Santé et bien-être des porcs, c'est la base
Le Coopérateur s'entretient avec Martin Choinière, et discute des stratégies misent en place par la Filière pour assurer qualité et confort.
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« Il n’y a pas de formule magique. On applique la base, rigoureusement », lance Martin Choinière, vétérinaire pour la division RP2R et coordonnateur de la Filière porcine coopérative.
Patrick Dupuis : Quelles actions avez-vous mises en place pour améliorer la qualité et la santé des porcelets afin d’obtenir de meilleurs résultats d’engraissement et des animaux en meilleure santé?
Martin Choinière : Au fil des années, nous avons constamment travaillé à améliorer la qualité des porcelets que nous commercialisons. La majorité de la production est aujourd’hui organisée selon un modèle à trois sites : les maternités, les pouponnières et les engraissements. Nous concentrons ainsi nos efforts sur l’obtention de porcelets de la meilleure qualité possible qui proviennent des maternités, qu’elles appartiennent à des clients indépendants ou à des exploitations propriétés de coopératives. Ces fermes peuvent être détenues par RP2R, Avantis Coopérative ou Olymel.
La santé et la qualité des porcs n’ont pas qu’un impact sur leurs performances futures. Un élément très important dont on parle rarement, c’est l’impact qu’elles ont sur la santé mentale des personnes qui les élèvent. Des porcelets de qualité performants stimulent énormément la motivation des troupes. Les gens souhaitent davantage s’améliorer et appliquer les recommandations, en faire plus pour assurer le succès de leurs lots, de leur élevage. On travaille avec des porcs, oui, mais on travaille avec des humains, aussi!
Quelles sont les principales maladies que vous surveillez?
Il y en a trois : le syndrome reproducteur et respiratoire porcin (SRRP), la pneumonie enzootique à Mycoplasma hyopneumoniae et la pleuropneumonie porcine. Nous avons donc décidé de baser légèrement le prix que nous payons lors des achats de porcelets en fonction des statuts sanitaires.
Les achats de porcelets sont ajustés selon cinq critères principaux liés à la santé et à la qualité : le statut sanitaire pour les trois maladies clés, l’historique des cas de SRRP et de pneumonie enzootique et le risque de contamination régionale, évalué notamment à l’aide d’un indice d’exposition aux élevages porcins environnants fourni par le Centre de développement du porc du Québec (CDPQ).
Le prix payé varie selon ces facteurs, ce qui encourage nos fournisseurs à améliorer la qualité et la santé des porcelets. Le SRRP et la pneumonie enzootique sont causés par des agents pathogènes qui peuvent se transmettre de manière régionale, entre autres par aérosol. On a donc tenté de miser sur des maternités qui étaient le plus isolées possible géographiquement et qui affichaient le meilleur historique sanitaire.
Quelles autres mesures avez-vous adoptées ou exigées?
Nous avons aussi beaucoup misé sur la présence d’une quarantaine chez nos naisseurs. L’introduction d’animaux vivants constitue un des risques les plus importants de contamination par des agents pathogènes, avec la transmission régionale. Des mesures de biosécurité ont été mises en place : une douche à l’entrée, des entrées danoises et, enfin, la récupération des animaux morts. Nous offrons un incitatif financier à nos fournisseurs de porcelets s’ils optent pour le compostage à la ferme plutôt que pour l’équarrissage. Au fil des années, ces mesures et ces exigences ont nettement amélioré la fiabilité de nos fournisseurs et la qualité des animaux qu’ils nous acheminent.
La santé des porcelets se répercute dans toute la chaîne, n’est-ce pas?
Tout à fait! C’est une de nos forces à la Filière porcine coopérative. Le but, c’est d’éliminer le plus possible l’effet des facteurs limitants. Il faut de la bonne génétique, un environnement salubre, une régie exemplaire. Nos ressources humaines sont excellentes. Nous avons réuni toutes les conditions nécessaires au succès.
Les normes BEA de 2029 représentent-elles un nouveau défi?
C’est la date obligatoire pour le transfert en stabulation libre de toutes les truies en gestation de plus de 35 jours. Les fermes qui ne seront pas en mesure de les respecter vont inévitablement cesser leurs activités. D’autres vont s’y conformer et possiblement prendre de l’expansion.
Pour combler la production des fermes qui sortiront de la production?
Exactement. Ces abandons de maternité pourraient, dans certaines régions, réduire le nombre d’unités de naissage qui s’y trouvent. Les installations dans des régions à forte densité qui produisent de façon plus fréquente des porcelets virémiques pour le SRRP, par exemple, sont souvent à la source d’une contamination dans le reste de la chaîne de production, soit dans les pouponnières ou les engraissements. C’est une roue qui tourne. La logique serait de concentrer les maternités et de grossir celles qui se trouvent dans une excellente situation géographique.
Dans les unités de pouponnière et d’engraissement, quelles mesures mettez-vous en place pour assurer la qualité et la santé des animaux produits?
Nous utilisons aussi l’indice de positionnement géographique du CDPQ afin d’élever des animaux dont les niveaux de vaccination vont correspondre à leur site géographique.
Nos animaux à plus haut statut sanitaire, ceux placés dans des endroits où ils ont peu de chances d’être contaminés par le voisinage, recevront un protocole de vaccination plus allégé. Nos sites de production qui se trouvent dans des régions à plus haute densité, qu’on pense à Saint-Hyacinthe, à Drummondville, à la Beauce, et un peu à Lanaudière, recevront quant à eux des animaux qui bénéficieront d’une protection vaccinale accrue afin de se défendre contre les agents pathogènes qui s’y trouvent.
Nous avons aussi pratiquement éliminé les sites d’élevage en rotation au profit du mode tout plein tout vide.
Comment procédez-vous en mode tout plein tout vide?
Pour des installations qui comportent jusqu’à 4000 places, que ce soit en pouponnière ou en engraissement, nous fonctionnons en tout plein tout vide par site. Au-delà de 4000 places, c’est le même scénario, mais par bâtiment. La différence est énorme. Lorsqu’un lot se termine, les bâtiments sont vidés, lavés et désinfectés. Ça permet de couper les cycles de maladies.
De plus, pour les plus petits lots d’élevages, une régie de type « bande aux quatre semaines » est utilisée afin d’augmenter la quantité de porcelets par lot et de diminuer la fréquence des lots ou des bandes. Plutôt que de fonctionner à coup de 250 porcelets par semaine, on fonctionne avec 1000 porcelets aux quatre semaines. Ceci nous permet de minimiser les mélanges de sources de porcelets différentes.
En outre, toutes les données de santé et de performance d’élevage que nous prélevons, notamment à l’aide du système Maximus Software, et qui sont accessibles en continu, nous permettent d’agir rapidement lorsqu’un problème se présente, et ce, pour tous les lots en production.
Enfin, le transport des porcs vers l’abattoir est également un point important de gestion de la biosécurité. Entre autres, une gestion stricte est appliquée pour éviter la contamination lors des voyages successifs. La personne qui conduit le camion n’entre jamais dans les bâtiments. Des quais de chargement évitent que le producteur et le camionneur se croisent. Ça minimise les risques. Nous sommes très rigoureux. Pour les sites en rotation, le camion doit être propre à son arrivée sur le site.
Lire le dossier « Succès et défis de la Filière porcine coopérative » |
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Cet article est paru dans le Coopérateur de novembre-décembre 2025.