Partir pour mieux revenir
Oui, Patrick de la Ferme M.B. Pelletier allait joindre la ferme, mais il a d’abord exploré de nouvelles idées pendant 10 ans comme expert-conseil.
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Ne cherchez pas les drames et les jeux de coulisse dans le transfert de Ferme M.B. Pelletier : il s’agit d’un transfert en famille et sans bisbille. On dit M.B., car ce sont les frères Mario et Bernard qui ont exploité la ferme jusqu’à l’arrivée officielle de Patrick, en 2021. Entre le moment où il a signalé son intérêt en 2015 et aujourd’hui, le quota a été quadruplé! Depuis 2021, son père Mario ne détient plus d’actions, mais Bernard a encore 50 % de l’actionnariat. Bernard et Mario ont accepté de financer Patrick sur 25 ans. « Le don que j’ai fait à mon fils, Bernard a fait le même don à son neveu, assure Mario. Respect! »
Pour l’instant, les deux travaillent autant à la ferme, devenue terrain de jeu. Ils n’ont pas le choix, car Patrick leur donne encore de l’ouvrage – la belle excuse! Sans employé à temps plein à rémunérer, la ferme avance plus vite. Mario a fait son deuil du pouvoir, mais pas du vouloir! Il opère encore les machineries et taille les onglons. Bernard, encore attitré aux jeunes animaux et à la comptabilité, s'interroge comme toujours et sans trop de gants blancs des dépenses qu’il juge parfois astronomiques! Mario rassure tout le monde : avec Patrick à la barre, son fonds de pension est néanmoins entre bonnes mains!
« Dans le transfert, c’était important de répondre aux besoins et aux attentes de chaque personne, de ne laisser personne déçu », assure Patrick.
Retour à la ferme
Patrick insiste sur l’importance de mettre des dates sur des réalités, notamment son retour à la ferme après une décennie à avoir conseillé des fermes, vu leur fonctionnement, constaté les conditions gagnantes des transferts réussis. Même s’il avait un pied à la ferme comme gestionnaire du troupeau et un pied dans la voiture comme expert-conseil, il a vécu la coupure de la vie sur la route et de la vie à demi recluse de celle de producteur. Heureusement, il continue de côtoyer les gens qui le conseillent maintenant, ses anciens collègues Samuel Pelletier et Anne-Sophie Racine. Il n’a aussi que de bons mots pour celui qu’il appelle son mentor, le directeur des ventes chez Avantis Coopérative, Stéphane Dionne, avec qui il partage encore un verre de scotch à l’occasion!
Aujourd’hui, Patrick est le leader, celui « qui décide quand on va faucher », selon ses dires, mais il consulte encore Mario et Bernard. Sa force, évidemment, c’est l’étable, mais ses aïeux sont encore meilleurs que lui aux champs, car ils les ont érochés et parcourus dans tous les sens. En reprenant la ferme, même si elle avait été modernisée avec une vacherie à stabulation libre et des robots de traite, Patrick savait qu’il y aurait d’autres améliorations. En 2025, le trio a mis à terre une ancienne section pour reconstruire une aile à stabulation libre pour héberger la relève du troupeau. Pour la vacherie, il reste de la place pour encore cinq ou dix ans. On y produit actuellement 140 kg de quota.
Expliquer l’agriculture
En 2022 s’est présentée une occasion d’affaires intéressante : située à côté de la ferme dans le cœur villageois de Kamouraska se trouve une auberge érigée en 1819, la Villa Ward, lieu d’hébergement au cachet d’époque incomparable. Patrick et sa conjointe Marie-Pier ont décidé d’acheter ce lieu unique pour exploiter les six chambres, l’ancienne infirmière auxiliaire quittant son poste pour gérer l’auberge en plus de la maisonnée – elle et Patrick ont trois enfants.
Or, les visiteurs sont attirés vers la ferme laitière, visible entre les branches du jardin… Patrick se fait alors un plaisir et un devoir d’éduquer des visiteurs venus du Québec ou de l’international à la chose agricole. « Les urbains ont beaucoup de préjugés, révèle Patrick. Ils pensent que tout est fait à la main! Ils sont également impressionnés par la taille des vaches! »
Pas de bol, l’auberge affiche complet du début juillet à la mi-septembre et est très achalandée de mai à octobre… La saison touristique s’additionne alors à la saison agricole!
Qualité de vie
Reprendre une ferme n’est pas de tout repos, mais c’est une chose que sait Patrick depuis son enfance. Par exemple, quand ses parents et ses sœurs s’envolaient pour Walt Disney, lui restait pour assurer le quotidien de la ferme avec Bernard. C’est une forme d’équité avec le frère et la sœur de Patrick, qui ont vécu ce genre de moment magique, alors que Patrick se retrouve avec la ferme.
En fait, la qualité de vie, d’autant plus maintenant avec la traite robotisée, n’a pas besoin d’être chère ou compliquée pour la famille : un match de hockey ou une escapade d’une nuit avec Marie-Pier et les enfants, c’est toujours apprécié!
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Cet article est initialement paru dans le Coopérateur de mars 2026.