La génétique pour entreprendre

Issue d’une famille de maîtres-éleveurs Holstein, Marie-Pier Vincent a décidé de ne pas joindre la ferme familiale, préférant fonder Ferme Silvercrest.

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Marie-Pier Vincent de la Ferme Silvercrest
Marie-Pier Vincent de la Ferme Silvercrest

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Étienne Gosselin

Agronome et rédacteur

Étienne est détenteur d’une maîtrise en économie rurale et œuvre comme pigiste en communications. Il cultive commercialement le raisin de table à Stanbridge East dans les Cantons-de-l’Est.

Désir d’autonomie? Affirmation féministe? Pur défi? Marie-Pier G. Vincent, initiale qu’elle porte en hommage à sa mère Jacinthe Guilbert, est seule actionnaire d’une ferme de 80 kg de quota – et a trois enfants sur les bras dont le petit dernier Jacob, qu’il faut encore allaiter!

Tout un tissu humain entoure cette énergique blonde de Saint-Valérien-de-Milton, à 9 km de Ferme Vinbert, aujourd’hui en transfert à son frère Alexandre. Il y a son frère, son père Mario et sa mère Jacinthe. Ces derniers lui fournissent de la paille, du maïs et du foin et entreposent des grains chez Marie-Pier. On s’échange aussi des vaches quand l’une chez Vinbert s’adapte moins bien aux robots de traite.

Lors de la journée de congé du travailleur étranger qui travaille chez Silvercrest, c’est aussi Jacinthe qui vient le relayer. Bref, deux entreprises laitières qui travaillent en équipe avec la vision de s’entraider pour tirer profit des forces de chacun. « Ça va mieux maintenant avec mon frère », lance Marie-Pier, faisant référence à une époque où leurs visions du devenir de la ferme familiale divergeaient.

On trouve aussi dans l’entourage de la ferme l’ancien propriétaire lui-même, Gaétan Thibault. En 2010 quand il fait encan de la ferme, c’est Marie-Pier qui a acheté le quota en bloc et qui, jusqu’en 2023, louait l’étable. L’étable du neuvième rang n’aura été vide que 24 heures, à peine le temps de changer les luminaires!

La productrice a ainsi pu démarrer avec 34 kg de quota, a maintenant atteint 80 kg et a construit une rallonge d’étable l’an dernier pour se rendre à 120 kg. Mais au-delà des chiffres, c’est l’apport humain de Gaétan qu’elle souligne, lui qui vient soigner les animaux les matins de semaine et qui n’hésite pas à entreprendre de petites tâches qui allègent la lourdeur du quotidien.

Marie-Pier souligne aussi la vision « 360 degrés » de la ferme de son expert-conseil d’Agiska Coopérative, Mathieu Campeau, qui la conseille aussi bien sur l’alimentation du troupeau que sur les décisions à prendre au champ ou à l’entreposage des récoltes. L’éleveuse s’intéresse même à son empreinte carbone et elle suit ses émissions dans le but de les réduire.

Et Nicolas? Le conjoint de Marie-Pier, producteur laitier lui aussi, continue d’exploiter la ferme familiale de 400 kg de quota et toutes les terres qu’il faut pour nourrir le troupeau, tout en faisant l’effort de voyager entre la maison du couple sur le site de Silvercrest et sa ferme à Granby.

Oui, il faut toute une équipe pour pratiquer ce sport exigeant qu’est la production laitière!

Parlons de Marie-Pier G. Vincent

On a parlé de tous, mais Marie-Pier, elle? Oui, elle aime la génétique, mais elle a aussi une génétique pour entreprendre.

Après ses études à l’ITAQ en 2010, elle pensait joindre Ferme Vinbert, mais l’incendie de la ferme, un mois après sa diplomation, a bousculé ses plans. Elle est donc retournée en Australie où elle avait effectué un stage durant ses études, s’occupant cette fois des animaux d’expo. Au retour, c’est vers l’Alberta qu’elle a mis le cap, responsable des soins de santé dans un parc d’engraissement de 60 000 bouvillons. Des expériences qui lui ont donné confiance et lui ont montré qu’elle était capable de gérer des troupeaux avec un œil aiguisé et des projets avec un crayon aiguisé!

C’est presque un euphémisme de dire qu’elle est une crack de génétique! Pour l’éleveuse, l’expo n’est pas tant pour le côté monétaire, surtout si on ne vend pas d’animaux, mais plutôt pour la passion et le défi d’amener des vaches à des niveaux supérieurs. Des vaches comme Vinbert Kingboy Birdy qu’elle mène tous les jours dans le pâturage à côté de l’étable pour qu’elle se délie les pattes, même si Birdy, classée EX-96 4E 5*, est logée librement dans un parc dans l’étable à stabulation entravée. Cette vache de 11 ans en copropriété avec les fermes Vinbert et Belgrade collectionne les honneurs dans les expositions et est en compétition pour la vache de l’année au sein de Holstein Canada. Faire marcher les vaches au licou, en prendre un soin jaloux, c’est le genre de travail qu’affectionnent Jacinthe et Marie-Pier.

« Je me sens privilégiée de venir d’une famille où ce sont les femmes qui ont pris soin des troupeaux, que ce soit ma grand-mère ou ma mère, ce qui n’était pas si commun à l’époque, mais pour moi ce l’était et ce l’est aussi pour Flavie maintenant, exprime Marie-Pier. Je suis fière de ce que j’ai bâti, mais de voir à quel point ça allume ma fille de s’occuper de son veau tous les jours! C’est important pour elle! Oui, dans la vie, on peut choisir un travail qui n’est pas qu’une corvée, mais une passion. »

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Cet article est initialement paru dans le Coopérateur de mars 2026.

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