Les rousses à la rescousse!
Immersion chez Coddington Farms, une ferme laitière familiale des Cantons-de-l’Est où se conjuguent performance, relève féminine et esprit de clan.
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Kathleen et Tom Coddington ont eu neuf enfants dont les dénominateurs communs sont l’amour de l’agriculture et une rousse chevelure!
Il est 4 h dans les Eastern Townships. C’est la première des trois traites quotidiennes pour les vaches du premier groupe chez Coddington Farms – les vaches du deuxième groupe fréquentent quant à elles les trayeuses deux fois. Le tout permet une ronflante moyenne annuelle de 12 500 kg de lait par vache. Sophie Mitchell, conjointe de Jeremy Coddington, s’active avec ses belles-sœurs Julie, Jessica et Laura, et un employé. Dans la salle de traite double-20 toute en longueur, les groupes de vaches s’alternent, menés en coulisses par d’autres membres de la famille. À un moment donné, un tracteur rugit au loin : les rations se composent, se mélangent et seront distribuées.
Même si on sélectionne la génétique depuis longtemps pour des animaux à faible compte de cellules somatiques – les six certificats Très grande distinction témoignent de la qualité du lait –, l’hygiène à la salle de traite est manifeste. Chaque trayon est savonné avant d’être essuyé vigoureusement. Les pis et les trayons à hauteur d’homme – ou plutôt de femme – facilitent le repérage des mammites et permettent d’évaluer la santé mammaire en général. Rien n’est laissé au hasard : des notes sont inscrites au crayon effaçable sur des panneaux en plastique aux abords de la salle de traite, autant de tâches de rousses aux taches de rousseur!
Le dernier groupe de vaches arrivé, d’autres coiffures cuivrées apparaissent, se taquinent, gloussent. Le clan Coddington mise sur l’entraide et la joie de vivre. « On priorise nos 350 vaches en lactation, leur santé et leur bien-être, et les revenus viennent d’eux-mêmes », explique Sophie. Pour appuyer ses dires, les dernières flâneuses à quatre pattes dodelinent la tête, calmes et curieuses, mais dévisageant le rédacteur et photographe qui, la matinée se réchauffant, vient d’enlever sa tuque… Il est roux comme les Coddington!
Rousseur par grisaille
Mi-mars, une journée grise pointe le bout de son nez. D’épais nuages zèbrent le ciel de Melbourne, mais les rousses, comme autant de soleils, l’illuminent tout en prenant la pose devant l’étable à stabulation libre rallongée en 2018 pour comprendre 500 logettes sur litière de sable. La famille d’origine anglaise occupe les collines et les vallées de la région depuis 1856. Les locaux réfèrent même à l’endroit parcouru par le chemin Coddington comme étant la Ginger Valley, littéralement : la vallée des roux!
De retour dans la laiterie, les tête-à-tête s’enchaînent. Coup de chance, les Coddington ont des chandails avec, brodée à la manche, leur position dans la hiérarchie! Mais c’est avec les parents, Tom et Kathleen, que les discussions s’amorcent. « Nos objectifs sont clairs : maintenir et surpasser les standards de qualité́ du lait, poursuivre l’amélioration des performances individuelles, optimiser la gestion des champs et remplir l’étable de génétique CODDINGTON de haut niveau, mentionne Tom. Nous voulons hisser Coddington Farms parmi les exploitations laitières les plus performantes au Québec. »
Bien que Tom et Kathleen demeurent responsables des décisions stratégiques, ils veillent à ce que leurs enfants acquièrent une véritable indépendance et qu’ils supervisent eux-mêmes tous les volets des activités.
Carrousel de rousses
L’aînée, Meagan, 31 ans, étudie en psychologie à l’Université Bishop’s après un diplôme collégial en Farm Management Technology (FMT) au Collège Macdonald – ce n’est pas la seule de la famille à être diplômée de ce programme du campus agricole de l’Université McGill. Malgré́ son parcours scolaire actuel, elle demeure liée à la ferme familiale, participant régulièrement aux besognes. Son double parcours lui offre aussi une perspective particulière sur le travail d’équipe, la communication et les dimensions humaines de l’agriculture.
