180 ans d’expérience pour le Club Renaissance
Si le modèle d’affaires de Tammy Wilson s’appuie d’abord sur le plaisir, c’est aussi la rigueur et le travail de l’équipe qui amènent le succès de l’écurie.
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Tammy Wilson, propriétaire du centre équestre Club Renaissance, à Saint-Lazare, a le don de rassembler les gens autour d’elle. Parents et amis cumulent un impressionnant bagage de connaissances et de compétences complémentaires. « Chacun apporte ses forces, dit-elle. C’est un immense partage inspirant qui nous propulse vers l’avant. Ce sont, au total, 180 ans d’expérience et de savoir-faire. »
« Nous sommes ici pour les chevaux, lance Tammy d’entrée de jeu. Ils sont notre raison d’être. Et sans mon équipe, je n’y serais tout simplement pas arrivée. »
Parcours à obstacles (sans trop d’obstacles!)
Toute jeune, Tammy était irrésistiblement attirée par les chevaux. Elle a su très vite qu’elle travaillerait auprès des animaux. Et cette idée, elle l’avait bien en tête.
Née à Montréal dans le quartier Verdun, d’une mère à la maison et d’un père plombier, Tammy déménage à Châteauguay à l’âge de cinq ans.
Vive, énergique, déterminée, elle apprendra tout de son mentor, Howard Bradley, qu’elle rencontre alors qu’elle n’a que 11 ans.
C’est la grande sœur d’un ami qui l’emmène voir les chevaux de l’Écurie Bradley située à Mercier, tout près de chez elle. C’est le déclic. S’occuper de chevaux, c’est ce qu’elle fera dans la vie.
L’homme, robuste et bourru, refuse d’abord de donner du travail à la jeune fille. Trop jeune, dit-il. Ici, on ne vient pas s’amuser, on travaille. On travaille fort. Tammy revient à la charge, déterminée à faire ses preuves. Bradley lui donne finalement sa chance. « Je te préviens, lui a-t-il dit, tu vas travailler. » Marché conclu. La jeune fille commence son apprentissage auprès de cet homme qu’elle ne quittera pas pour les 30 prochaines années et qui se révélera d’une grande gentillesse. « Il m’a tout appris et son écurie était mon point d’ancrage », lance Tammy.
L’école ne lui plaît pas. Mais Tammy persévère et, après le secondaire, trouve la formation qui allume en elle un désir d’apprendre. Elle s’exile deux ans dans la région de Toronto pour y suivre le programme d’études équines du Humber College.
Howard Bradley aura été pour elle une véritable inspiration et un exemple de rigueur dans le travail. C’est grâce à lui et à la confiance qu’il lui témoigne que Tammy se lance et acquiert son propre centre équestre en 2004, à Saint-Lazare. Elle accueille alors une vingtaine de chevaux en pension.
Elle en gardera jusqu’à 46. Aujourd’hui, elle en héberge 33, de toutes races : Quarter Horse, Pur-Sang anglais, Andalou, Arabe, Appaloosa, Frison croisé, Warmblood, Paint Horse, Welsh…
Howard, qui rendra visite à Tammy, lui dira avec beaucoup d’émotion, en voyant la qualité de ses installations : « Ma petite fille a fait mieux que moi. » Car, oui, Howard aimait Tammy comme si elle avait été sa propre fille.
L’écurie du plaisir!
Tammy affirme ne pas avoir le sens des affaires, mais il en faut bien un peu pour mener une entreprise comme la sienne depuis plus de 20 ans. Une entreprise qui a du succès, de surcroît.
Son modèle d’affaires s’appuie d’abord sur le plaisir! Mais un plaisir qui ne rime pas avec laisser-aller ou insouciance, au contraire. Chez Tammy, on travaille fort, comme on le faisait chez Howard Bradley. Les journées commencent à 6 h 30 et se terminent à 21 h. Sept jours par semaine. Tammy est bien souvent la première arrivée et la dernière partie. « Mon équipe et moi formons une véritable famille, dit-elle. Je le répète : je ne pourrais y arriver sans elle. »
L’été, on fait les pauses et discute sous le grand chêne tout près de l’écurie. « C’est l’arbre de la sagesse », dit-elle. L’hiver, on fait de même dans un petit espace commun, confortable et chaleureux, où le personnel et les propriétaires de chevaux boivent un café, se donnent des conseils et se font part de sentiers à découvrir. Tammy a aussi organisé des Fun Days où les membres de son équipe se réunissent pour un BBQ ou une journée à la cabane à sucre.
Les propriétaires de chevaux qui louent un espace au centre équestre ne sont pas des clients. « Ce sont des amis, insiste Tammy. C’est une philosophie de vie. Une façon différente de voir les choses. »
Sur le site Internet du Club Renaissance, on lit ce qui suit : « Nos pensionnaires sont des chevaux aux multiples talents qui s’adonnent, entre autres, en monte anglaise ou western, au reining, au dressage, au saut d’obstacles, à la plaisance et aux randonnées. » Le roulement des pensionnaires y est faible. En outre, plusieurs pratiquent l’équitation depuis de nombreuses années. Parmi les cavaliers qu’elle a accueillis au centre, le plus vieux avait monté son cheval jusqu’à l’âge de 96 ans.
