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Ferme Chaby : les grands dortoirs des cochons

Avantis Coopérative

C’est en 1979 que le porc fait son entrée par une maternité à la Ferme Chaby, membre d’Avantis Coopérative et située à Saint-Narcisse-de-Beaurivage. L’entreprise a été passée de père en fils jusqu’à Joey Blaney (cinquième génération). Elle accueille aujourd’hui quelque 50 vaches en lactation et un engraissement de porcs à 1250 places.

Dix ans après la construction de la maternité, Henry Blaney et Christine Audet ajoutent un bâtiment dédié à l’engraissement afin de boucler la boucle de la production porcine. Truies, porcelets et porcs matures iront de pair pendant 25 ans. Vers 2006, le contexte économique, peu favorable, et les maladies, trop nombreuses, auront finalement raison de la maternité, qui ferme ses portes.

Des aménagements encore visibles à ce jour sont alors faits pour agrandir l’engraissement. Les deux copropriétaires enlèvent les cages et coulent du béton pour former plancher et murets. De 12 à 15 porcs se retrouvent dans chacun des 16 parcs.

Les parcs ne sont peut-être pas à la fine pointe de la technologie, mais ils sont fonctionnels. « Il y a un potentiel qui dort ici. On pourrait mettre de 250 à 300 porcs de plus si on rénovait. On aimerait refaire la section au complet, mais là, ce n’est pas le temps! » précise Joey, qui a repris la ferme de ses parents en 2018. On attend quoi? Que les enfants grandissent, que les prix montent et qu’on ait le droit d’augmenter la production de porcs, par exemple.

Entretemps, les installations, tout à fait fonctionnelles, restent sur place. Des trémies à moulées rythment le passage au fur et à mesure qu’on avance dans le couloir, direction les deux grands parcs.

De la petite auberge aux grands dortoirs

Si les premiers parcs ont des allures de petites auberges, les grands dortoirs qui se trouvent au-delà de la porte ont un tout autre style. En 2016, des travaux de modernisation sont faits dans la plus ancienne section de l’engraissement. Chaque espace peut depuis accueillir près de 500 porcelets.

« Avant, la dimension des chambres en engraissement correspondait au nombre de porcelets sevrés, raconte Joey. Comme on avait nos truies, on finissait nos cochons. On avait donc des chambres pour des lots d’environ 100 cochons. On a tout changé. »

Les deux grands parcs facilitent les tâches, surtout grâce aux balances trieuses et aux barrières antiretour qui séparent sans effort les porcs ayant atteint le poids désiré. Ils se retrouvent ensuite à deux pas du couloir qui les mène aux camions. « Pour les balances trieuses, ce n’est pas la balance qui est la plus fun, explique le producteur. C’est la trieuse. Les cochons sont là, prêts, et la porte est à côté. Ça enlève du travail pour les sorties de porcs. Ça va bien. »

La moulée, la ventilation, le chauffage, la balance et les compteurs d’eau sont gérés à distance par cellulaire. Les murets sont quant à eux faits de plastique de bouteilles recyclées, un bonus appréciable pour l’environnement, aux dires de Joey.

Une dizaine de jouets, qui résisteront au mâchouillage intensif pendant deux ou trois lots tout au plus, distraient les jeunes cochons à leur arrivée. « Ils sont durs sur les jouets! Ça en prend des bons! » précise avec humour le producteur, qui ajoute que les porcelets se désintéresseront progressivement de ces loisirs en grandissant.

Une longue rangée de trémies, qui ont fait leurs preuves au fil des ans, sert à l’alimentation ici aussi. « Un de mes mantras, c’est : “Ne répare pas ce qui n’est pas brisé”. Tant que ça fonctionne bien, ne brasse pas la soupe pour rien », explique Joey en précisant que les trémies étaient un système déjà utilisé par son père et qu’il a préféré le perpétuer.

