Cultiver la communication

Unissez un agriculteur, un plombier et une comptable et vous aurez toute une équipe agricole. Bienvenue à la Ferme de Ste-Victoire, à Ste-Victoire!

Publié le
Reportage de ferme
Relève
Maude, Michaël et Renaud, de la Ferme Ste-Victoire
Maude, Michaël et Renaud forment un trio où l’union fait la force. Alors que Renaud et Maude sont forts en gestion, Michaël apporte ses habiletés techniques et manuelles.

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Étienne Gosselin

Agronome et rédacteur

Étienne est détenteur d’une maîtrise en économie rurale et œuvre comme pigiste en communications. Il cultive commercialement le raisin de table à Stanbridge East dans les Cantons-de-l’Est.

Si le nom de cette ferme de grandes cultures et d’élevage de veaux de grain vous est familier, c’est peut-être que vous avez entendu parler de Jacques Péloquin. Ancien éleveur Ayrshire, il a été président d’Ayrshire Canada et juge dans des expos d’envergure internationale. C’est en 2003 que la transition vers les grains et le veau s’est réalisée – en pleine crise de la vache folle! Malgré les hauts et les bas, Jacques a toujours tenu le discours qu’il ne fallait pas parler en mal de l’agriculture.

Michèle Latraverse, conjointe de Jacques, a étudié à HEC Montréal et a travaillé comme comptable dans différentes firmes en plus d’aider dans la gestion de la ferme. De l’union du couple sont nés Maude et Renaud.

Oui, une huitième génération! Mais ce n’était pas dans la poche… Maude a suivi les traces de sa mère, devenant elle aussi comptable dans un cabinet. Habituée aux tailleurs chics, elle est venue en relève de son père qui a subi un accident vasculaire cérébral en 2015. Elle n’est jamais retournée en ville!

Nouveau chroniqueur dans les pages du Coopérateur où il raconte son vécu fermier, Renaud est diplômé d’agroéconomie à l’Université Laval, promotion 2010, année à encercler doublement sur le calendrier : Ferme de Ste-Victoire acquiert alors 400 hectares de terre et triple ses superficies! L’achat s’accompagne de quatre maisons, de matériel roulant et de silos.

« À 17 ans, j’ai dû prendre la grosse décision de vendre les vaches ou les terres pour payer le départ d’un membre de la famille de l’entreprise familiale, révèle Renaud. J’ai fait le choix de garder les terres : je ne regrette pas mon choix. » L’homme, qui avait assisté au démantèlement de la ferme laitière, avait toujours senti le besoin d’avoir un plan b, par exemple, travailler en financement agricole. Avant l’achat de la terre dans le rang voisin – transaction qu’il a apprise dans un corridor du pavillon Comtois de la faculté d’agriculture –, la ferme n’était pas assez grande pour faire vivre deux familles.

Enfin, en 2017, c’est Michael Lecours, mari de Maude qui, pendant un congé parental, découvre le métier d’agriculteur. Ancien tuyauteur ayant 17 ans d’expérience, il amène à la ferme son sens pratique et ses connaissances techniques qui deviennent vite un atout essentiel dont Maude et Renaud ne peuvent se passer. En 2022, il obtient le tiers des actions participantes dans l’entreprise, signe de confiance.

Apprendre à travailler ensemble

Ce n’est pas parce qu’on est apparenté qu’on sait communiquer, bien au contraire. Avec l’arrivée de Maude à la ferme, père, frère et sœur ont dû s’apprivoiser, un processus dont ils témoignent avec beaucoup de candeur – leur histoire est aussi celle de centaines d’autres fermes. « Je n’avais jamais conduit de tracteurs de ma vie, relate Maude, jamais fait le train des veaux alors je trouvais ça difficile quand Renaud essayait de me communiquer des instructions de manière bourrue, souvent dans des contextes stressants. »

Le trio a aussi dû cultiver les moments où se parler – ce peut être dans le beau bureau du sous-sol de la maison de Renaud, endroit qui donne envie d’y brasser du papier ou, une fois par semaine, dans l’ancienne laiterie de la ferme laitière après avoir pesé les veaux, dont on suit scrupuleusement le poids. S’asseoir et discuter, si simple, mais si efficace pour instaurer la confiance et le respect! « On a les mêmes objectifs, mais les petites irritations viennent souvent des petits dossiers du quotidien », expose Maude.

Haies brise-vent et bandes riveraines avec l’organisme ALUS Montérégie, cultures de couverture, blé d’automne dans la rotation : Ferme de Ste-Victoire est reconnue pour ses pratiques qui améliorent la santé des sols. Les épisodes de sécheresse ou de pluies torrentielles (ouragan Debby en août 2024) ont ouvert les yeux de Renaud, qui vise des sols plus résilients.

Et qui a semé avec succès 92 hectares d’engrais vert au début août 2025? Maude, qui sait maintenant piloter un tracteur!

Découvrez toutes les fermes finalistes du Prix relève Sollio 2025-2026

Cet article est initialement paru dans le Coopérateur de mars 2026.

Merci de votre participation!

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