Pandémie, météo et reprises économiques

Jean-Philippe Gervais, vice-président et économiste en chef chez Financement agricole Canada (FAC), a partagé ses prévisions pour le secteur agricole et agroalimentaire, lors de l’assemblée semestrielle de Sollio Groupe Coopératif, le 9 septembre dernier, à Saint-Hyacinthe.

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Témoignage et entrevue
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Mains tenant des pousses d'arbres.

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Patrick Dupuis

Directeur et rédacteur en chef au magazine Coopérateur

Agronome diplômé de l’Université McGill, Patrick travaille au Coopérateur depuis une trentaine d’années.

Quelles sont vos principales perspectives en matière d’agriculture et d’agroalimentaire?
D’abord, au Canada, nous n’avons pas encore rattrapé le niveau d’activité économique qu’on avait juste avant la pandémie. Nous sommes à 2 % sous ce niveau, et à 6,8 % en deçà du potentiel que nous aurions enregistré si la pandémie n’avait pas frappé. Il reste beaucoup de croissance économique sur la table. Chez FAC, on estime que la Banque du Canada pourrait relever ses taux d’intérêt vers la fin de 2022. Pour le moment les coûts d’emprunts restent bas. Au chapitre de l’inflation, je ne suis pas inquiet, car les marchés ne le sont pas. Elle ne devrait pas s’accélérer de façon permanente et le fort taux d’inflation présentement devrait diminuer au début 2022. Quant au dollar canadien, pas d’inquiétude non plus. Il est redescendu sous la barre de 80 sous par rapport au dollar américain, et l’agriculture et l’agroalimentaire demeurent compétitifs.

Nous sommes confortables avec une prévision de la valeur actuelle du dollar pour le restant de l’année. Donc, pas de panique, il reste du temps aux entreprises pour analyser leurs stratégies. La météo, surtout dans l’ouest, a été extrêmement difficile. Ça aura des répercussions en 2022. Les prix des intrants et des principales cultures demeureront élevés. Les coûts des productions animales auront ainsi tendance à augmenter. La Chine continuera d’être un des principaux moteurs des marchés agricoles, grâce notamment à une demande élevée pour des grains résultant de la reconstruction de leur cheptel porcin, qui avait souffert durement de la grippe porcine africaine. Le prix des terres, dans toutes les régions au Canada, est en bonne augmentation. Une tendance qui se poursuivra.

À court et moyen termes, sur quoi les producteurs agricoles devront-ils porter leur attention?
Un des dangers, c’est que les prix élevés de tout ce que l’on vend obscurcissent les pressions qu’on continue à avoir sur la l’efficacité dans l’entreprise. Parce que les défis restent les mêmes : efficacité, disponibilité de la main-d’œuvre, stratégie liée au déploiement de la technologie. Le prix des intrants continuera à grimper et cela exercera de la pression sur la profitabilité. Le producteur doit passer du temps dans ses livres comptables, pas juste au champ ou à l’étable. À court terme, il doit faire une bonne lecture de sa gestion stratégique des risques (financier, production, mise en marché). Puis à long terme, il doit savoir où il veut mener son entreprise dans cinq ans.

Quelles seront les nouvelles occasions d’affaires pour les producteurs au Québec et au Canada?
Le consommateur a maintenant beaucoup d’influence sur toute la filière. Ses préférences et ses demandes ne se traduisent pas toujours en achats et revenus additionnels pour les producteurs, j’en conviens, mais ce qu’il y a de positif, c’est que ses choix alimentaires se diversifient et ça ouvre de nombreuses portes aux entreprises : achat local, viandes issues d’élevages bio, par exemple, nouvelles cultures, protéine végétale, etc. Il y aura de plus en plus de créneaux, et qui ne seront pas nécessairement petits, au contraire. Il y a plusieurs possibilités de croissance en agriculture.

Quelles économies, en émergence ou non ailleurs dans le monde, offriront de nouvelles occasions d’affaires?
On en parle depuis longtemps, mais l’Asie demeure un marché rempli d’opportunités. Grâce à des ententes commerciales, on est capable d’aller chercher une partie de la hausse de la demande en lien avec l’émergence de la classe moyenne là-bas. Pas seulement en Chine, au Vietnam, également et chez les autres signataires du partenariat transpacifique. Autre marché, la plus grande économie du monde, celle qui est juste au sud de la frontière! C’est presque « facile » d’y accéder, ils ont de l’argent, les coûts de transport pour s’y rendre sont faibles et les pratiques commerciales sont similaires. Cela dit, on a un certain rattrapage à faire en matière de diversification de marchés. Il y a du potentiel du côté de l’Europe, bien que des difficultés demeurent au chapitre de certaines normes techniques ou sanitaires.

Quelles sont les menaces qui planent, zoonoses, changements climatiques, etc., et comment s’en prémunir?
Ce que les changements climatiques mettent en lumière, c’est la nécessité d’adapter son plan d’affaires et sa gestion des risques de production et de mise en marché. C’est la première chose à faire, car les extrêmes, sécheresses ou inondations, sont très difficiles à gérer. On peut penser à adapter sa couverture d’assurance, à diversifier ses cultivars et ses secteurs d’activités. Les perturbations commerciales peuvent également changer du tout au tout, on n’a qu’à penser aux fermetures de frontières, notamment. Les zoonoses sont à garder bien à l’œil, la grippe porcine africaine en est un bon exemple. En tant que chefs d’entreprise, les producteurs doivent bien s’entourer : comptable, fiscaliste, agronome ou technologue, expert en ressources humaines et en marketing, etc., afin de bien exécuter la stratégie de leur entreprise.

Quels défis devront relever les grandes entreprises agroalimentaires?
L’enjeu stratégique le plus important est celui de la main-d’œuvre, en nombre et en qualification, qui était présent bien avant la pandémie. C’est pourquoi je recommande, pour les secteurs de la transformation et de la production, une vaste stratégie d’automatisation des entreprises. Plusieurs options peuvent être considérées pour faciliter l’investissement en entreprise, comme les incitatifs fiscaux, la R&D, etc.

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