Les recommandations pour la gestion du colostrum
André Roy présente 4 générations de recommandations liées au colostrum pour s'assurer que les premières traites valent vraiment de l'or!
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Certains diront : « Pas encore un article sur le colostrum! » Un instant! Suivez-moi dans l’évolution des recommandations sur la régie du colostrum qui prêtent parfois à confusion.
Au fil des décennies, les recommandations entourant la régie périnatale du veau ont grandement évolué. Parmi celles-ci, la gestion du colostrum s’est imposée comme la pierre angulaire.
Pourquoi? En raison de ses effets déterminants tant sur la survie et la santé immédiate du veau que sur sa performance à long terme, ce qui assure un troupeau laitier productif de façon pérenne.
1re génération : réduire la mortalité
La première génération de recommandations en matière de gestion du colostrum visait principalement à administrer rapidement au veau une quantité suffisante d’un colostrum de qualité, récolté dans des conditions salubres. Cela s’explique par le fait que l’immunité active du veau met jusqu’à huit semaines avant de pouvoir combattre efficacement les pathogènes présents dans son environnement.
Ainsi, la seule façon d’assurer sa survie immédiate repose sur l’ingestion de ce précieux colostrum dans les six à huit premières heures de vie. Cette approche a permis de démontrer que le risque de mortalité était réduit d’un facteur de trois grâce à cette intervention précoce.
La qualité du colostrum ne se juge pas à sa couleur ou à sa texture, mais à sa concentration en IgG (immunoglobulines G). Un taux de 50 g/litre d’IgG, mesuré à l’aide d’un réfractomètre Brix affichant 20 %, était recommandé pour réduire de moitié les risques liés à un mauvais transfert d’immunité passive.
Pourquoi salubre, soit faible en bactéries? Les pores des intestins sont ouverts temporairement pendant les 18 à 24 premières heures de vie afin de permettre aux immunoglobulines (de grosses molécules) de passer au travers afin d’entrer rapidement dans le système sanguin pour se transformer en anticorps efficaces.
Cependant, si des bactéries et d’autres pathogènes sont présents, ils peuvent rapidement traverser la paroi intestinale vers la circulation sanguine et infecter directement le veau qui n’a alors aucune défense.
Pas seulement la première traite
Entre la première traite, riche principalement en immunoglobulines G favorisant le transfert d’immunité passive, et le lait destiné à la consommation humaine après la troisième ou quatrième traite, la composition du lait de transition évolue considérablement et rapidement.
Durant cette phase de transition, des métabolites tels que les immunoglobulines A et M démontrent leur importance et jouent un rôle clé dans la protection entérique. Ils agissent directement dans les voies intestinales du veau, empêchant l’adhésion et réduisant la prolifération de pathogènes, ce qui contribue à renforcer la barrière immunitaire locale et la santé digestive globale.
2e génération : plus d’un repas
Des recherches ont démontré que la poursuite de l’administration de colostrum de transition pendant au moins les trois et idéalement les quatre premiers jours de vie réduit la contamination intestinale des veaux par les pathogènes responsables de la diarrhée. Chaque jour de diarrhée retarde la croissance des veaux de trois jours.
D’autres études ont révélé que l’ajout de 100 g/jour d’un substitut de colostrum (dilué dans un litre d’eau) aux repas normaux de lait diminue drastiquement les jours de symptômes de diarrhée et réduit de moitié la médication requise pour éliminer le pathogène en question.
3e génération : la santé
Au-delà de la simple survie, il est primordial d’assurer la santé du veau. Un nouveau guide (tableau 1) propose quatre niveaux de qualité de transfert d’immunité passive; les niveaux 1 et 2 correspondent aux recommandations antérieures, et moins de 30 % des veaux devraient s’y retrouver. Les niveaux 3 et 4 doivent représenter au moins 70 % des veaux.
Le succès du transfert passif d’immunité se mesure par un test sanguin effectué avant le cinquième (de préférence) et le septième jour de vie. Pour atteindre ces niveaux, le colostrum servi doit afficher au minimum 22 % Brix, avec une qualité supérieure atteignant 25 à 30 % Brix.
4e génération : peut-on donner trop de colostrum?
Les premières générations de recommandations préconisaient un premier repas de quatre litres de colostrum dans les deux heures suivant la naissance, suivi d’un deuxième repas de deux litres, huit à dix heures plus tard. Toutefois, même avec cette approche rigoureuse, certains veaux manifestaient de l’inconfort le lendemain et des mortalités sporadiques étaient observées.
Des autopsies ont révélé d’imposants caillots dans la caillette (l’abomasum – voir photo) qui dépassaient la capacité de l’organe à la naissance. Ces constats orientent désormais vers une approche qui privilégie un repas initial de 3 à 3,5 litres de colostrum de très haute qualité (25 % Brix et plus), suivi d’un deuxième repas de deux litres environ huit heures plus tard.
Afin d’éviter l’inconfort du veau (celui-ci pourrait se donner des coups de patte au ventre) tout en assurant un transfert approprié d’immunité passive, l’objectif est d’offrir un premier repas représentant 8 % et 4 % du poids vif du veau pour le premier et le deuxième repas.
Et les nutriments là-dedans?
Le colostrum et le lait de transition offrent une concentration supérieure en nutriments, notamment en protéines, dont les immunoglobulines, et également en gras. Puisque le veau naît avec une très faible réserve de gras corporel, la richesse en gras du colostrum lui permet de préserver cette réserve essentielle durant ses premiers jours de vie.
Les prochaines études qui seront bientôt entamées viseront à démontrer l’intérêt de sélectionner un colostrum particulièrement riche en gras, surtout lors des périodes froides. Il est reconnu que, durant les trois premières semaines de vie, le veau nécessite un apport énergétique accru pour maintenir sa température corporelle lorsque la température ambiante descend sous les 13 °C.
En ciblant un colostrum à haute teneur en gras, on espère optimiser la survie et la santé des veaux dans ces conditions, tout en limitant les pertes énergétiques et en favorisant une croissance harmonieuse. Sollio Agriculture contribuera fièrement à cette prochaine vague d’études, avec plusieurs autres collaborateurs et des chercheurs de l’Université de Guelph.
La recommandation à suivre maintenant
La science entourant la gestion du colostrum évolue sans cesse, soutenue par des dizaines d’essais annuels menés au Canada et aux États-Unis. Cette dynamique impose la création d’un protocole adapté à chaque ferme, élaboré par son expert-conseil en collaboration avec son vétérinaire, pour répondre aux réalités et aux objectifs des propriétaires.
S’associer à un fournisseur d’intrants engagé, qui offre une formation continue à son réseau d’experts-conseils et participe activement à la recherche, constitue un atout pour rester à la fine pointe et favoriser la santé des veaux dans un contexte en constante évolution.
Sollio Agriculture distribue son propre substitut de colostrum dont les caractéristiques considèrent un apport important d’immunoglobulines sans compromettre son contenu en matière grasse d’origine colostrale. Informez-vous auprès de votre coop ou de votre quincaillier BMR.
Cet article est initialement paru dans le magazine Coopérateur d'avril 2026 sous le titre « Ces traites qui valent de l'or ».