Continuer grâce au tout-plein/tout-vide

La Ferme Chaby est située à quelques minutes à peine de l’ancienne usine d’abattage de Vallée-Jonction. Est-ce que sa fermeture a entraîné des questionnements quant à l’avenir de la production porcine dans l’entreprise? « Pour l’instant, je me vois encore continuer un bout, répond Joey. On ne sait jamais, avec le contexte, mais je ne vois pas la fin du secteur porc à la Ferme Chaby. Ça diversifie la ferme. Ça donne du fumier pour mes champs. J’ai un volet céréales, donc je passe mes céréales en consommation à la ferme. »

« Les résultats techniques vont bien. C’est plus encourageant, continue-t-il. Avant, on était en rotation à deux bandes dans la bâtisse. Depuis trois ans, je suis en tout-plein/tout-vide, et tout a changé, surtout pour la mortalité. »

Le taux de mortalité a effectivement chuté de plus de la moitié avec cette nouvelle gestion. En 2023, il a atteint 3 % alors qu’il frôlait auparavant les 6 %. Le cycle se fait donc maintenant aux 20 semaines, et les premiers porcs quittent le bâtiment vers la 12e semaine.

« Je suis content d’avoir fait le move, que ça ait marché et que ça marche encore. On n’avait plus beaucoup à perdre à ce moment-là. C’était ça ou on arrêtait la production porcine. »

Au moment de faire la transition, faire affaire avec la coop est apparu pratique aux yeux de Joey. Non seulement le réseau coop a les capacités suffisantes pour fournir le nombre de porcelets requis à chaque nouveau lot, mais il offre en plus le Programme de prix de pool moyen pondéré annuellement (PPMPA).

Le PPMPA aide à équilibrer le prix reçu pour les porcs, même s’ils sont livrés durant des semaines moins économiquement viables. « Je suis dépendant du marché, mais pas hebdomadairement », conclut le producteur.

Une routine bien rodée et une histoire qui se perpétue

Matin et soir, Joey fait sa tournée à la porcherie où il vérifie que les porcs sont en santé et que tout se déroule bien. Le plus important en engraissement, dit le producteur, est de s’assurer qu’on garde le cap et « qu’on n’échappe pas un lot de cochons ». La surveillance quotidienne est la clé : plus on agit tôt, meilleur sera le résultat!

Le rythme de la ferme est guidé par la production laitière, les travaux aux champs, la production porcine et également la vie familiale. Un troisième enfant est né en avril 2024. Les parents de Joey viennent donner un coup de main ponctuellement, en particulier pour le « bel ouvrage », précise leur fils qui espère les convaincre de s’impliquer longtemps.

On lui demande, finalement, ce qui le rend le plus fier à la ferme. « Je suis fier que l’entreprise ait continué une génération de plus et de garder une ferme dans le rang, le village et la famille. »



Une vie bien remplie

À Saint-Narcisse-de-Beaurivage, tout le monde l’essaie au moins une fois! Les jeunes gens y sont nombreux à faire un peu de mécanique automobile pour participer à l’une des courses de démolition du coin. Pour Joey, c’est avec des amis et son frère qu’un groupe s’est constitué. La recherche des meilleurs véhicules se fait sur Marketplace. C’est dans un des anciens segments de la maternité, transformé en centre de naissance à véhicules pour démolition, que se trouve le garage.

En plus des cochons, des vaches, de la famille et des autos, la vie de Joey se complète finalement par une autre activité, plus... flamboyante! Il est pompier volontaire à Saint-Narcisse-de-Beaurivage. S’il révèle que ce n’était pas un rêve de jeunesse, il avoue aussi candidement qu’il adore être un combattant du feu.

Photo : Patrick Dupuis

Stéphanie McDuff

Stéphanie est Rédactrice et chef de la production numérique pour le Coopérateur. Diplômée de l’Université du Québec à Montréal, elle est détentrice d’un baccalauréat et d’une maîtrise en études littéraires. 

Stephanie.McDuff@sollio.coop

Stéphanie est Rédactrice et chef de la production numérique pour le Coopérateur. Diplômée de l’Université du Québec à Montréal, elle est détentrice d’un baccalauréat et d’une maîtrise en études littéraires.