De la ferme au secrétariat général de Sollio
Portrait de Josée Létourneau, première secrétaire générale de l’histoire de Sollio Groupe Coopératif et femme aux 1001 projets.
Auteurs de contenu
Secrétaire générale de Sollio Groupe Coopératif depuis 2020, Josée Létourneau débute son parcours professionnel par le droit. Mais le milieu agricole, ses valeurs personnelles et la coopération l’ont rapidement redirigée vers la coopérative, aux racines de son propre vécu. Portrait d’une femme d’une belle humanité et de conviction.
De la ferme familiale au droit
Fille de producteur agricole, Josée grandit dans une ferme laitière et acéricole en Beauce. « C’est mon frère, le troisième enfant de la famille, qui a repris l'entreprise. Au début des années 1980, les filles, on ne pouvait même pas s’imaginer reprendre la ferme! » explique-t-elle.
Ses talents d’écriture et son envie d’aider les autres la dirigent vers le droit. Après avoir terminé ses études à l’Université Laval, elle commence à pratiquer à Québec, dans un cabinet privé, puis elle déménage à Montréal pour accompagner son conjoint de l’époque.
C’est là qu’une offre d’emploi pour la Coopérative fédérée de Québec se présente. « Le hasard fait tellement bien les choses! J’ai pu retourner à mes racines agricoles, comme conseillère juridique. »
Évoluer au sein de la coopérative
Les années passent. C’est en 2016 que Josée devient vice-présidente aux affaires juridiques, à la retraite d’Alain Garneau, qui l’avait initialement embauchée.
Quatre ans plus tard, le poste de secrétaire général se libère. Elle ne s’y voit pas, doutant de son expertise pour certains mandats. C’est une petite poussée de Gaétan Desroches, alors chef de la direction de Sollio Groupe Coopératif, qui lui donne l’impulsion manquante pour postuler. « Ça s’apprend! » lui dit-il. « Quand quelqu’un croit en toi, ça aide », raconte Josée, qui a donc posé sa candidature pour ce poste convoité, qui la conduit à une de ses plus grandes réalisations. En l’obtenant, elle est devenue la première femme officière chez Sollio Groupe Coopératif en 100 ans!
Ce n’est pas pour rien que ça fait 28 ans que je suis ici : je ne pouvais pas tomber mieux.
— Josée Létourneau
Les expositions agricoles
Si d’un côté elle accompagne aujourd’hui le conseil d’administration de Sollio dans ses décisions et sa gouvernance, tout en traitant plusieurs dossiers stratégiques, financiers et juridiques de l’organisation, Josée garde toujours un pied dans les fermes, tout au long de son parcours.
Ayant participé aux concours des Jeunes Ruraux dans sa jeunesse, elle offre la même chance à ses enfants, Audrey et Alexandra. Elle acquiert des génisses, laissées en pension dans l'entreprise familiale et sorties à l’occasion des expositions agricoles.
C’est à travers cette activité que Josée retrouve Rémi Faucher, qu’elle avait croisé quelques années plus tôt. L’étincelle s’allume toutefois bien après que Rémi a quitté son poste de directeur général à La Coop Dynaco (aujourd’hui Avantis Coopérative), alors qu’ils frôlent tous les deux les terrains des expositions. Depuis, ils nourrissent les aventures entrepreneuriales l’un de l’autre.
Une mentore pour les jeunes entrepreneures
Modeste dans ses propos, il faut presque lui tirer les vers du nez pour extraire de son histoire les plus belles réussites. C’est par la bande qu’on apprend qu’elle soutient de jeunes entrepreneures dans leurs projets.
Elle a notamment favorisé en 2021 la reprise de la librairie L’Option, à La Pocatière, qui cherchait des repreneurs. Une jeune libraire, Christine Picard, a pris le relais grâce au soutien – financier, légal et stratégique – de Josée et de Rémi. « Pour nous, c’était important que ce commerce reste dans la communauté », explique la mentore.
Les deux femmes ont terminé de racheter la participation de Rémi en janvier 2026 et elles sont aujourd'hui copropriétaires d’une librairie florissante. « C’est un coup de cœur mutuel. On se voit aussi en dehors de la boutique. Et c’est super d’avoir une avocate dans son équipe! » précise avec reconnaissance Christine.
