Coopérer coûte que coûte, tout en calculant ses coûts
Les Vincent de Saint-Marcel-de-Richelieu coopèrent, favorisant les coopératives membres de Sollio Groupe Coopératif avec qui ils font affaire depuis quatre générations, non sans regarder ce qu’il leur en coûte de coopérer.
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Coopérer les yeux fermés? C’était peut-être vrai à l’époque où les coopératives s’implantaient ou avaient les coudées franches. Mais dans les marchés compétitifs et hyper-consolidés d’aujourd’hui, qui poussent à des marges réduites à la ferme, les Vincent comparent prix et qualité des intrants pour cultiver leurs 182 ha et élever leurs 182 000 poulets par année.
Et bonne nouvelle, Sollio est dans le coût – ou dans le coup! Pour les moulées, c’est avec le Comptoir agricole de Saint-Hyacinthe qu’ils font affaire. Les engrais, les herbicides et une partie des semences sont achetés à La Coop Agrilait, alors que c’est chez Groupe Symac qu’ils trouvent de la machinerie. Aujourd’hui, ces coops et ces filiales sont regroupées sous Agiska Coopérative.
C’est même une « tradition » pour les Vincent que de faire affaire avec leurs coops, dit Céline Gaudette, conjointe de Denis Vincent. « Quand tu es satisfait, tu ne changes pas de fournisseur », ajoute Denis, qui vante la relation de confiance, la qualité du service et le faible délai d’attente, par exemple pour la fertilisation du maïs en postlevée. « On a une belle complicité, poursuit-il. On nous connaît et on ne se sent pas comme un numéro. »
De longue date
La Ferme Vincent & Fils a été fondée en 1916 par Henri Vincent et Marie Frappier. Ils l’ont transférée en 1957 au dernier de leurs 13 enfants, Charles-Émile, qui a fait prospérer les affaires avec sa conjointe, Éloise Breault. Par la suite, en 1995, Denis et Céline ont poursuivi l’aventure laitière et céréalière de l’exploitation, avant d’intégrer, en 2008, une quatrième génération, en la personne de leur fils Jimmy, qui travaille aussi comme mécanicien de machinerie lourde. La même année, on a troqué le quota laitier pour du quota avicole, tout en continuant à cultiver des terres dans deux municipalités, Saint-Marcel et Saint-David. Tout un siècle d’activités!
Notons que Charles-Émile a été administrateur de La Coop Agrilait de 1970 à 1996, « des années d’implication qui nous ont soudés au mouvement coopératif », indique Denis. Charles-Émile, qui affiche aujourd’hui une belle verdeur malgré ses 84 années, a sauté sur l’occasion de s’engager quand un poste s’est libéré et qu’on l’a pressenti. « Ça me tentait de m’impliquer, révèle-t-il. Une coopérative, c’est différent d’une entreprise privée, et c’était un défi à la mesure de mes intérêts. À l’époque, on ne fabriquait à peu près que du beurre. Tout était à bâtir, que ce soit la fabrication fromagère ou le centre d’engrais. »
Les Gaudette-Vincent voient dans la coopération des similitudes avec leur clan, formé de lève-tôt notoires. « Le succès, aussi bien pour une coop que pour une ferme, c’est l’apport de chacun, du plus grand au plus petit », dit Céline, évoquant ses petits-enfants, Cassandre et Édouard, qui remplissent les boîtes à moulée des poussins. Ou encore le patriarche, Charles-Émile, qui se rend encore utile en aidant à recevoir les poussins ou en tondant le gazon. L’automne, quand Jimmy fait le battage et que Denis sèche les grains, c’est un trio 100 % féminin qui pilote les tracteurs pour le transport du maïs-grain : Valérie Benoit, opticienne de profession et conjointe de Jimmy; Marie-Pier, fille de Céline et Denis, coiffeuse de métier; et Céline elle-même. Dans les tracteurs, Milan et Ayden s’alimentent d’agriculture à petite dose, bouteilles de lait au bec, pendant que leurs cousin et cousine conduisent leur tracteur Fendt… à pédales!