L’amarante de Palmer, la super mauvaise herbe

David Miville, agronome et malherbologiste du MAPAQ nous parle de l’amarante de Palmer, à surveiller au Québec.

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Témoignage et entrevue
Protection des cultures
Amarante de Palmer
Amarante de Palmer

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Patrick Dupuis

Directeur et rédacteur en chef au magazine Coopérateur

Agronome diplômé de l’Université McGill, Patrick travaille au Coopérateur depuis une trentaine d’années.

Coopérateur : Parlez-nous de l’amarante de Palmer, cette super mauvaise herbe qui, semble-t-il, résiste à tout.

David Miville* : L’amarante de Palmer est considérée comme l’une des mauvaises herbes les plus agressives et les plus résistantes en Amérique du Nord.
Le caractère dioïque de cette espèce, caractérisé par la présence de plants mâles et femelles distincts, nécessite une reproduction par croisement, ce qui favorise sa diversité génétique et sa capacité d’adaptation.

Originaire du Texas, elle a tranquillement migré jusqu’au nord des États-Unis en raison de son adaptation graduelle aux climats plus froids. On la retrouve en Ontario, à la frontière du Québec. Des spécimens ont été identifiés dans l’Ouest canadien. C’est une question de temps avant qu’elle soit présente au Québec.
Aux États-Unis, l’amarante de Palmer a développé de la résistance aux groupes d’herbicides 2, 3, 4, 5, 6, 9, 10, 14, 15 et 27. Outre des moyens chimiques, il ne reste que peu d’options pour lutter contre elle.

C’est réellement la championne de la résistance et elle est extrêmement envahissante. Chaque plant peut produire jusqu’à 500 000 graines et la période d’émergence s’étend tout au long de la saison de croissance. Un plant, qui pousse de 7 cm par jour, peut mesurer deux mètres de haut et deux mètres de large.

Une infestation de seulement huit plants par mètre carré peut réduire le rendement du soya de près de 80 % et celui du maïs de plus de 90 %, selon des données d’experts américains qui soutiennent qu’il s’agit de la seule mauvaise herbe capable de pousser un producteur à la faillite.

Comment se débarrasse-t-on de l'amarante de Palmer ou peut-on la contrôler?

Il n’y a pas de produit miracle. Peu importe l’herbicide, l’amarante de Palmer s’y adaptera en raison de sa diversité génétique et par la quantité phénoménale de graines qu’elle produit. Il est pratiquement inévitable qu’au moins un individu présente une résistance au produit appliqué. De plus, dès qu’elle mesure plus de 10 cm, l’efficacité de tous les herbicides homologués contre elle diminue considérablement.

Le weed zapper, un système de contrôle électrique qui s’attache au tracteur et tue le plant, semble bien fonctionner pour limiter la production de semences viables.

Les unités de désherbage dans les batteuses qui broient les semences fonctionnent bien aussi en ce sens.

L’amarante de Palmer a deux faiblesses. La viabilité de ses semences et sa susceptibilité à l’ombre. Ses semences ne vivent que quatre à cinq ans.
Pour ce qui est de l’ombrage, couvrir le sol avec une culture de couverture, un paillis de seigle roulé dans le soya, par exemple, permettra un bon contrôle.
Une prairie bien établie ou une culture de céréale pourraient aussi donner de bons résultats.

Cela dit, même le désherbage mécanique ne résout pas le problème, car la plante germe toute la saison. Il ne suffit pas de surveiller la première germination pour considérer que la situation est maîtrisée pour l’ensemble de la saison. Ça n’arrivera pas, d’autres suivront. Il faut s'y préparer et prendre la situation au sérieux. Dès qu’on en identifie une, il faut l’arracher.

Une identification hâtive, tôt en saison et en début d’infestation, suivi d’une tolérance zéro des plants émergés et de la production de semences sur au moins cinq années consécutives sont la clé pour espérer en venir à bout.

La résistance est un phénomène évolutif, mais gérable si on agit tôt et de manière intégrée.

Les stratégies clés contre l'amarante de Palmer

En prévention

  • Une identification hâtive, tôt en saison et en début d’infestation

En contrôle

  • Un weed zapper, un système de contrôle électrique qui s’attache au tracteur et tue le plant, pour limiter la production de semences viables.
  • Des unités de désherbage dans les batteuses qui broient les semences.
  • Couvrir le sol avec une culture de couverture, comme un paillis de seigle roulé dans le soya, une prairie bien établie ou une culture de céréale.
  • La plante germe durant toute la saison, donc maintenir une surveillance active.
  • Arracher les plants identifiés dès qu'ils sont repérés.
  • Tolérance zéro envers les plants émergés et la production de semences pendant au moins cinq années consécutives pour espérer en venir à bout.
 

*David Miville est agronome et malherbologiste au Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection (MAPAQ)

Amarante de Palmer en pot
Amarante de Palmer

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