Le gars de la fratrie, Jeremy, est aussi un produit de FMT où il a rencontré sa conjointe, Sophie Mitchell, originaire du Michigan. Si lui passe ses journées à gérer les productions végétales et les réparations de la machinerie, elle occupe ses journées à régir la vie des vaches. Les « sœurs adoptives » de Sophie disent d’elle qu’elle est une apprenante rapide. Après ses études collégiales, elle a poursuivi avec un baccalauréat en environnement et agriculture durable à l’Université Bishop’s.
Bishop’s, c’est aussi là qu’étudie présentement Jessica, dans un baccalauréat en biologie. Elle envisage un avenir où elle pourra mettre à profit ses connaissances, que ce soit à la ferme ou dans un autre domaine professionnel. Elle a dédié une année sabbatique de ses études à la ferme en tant que gérante du troupeau à temps plein.
Avant de choisir l’agriculture, Julie a exploré d’autres avenues. Elle poursuit maintenant dans le sillon familial en étudiant en FMT. Elle a même remporté, à la fin de ses études, la prestigieuse Médaille de la Lieutenante-gouverneure pour son engagement bénévole, sa détermination et son influence positive. Aujourd’hui à temps plein à la ferme, elle occupe un rôle central dans la gestion du troupeau.
Jennifer, reconnue pour sa fiabilité́ et son efficacité́ remarquables, apporte une stabilité essentielle aux activités quotidiennes. Sa polyvalence est un soutien indispensable au bon fonctionnement de l’entreprise. Autrement dit, elle est la rover de l’équipe, vagabondant entre le champ et la traite du soir.
La plus jeune des sœurs est aussi la plus rousse. À 19 ans, Serena partage son temps entre ses études au Collège Champlain de Lennoxville et son travail à la ferme, où elle est affectée aux tâches quotidiennes et à la gestion de la santé du troupeau en plus d’être l’opératrice de certaines machineries.
Il ne reste que Victoria et Kaitlyn. La première occupe un emploi à Drummondville, mais reste attachée à la ferme familiale, qu’elle passe visiter le plus souvent possible. La deuxième œuvre comme conseillère financière pour une institution financière en Colombie-Britannique, où elle a suivi son conjoint, producteur bovin. Ça y est, le compte est bon!
Le Dairy Challenge
Holà, rédacteur! Il en manque une! Laura, termine sa troisième année en FMT. À la ferme, cette rousse a à l’œil l’âge au premier vêlage ou la rotation prairie-maïs-soya à laquelle pourrait se greffer une céréale. « Aller à l’école nous aide à réaliser ce qu’on fait de bien et de moins bien », mentionne la rouquine, qui appliquera dans un autre contexte les notions vues dans son cours de gestion des troupeaux laitiers.
Douée en résolution de problèmes, elle a été sélectionnée parmi ses camarades pour participer au Dairy Challenge, une compétition en leadership et en gestion d’entreprises qui rassemble des étudiants de grandes universités agricoles de l’Amérique du Nord, dont trois canadiennes. L’équipe de McGill, composée de quatre étudiants collégiaux, visitera la ferme laitière à l’étude à Sioux Falls, au Dakota du Sud, pour analyser ses performances agronomiques et économiques et présenter des pistes d’amélioration devant un jury.
Des visites de fermes et des rencontres avec des sommités laitières sont aussi au menu. Quatre concours régionaux associés au Dairy Challenge permettent aux étudiants d’affiner leurs compétences et de casser leur stress associé au concours national. « L’année passée, la compétition se déroulait en Californie, un contexte de production très différent de celui du Québec, révèle Pascal Thériault, directeur du programme FMT au Collège Macdonald. Participer à cette épreuve représente une expérience unique et un moment fort du parcours de nos étudiants à McGill. »
Tant qu’à avoir Pascal Thériault au bout du fil, que pense-t-il des Coddington, lui qui a enseigné à six membres du clan? « Ce sont des filles de caractère, des legacy students, apprécie-t-il, et ça remonte à Tom, diplômé en 1986. Leur entreprise a vécu une croissance extraordinaire les dernières années, ce qui augure bien pour la suite. »
Ce reportage est paru dans le Coopérateur de juillet-août 2026.