avantis Olymel (RPAO) de la Filière porcine coopérative.

Celui qui a plus de 25 ans d’ancienneté dans le réseau Sollio en rajoute : « On ne travaille plus avec le même animal. »

Résultats d’élevage : la Filière porcine coopérative cumule les bonnes notes!

Les performances sont à un tout autre niveau, dit-il fièrement. Le poids des carcasses a bondi dans les 25 dernières années de 85 kg à 118 kg avec des pics à 130 kg. Le gain quotidien moyen fracasse des records. Dans les cinq dernières années, il est passé de 968 g à 1075 g en moyenne avec des lots qui atteignent les 1285 g par jour. C’est 107 g par jour en moyenne de plus qu’il y a cinq ans. « On a fait des pas de géant en génétique, en alimentation, en gestion », appuie Francis Dubé, qui a lui-même été producteur de porcs.

« Les performances sont excellentes et le prix est bon », relance Francis Dubé. Y a-t-il encore de la place pour faire mieux? Comment maintenir et améliorer de telles performances? Comment mieux se positionner dans le marché?

« Ça va continuer d’augmenter. Je crois même qu’on n’a pas la moitié de fait dans l’amélioration de la conversion alimentaire, lance avec confiance le directeur d’élevage. Le potentiel génétique et la santé des porcs sont excellents. On produit plus d’un million de porcelets chaque année dans le réseau, exempts de SRRP. On a des Formule 1 entre les mains. Il faut s’en occuper. »

L’eau

« Je travaille beaucoup avec Francis Pouliot, du CDPQ. On est axés sur les micro-ajustements pour aller chercher les meilleures performances en engraissement, parce que l’argent est là. Le prix n’a pas toujours été aussi bon. À l’exception de cette année, la pression financière était immense sur les éleveurs. Il y a eu la COVID-19, la grève à Vallée-Jonction, la fermeture de l’usine… Sur le plan technique, il fallait trouver des moyens de faire baisser les coûts de production. »

« En somme, il faut affiner nos méthodes et nos installations, souligne Francis Dubé. En mode tout plein tout vide, comme dans la très grande majorité des élevages, le système d’abreuvement doit être adéquat. Les animaux entrent tous en même temps et sortent tous en même temps aussi, alors qu’ils sont très gros et qu’ils consomment beaucoup plus, et par pics, soit le matin et le soir. Cela met à l’épreuve les systèmes d’abreuvement. Consommer de la moulée comme on souhaite qu’ils le fassent pour favoriser le gain, soit jusqu’à quatre kilos par jour, demande un bon apport en eau. Sinon, ils ne peuvent tout simplement pas avaler la moulée. L’animal va se priver de manger s’il n’a pas accès à suffisamment d’eau. »

Le spécialiste suggère également de prévoir des réserves d’eau et de s’assurer d’avoir des lignes de distribution de diamètre et de débit suffisants pour fournir un approvisionnement adéquat, et éviter la concurrence à l’abreuvoir.

L’ambiance

« Depuis environ cinq ans, nous utilisons une charte de températures beaucoup plus froide, fait savoir Francis Dubé. Un porc de 100 kg commence à souffrir de la chaleur à partir de 21 °C (70 °F) et sa consommation commence déjà à diminuer. »

En collaboration avec Francis Pouliot, sommité en matière de ventilation au Québec rattaché au CDPQ, des essais seront menés pour modifier les chartes de températures et déterminer la température qui optimiserait la prise alimentaire. « C’est ce qu’on appelle la thermoneutralité, c’est-à-dire la plage de températures qui correspond à la zone où l’organisme maintient sa température corporelle sans effort particulier, sans activer de mécanismes de réchauffement ou de refroidissement. Mais pour cela, il importe d’avoir de l’équipement qui fonctionne très bien. »

Il lui a fallu trouver les températures qui n’allaient pas faire croître la conversion alimentaire, mais aussi convaincre les éleveurs qu’elles n’allaient pas provoquer de toux. « Les données recueillies nous ont donné raison, confirme Francis Dubé. La nouvelle charte de températures s’est traduite par des résultats exceptionnels. Même le taux de mortalité a diminué. Un animal qui ne mange pas en raison d’un inconfort lié à l’humidité, à la température ou à des courants d’air souffrira rapidement d’ulcères d’estomac, car son système digestif est conçu pour être en constante prise alimentaire. Un animal doit pouvoir consommer des aliments à volonté. »

Francis rappelle qu’en abaissant les températures ambiantes, il est primordial de contrôler les écarts entre les paliers de ventilation. L’approche la plus efficace, dit-il, consiste à appliquer des règles simples qui répondent à la majorité des situations (85 à 90 %). En privilégiant des solutions faciles à comprendre et à appliquer sur le terrain, on obtient des résultats concrets.

« La règle du pouce est un degré Fahrenheit par dix CFM (pieds cubes par minute - PCM), rappelle Francis Dubé. Pour un engraissement qui a 100 CFM, on demande un écart minimal de dix degrés Fahrenheit avant que les ventilateurs tournent à 100 %. Cette méthode, utilisée depuis cinq ans, a fait ses preuves. Bref, il faut rendre ça simple, sinon, si c’est trop compliqué, les producteurs décrochent. »

Par exemple, illustre Francis Dubé, en engraissement, on recommande 100 CFM par porc. Les premiers 40 CFM servent à évacuer les gaz et les germes et à contrôler l’humidité. Les 60 autres CFM permettent, notamment en période estivale, de sortir la chaleur du bâtiment. Cela crée un courant d’air qui rafraîchit les animaux. En plus, dit-il, un bon apport d’oxygène favorise la digestion.

« Ce sont des conseils qui sont facilement applicables par les experts-conseils et les producteurs, souligne Francis Dubé. La simplicité favorise le succès. On ne veut pas partir sur de grandes théories. On ne veut pas non plus fonctionner au cas par cas dans chacune des fermes. Grâce à cette façon de voir les choses, on a de nouveaux adeptes. »

Les aliments

« On a sélectionné nos animaux pour en faire des Formule 1. Leur potentiel de croissance est extraordinaire. Il faut les alimenter en conséquence et les laisser consommer des aliments de qualité en tout temps, sinon on se tire dans le pied », appuie Francis Dubé.

« La moindre restriction crée un stress énorme chez l’animal qui est génétiquement conçu pour grossir, pour prendre de la masse, ajoute-t-il. S’il ne peut pas combler ses besoins, il devient agressif et stressé. Et le stress, c’est l’ennemi numéro un des performances zootechniques. Il faut éliminer tous les stress.

 

Bref, de l’eau en quantité suffisante, de l’air de qualité et en quantité suffisante, une ambiance adéquate pour le poids des animaux, puis des aliments à volonté. Les mots à volonté, on les écrit en gras. Il ne faut jamais que les animaux manquent de moulée. La trémie doit être ajustée adéquatement. Il faut qu’il y ait de la moulée dans les silos. Si on a une machine performante, on est voué à la quasi-perfection. »

Lire le dossier « Succès et défis de la Filière porcine coopérative »

Cet article est paru dans le Coopérateur de novembre-décembre 2025.

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