Bien-être des chevaux
Ses pensionnaires équins sont aux petits soins. Tammy et son équipe se font un point d’honneur d’offrir des installations propres, attirantes et à haut statut de biosécurité. Les installations du centre équestre Club Renaissance sont en effet im-pec-ca-bles. Chaque début mai, la propriétaire met en branle ce qu’elle appelle le Barn Pride Day : on vide l’écurie en entier, puis on la nettoie de fond en comble. Plafonds, murs et planchers sont récurés et désinfectés.
Les propriétaires de chevaux louent un forfait qui comprend le box et les soins aux chevaux (alimentation, litière propre et fraîche, nettoyage, activités). L’équipe de Tammy, sous la supervision de Krystel Simard, gérante de l’écurie, s’occupe de nourrir les chevaux. Les choix des rations et leurs coûts sont aux frais de leurs propriétaires. Un modèle qui diffère de nombreuses pensions de chevaux où l’ensemble des soins offerts sont généralement rassemblés sous un forfait à coût fixe pour chacun des pensionnaires.
Chez Tammy, les propriétaires paient pour ce qu’ils utilisent. L’alimentation est personnalisée en fonction de leurs exigences précises. « Les besoins des chevaux diffèrent selon leur poids, leur âge, leur stade physiologique et leur niveau d’activités. Certains chevaux ont également des conditions particulières que l’on doit prendre en considération », souligne l’agronome Julie McDonald, conseillère en nutrition équine au service équin du réseau des coopératives de Sollio Agriculture.
C’est Krystel qui passe toutes les commandes d’aliments auprès de La Coop Ste-Marthe, dont près de 70 % du chiffre d’affaires provient du secteur équestre. Soulignons que la coopérative, qui a célébré son 90e anniversaire le 2 août dernier, approvisionne l’écurie de Tammy depuis ses débuts.
Tammy, qui travaille main dans la main avec Julie McDonald, a développé, avec son aide, un aliment complet à haute teneur en fibres, le Tammy Fiber. Cet aliment, populaire parmi les propriétaires de son centre équestre, a aussi trouvé preneurs dans d’autres écuries de la région.
« Les chevaux ont besoin d’une ration à haute teneur en fibres, précise Tammy. Les chevaux plus âgés, en raison de l’usure de leurs dents, ont parfois de la difficulté à consommer toute la fibre dont ils ont besoin pour demeurer forts et en santé en mangeant du foin sec. C’est pourquoi nous avons formulé cette ration sous forme d’aliment complet. »
« Le cheval, malgré sa force et sa puissance, est un animal fragile, particulièrement au niveau intestinal, ajoute-t-elle. Son long tube digestif peut assez facilement subir des blocages ou des torsions qui peuvent nuire grandement à sa santé et même entraîner sa mort. »
Certains chevaux du Club Renaissance ont plus de 30 ans et demeurent très actifs. « Ce n’est plus comme à une autre époque, rappelle Tammy, alors que les chevaux, essentiellement utilisés pour le travail, avaient une espérance de vie d’une quinzaine d’années. Aujourd’hui, on les dorlote. Ce sont des animaux de compagnie. Les vaccins, le soin des dents et des jambes et l’alimentation permettent de les aimer longtemps! »
Tammy ne se lasse pas d’en apprendre sur les chevaux. Recherches et lectures alimentent son savoir. Ses sources d’information sont multiples : études gouvernementales, recherches universitaires (celles de Guelph et de Cornell, tout particulièrement), articles de revues, sites Internet spécialisés et ressources vétérinaires... C’est notamment grâce à ses lectures qu’elle a appris que la maladie de Cushing, qui peut affecter jusqu’à un tiers des chevaux âgés, peut être traitée. « Cette maladie, explique-t-elle, est causée par un dysfonctionnement de l’hypophyse qui entraîne une croissance anormale du poil, une atrophie musculaire et une diminution de la sensibilité à l’insuline. »
Le sens de la communauté
Tammy se fait un devoir de se rapprocher des gens de sa communauté où on trouve l’une des plus importantes populations de chevaux au Québec. À une époque pas si lointaine, on y comptait plus de chevaux que de résidents.
Tammy veut parler au public, communiquer avec les gens, déconstruire l’aura élitiste qui entoure les propriétaires de chevaux. Elle encourage randonneurs et cavaliers à partager amicalement les mêmes sentiers, à se rencontrer, à interagir. La mairesse de Saint-Lazare a elle-même un penchant pour les chevaux et tient à rapprocher la population des propriétaires d’écuries. Elle a récemment organisé The Walk with the Horses, une marche avec les chevaux pour favoriser les rencontres.
Chaque printemps, en collaboration avec la municipalité, Tammy ouvre ses portes aux visiteurs, jeunes et moins jeunes, qui prennent plaisir à côtoyer les chevaux et, grâce à des jeux interactifs, à en apprendre davantage sur cet animal fascinant.
Cet article est paru dans le Coopérateur de janvier-février 2026.