Femme de lettres (légales et maintenant littéraires), Josée a également soutenu avec son conjoint la reprise de la boulangerie du village par Emiko Jutras et Frédéric Léonard. Quant à sa fille, Alexandra, qui a d’abord lancé un gîte à la ferme de Josée et Rémi, elle est aussi appuyée dans son nouveau projet d’auberge de jeunesse en République dominicaine.
Accompagner des entrepreneures, « ça me valorise et me nourrit beaucoup. Les voir évoluer et concrétiser leurs rêves, et savoir que j’y ai contribué d’une petite ou d’une grande façon enrichit ma vie, explique Josée. Et pour moi, la cause des femmes, il ne faut jamais baisser les bras, donc c’est important de les aider à prendre leur place, à se réaliser et à avoir un impact dans leur région et leur communauté. »
De raisin et d’érable au Kamouraska
L’avocate, en plus de soutenir des projets entrepreneuriaux, a elle-même acquis avec Rémi une terre agricole où elle produit du raisin de table et du sirop d’érable à la Ferme Harfang.
« J’ai refait ma vie avec une personne qui a des racines agricoles aussi profondes que les miennes, raconte Josée. On avait tous deux le désir d’avoir un projet agricole. Avoir une érablière me permettait de faire un lien avec mes plus beaux souvenirs d’enfance, pour les donner à mes enfants et être dans le bois. »
Et les vignes? C’est pour la région. « On souhaitait offrir un projet agricole différent qu’on ne retrouvait pas dans le Kamouraska et complémentaire à l’érablière, ajoute la viticultrice, qui ne ferait pas compétition à d’autres productions du secteur et qui serait accessible aux gens qui veulent venir sur place. »
Un jeu d’équilibriste
Chaque semaine, Josée passe donc du Kamouraska à la métropole où elle a un pied à terre. « Josée travaille tard, souvent jusqu’à 22 h et elle fait souvent des journées de 12 h, raconte Nadine Kadé, adjointe administrative au secrétariat général. Pourtant, elle n’est pas ergomane. Elle aime travailler. » Comment fait-elle?
« C’est vrai qu’avoir une entreprise agricole en plus du travail, c’est un peu fou, mais c’est mon équilibre mental qui est en jeu, précise la secrétaire générale. Quand je vais entailler ou que je taille les vignes, je dois me concentrer sur la tâche et les soucis ou les problèmes du bureau doivent être évacués. Le contact avec la forêt, la terre, les plantes et la réalité agricole, ça remplit mes batteries, m’apaise et aide à ma sérénité. »
Considérée par les gens qui la côtoient comme disponible, chaleureuse, au grand cœur, toujours prête à aider et très attentionnée, Josée a-t-elle des défauts? « Elle est pourrie en Excel! » s’exclame Nadine. « Elle est maladroite! ajoute Rémi. Elle échappe des choses facilement, comme des plats. C’en est drôle! » C’est peut-être le cœur qui parle ici, mais il ajoute « qu’elle n’a pas beaucoup de défauts, si ce n’est qu’elle est parfois trop généreuse, alors elle ne prend pas assez de temps à penser à elle et à se reposer. »
Les vendredis soir sont donc réservés (quand c’est possible) aux deux amoureux, et les fins de semaine sont consacrées à la ferme et à la famille.
Elle m’a déjà dit : “Pour certaines personnes, la charge de travail, c’est un mont Everest. Mais pour moi, c’est une colline. J’attaque chaque colline une à la fois.” Tous les jours, je me rappelle ça!
— Nadine Kadé, adjointe administrative au secrétariat général de Sollio Groupe Coopératif
La coopération, une question de valeurs
Enfin, travailler pour la coopérative, « c’est une façon de redonner au milieu agricole ce qu'il m’a donné, et c’est un grand honneur, affirme Josée. Mes valeurs, comme mon sens du travail ou des responsabilités, la solidarité, l’entraide et aussi l’authenticité, je les ai apprises à la ferme. »
Comme beaucoup de gens issus du monde agricole, Josée s’inscrit dans un désir de transmission et de legs de valeurs, de ressources et d’entraide, que ce soit dans sa ferme, avec les entrepreneures qu’elle soutient, mais également dans la coopérative. « Je suis fière d’être fille de producteur agricole. On a de grandes responsabilités à la haute direction de Sollio, parce que c’est le travail et le sacrifice de plusieurs générations de producteurs agricoles, et il faut s’en occuper correctement pour que ça puisse se transmettre dans le futur. »
Cet article est paru dans le Coopérateur de janvier-février 2026.