Pour contribuer à nourrir l’humanité durablement
La malnutrition dans le monde n’est pas sur le point d’être éliminée, selon le président du FIDA, Dr Alvaro Lario. Institution financière internationale et organisme spécialisé des Nations Unies, le Fonds international de développement agricole se consacre à l’élimination de la pauvreté rurale et à la lutte contre la faim dans les pays en développement.
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En marge de l’événement Pistes d’actions solidaires pour la résilience des systèmes agroalimentaires et des petites exploitations agricoles, organisé par SOCODEVI le 31 mai dernier à Montréal, avec l’Institut Margaret A. Gilliam pour la sécurité alimentaire mondiale de l’Université McGill, en collaboration avec le FIDA, l’une des principales sources de financement pour l’agriculture et le développement rural dans les pays les plus pauvres du monde, le Coopérateur a obtenu par courriel les réponses du Dr Lario sur l’état de la faim dans le monde et les façons dont les coopératives, entre autres, peuvent contribuer à la soulager.
Coopérateur : Les choses s'améliorent-elles ou non en ce qui concerne la sécurité alimentaire mondiale?
Dr Alvaro Lario : La faim dans le monde est encore bien supérieure aux niveaux d'avant la pandémie. Les perspectives actuelles en matière de sécurité alimentaire restent alarmantes et la situation doit être suivie de près. Les aliments nutritifs ne sont pas accessibles à tous : environ trois milliards de personnes n'ont pas les moyens d’avoir une alimentation saine et plus de 800 millions de personnes se couchent le ventre vide. La sécurité alimentaire mondiale est importante pour la sécurité nationale afin d'endiguer les conflits et les migrations.
Quels sont les défis les plus urgents?
Les changements climatiques, la dégradation massive de la biodiversité, les chocs économiques et la montée des conflits sont les défis les plus urgents aujourd'hui. Les prix des denrées alimentaires, de l'énergie et des engrais restent élevés pour le consommateur, et les changements climatiques s'intensifient. Les niveaux d'endettement alarmants dans les pays à revenu faible et intermédiaire, l'inflation mondiale et la dépréciation des monnaies locales font qu'il est extrêmement difficile pour de nombreux pays en développement de financer leur approvisionnement en denrées alimentaires, en engrais et en énergie, ainsi que le développement à moyen terme. La situation actuelle indique clairement que nos systèmes alimentaires - la manière dont nous produisons, transformons et vendons les aliments - sont fragiles et parfois inefficaces.
Au FIDA, quelle est votre mission et quels sont vos objectifs d'ici à 2030?
Notre mission au FIDA est de transformer les économies rurales et les systèmes alimentaires en les rendant plus inclusifs, productifs, résilients et durables. Nous devons investir dans le changement structurel pour éliminer la faim et l'extrême pauvreté et construire un monde plus durable, plus équitable et plus stable.
Pour atteindre les Objectifs de développement durable 1 et 2 des Nations Unies (pas de pauvreté et faim zéro) d'ici à 2030, nous devrons intensifier les investissements dans les zones rurales des pays en développement, afin de nous attaquer aux causes profondes de la faim et de la pauvreté. Nous devons investir à grande échelle et rapidement dans le développement agricole et rural à moyen terme, et en particulier dans les petits exploitants agricoles - les femmes, les hommes et les jeunes qui produisent un tiers des denrées alimentaires dans le monde. Un avenir meilleur est possible, mais nous avons besoin de la volonté politique nécessaire pour opérer ce changement.
Quels sont les principaux obstacles à la réalisation de vos objectifs?
Les principaux obstacles auxquels se heurtent les agriculteurs ruraux sont le manque d'accès aux ressources, en particulier pour les femmes, l'exclusion des populations vulnérables, la faible productivité, les opportunités limitées de rentabilité et la faiblesse des institutions rurales.
Les économies rurales, et plus particulièrement l'agriculture, ont souffert d'un désinvestissement chronique au cours des dernières décennies. Continuer à négliger les populations rurales exacerbera la pauvreté, la faim, les migrations forcées et peut conduire à des conflits et à l'instabilité. Chaque dollar dépensé aujourd'hui pour la résilience permet d'économiser jusqu'à 10 dollars d'aide d'urgence dans l’avenir. S'il est essentiel de répondre aux crises humanitaires, il est vital d'investir dès maintenant dans la résilience des petits exploitants agricoles pour éviter une nouvelle explosion des coûts humanitaires.
Au FIDA, nous constatons chaque jour que le développement rural fonctionne. Les investissements transforment la vie de millions de femmes, d'hommes et d'enfants vivant en milieu rural. Avec le soutien de nos donateurs, dont le Canada, entre 2019 et 2021, les investissements du FIDA (8,1 milliards de dollars américains) ont permis d'améliorer les revenus de 77,4 millions de ruraux d'au moins 10 %, et d'améliorer la sécurité alimentaire de 57 millions de personnes.
Quelle est votre relation avec SOCODEVI et comment voyez-vous cette organisation?
Le FIDA et SOCODEVI sont des organisations qui croient au développement centré sur les personnes. Elles investissent dans les communautés rurales et travaillent ensemble à une vision commune de ce que ces personnes souhaitent réaliser pour elles-mêmes, pour leurs familles et pour leurs communautés. Nous n'avons pas encore de relation formelle avec SOCODEVI, mais nous avons récemment participé à un événement conjoint à l'Université McGill avec l'Institut Margaret A. Gilliam pour la sécurité alimentaire mondiale.
Les deux organisations accordent la priorité à la transformation en milieu rural et à l'agriculture durable. Les synergies entre les deux organisations se font davantage sentir sur le terrain. Par exemple, le FIDA a récemment conclu un projet visant à améliorer la résilience des systèmes agricoles au Tchad. Grâce au soutien financier d'Affaires mondiales Canada, SOCODEVI peut s'appuyer sur le travail du FIDA dans le cadre d'un nouveau projet intitulé Tchadiens résilients aux changements climatiques. Les deux projets portent sur l'adaptation aux changements climatiques, l'autonomisation des femmes, l'amélioration de l'état nutritionnel de la population et le soutien aux activités économiques des jeunes.
Comment voyez-vous la coopération comme modèle d'entraide et comme solution pour contribuer à la réduction de la faim dans le monde?
Au FIDA, nous pensons qu'une approche qui renforce les communautés rurales présente un avantage substantiel pour toutes les parties concernées. Le développement piloté par les populations locales accentue leurs capacités de prendre en main leur propre destinée. Cette approche repose sur les principes de transparence, de participation, de responsabilité et de renforcement des capacités locales, autant d'ingrédients essentiels à une croissance agricole durable.
À titre d’exemple, les communautés rurales dont les moyens de subsistance ont été gravement touchés par la pandémie ont établi leurs propres mécanismes pour aider à atténuer la propagation du virus grâce à des mesures de sécurité collectives, tout en maintenant leur production et en rétablissant les liens avec les marchés. Des règles mutuellement bénéfiques visant à se protéger de la pandémie et à assurer la circulation des produits en provenance et à destination de leurs communautés les ont aidées à reconstruire leurs moyens de subsistance et à assurer l'approvisionnement de base pour répondre aux besoins des populations locales.
Au lendemain de la pandémie, nous avons constaté que les régions qui ont pu rebondir plus rapidement ont adopté une approche intégrée et centrée sur les personnes, qui s'appuie sur les points forts des communautés locales.