Exportations agricoles : la Chine surpasse le Canada

La Chine redevient le premier client des exportateurs agricoles américains, surclassant le Canada après trois années d’une guerre tarifaire déclenchée par l’ex-président américain D. Trump envers l’Empire du Milieu (2017-2020).

Publié le
Témoignage et entrevue
Politique
Ferme

Auteurs de contenu

Image de Nicolas Mesly

Nicolas Mesly

Journaliste, agr.

Nicolas est journaliste, agroéconomiste, auteur, conférencier et documentariste.

La remontée des exportations agricoles américaines en Chine s’est amorcée au dernier trimestre 2020, après avoir connu un creux historique de 10 G$US en 2018, en plein conflit commercial.

Pour 2021, l’expert en commerce agricole et relations étrangères, au département de l’Agriculture des États-Unis (USDA), Jason Hafemeister, prévoit que les importations chinoises de denrées américaines tripleront par rapport à 2018 pour atteindre un record de 31,5 G$US. Celles-ci seront composées largement de soya, de maïs, de sorgum, mais aussi de viande de porc, de poulet et de bœuf, de coton et de produits de la mer.

Selon les données de l’analyste américain, les exportations agricoles américaines au Canada, elles, se chiffrent à environ 22 G$US. Depuis trois ans, le Canada occupait le premier rang du podium, suivi du Mexique, en raison du conflit avec la Chine.

Le pari perdu de Donal Trump

« Les agriculteurs américains auraient fait plus d’argent sans la guerre commerciale avec la Chine. Heureusement pour eux, ils ont été compensés par des aides de Washington, ce qui n’est pas le cas des autres secteurs », explique Chad P. Bown, du Peterson Institute for International Economics.

Entrée en vigueur en février 2020, la phase 1 de l’accord commercial États-Unis–Chine se veut une trêve dans le conflit commercial opposant les deux super puissances. Le pacte visait à obliger la Chine à acheter 200 G$US de biens supplémentaires américains au cours des années 2020 et 2021. Mais la Chine a plutôt choisi de s’approvisionner ailleurs et le secteur manufacturier américain, entre autres, a écopé.

« En 2020, la Chine n’a respecté que 57 % de son engagement dans l’accord pour le secteur manufacturier, tandis que ce pourcentage est de 82 % pour le secteur agricole », poursuit l’analyste. Ce dernier n’hésite pas à qualifier la guerre commerciale et l’accord phase 1 de l’ex-président Trump de « flop ».

La Chine mène le bal

Aux yeux des experts du USDA, c’est la demande du Gargantua chinois qui va mener le marché mondial des protéines animales au cours de la prochaine décennie. Depuis 2010, les importations de viande de la Chine sont passées d’un peu moins d’un million de Tm à plus de dix millions, prévues en 2021. Ce chiffre passera à 12 millions de Tm en 2030, incluant cette fois Hong Kong.

Fred Gale, économiste principal au sein de la section du commerce international et du développement au USDA, estime que les importations chinoises de grains vont suivre l’augmentation de la demande carnée. Il prévoit que les importations chinoises de soya vont augmenter de 40 %, passant de 100 millions de Tm en 2020 à 140 millions, en 2030, un marché disputé par deux géants verts, soient les États-Unis et le Brésil.

Un avenir rose pour le maïs nord-américain ?

« La peste porcine africaine (PPA) oblige les éleveurs chinois à substituer les déchets alimentaires recyclés par du maïs », souligne quant à lui Bryan Lohmar, directeur du U.S. Grains Council, basé à Pékin. La Chine met plein les gaz pour reconstituer son cheptel porcin dont la maladie a décimé 40 % de ses effectifs. De plus, le pays a adopté une cible d’autosuffisance de 95 % en viande de porc en 2020.

M. Lohmar estime à 30 millions de Tm le volume de déchets alimentaires recyclés annuels utilisés pour alimenter le cheptel porcin. Il croit que la Chine n’aura pas le choix que d’importer plus de maïs des États-Unis qu’elle ne l’a fait dernièrement, en dehors des contingents tarifaires.

Plusieurs experts américains ont noté que, d’une part, la Chine disposait d’une superficie limitée pour faire pousser le petit grain jaune et que le pays était confronté à de sérieux problèmes de qualité et d’érosion des sols, accentués par les changements climatiques. De l’autre, les volumes de riz ou de blé destinés à l’alimentation animale sont limités. D’où une percée potentielle plus importante du maïs américain en Chine.

Et le Canada dans tout ça?

« Le Canada a été maltraité par l’administration Trump et il est à souhaiter que la nouvelle administration favorise une approche commune envers la Chine », a indiqué Chad P. Bown.

Pour sa part, Jason Hafemeister veut s’assurer que le Canada respecte ses engagements sous l’ACEUM, en ne vendant pas des protéines laitières à prix de dumping sur le marché international.

Explorer davantage

Autres suggestions de lecture

Nouvelle
International

Un nuage noir sur le secteur agricole

Retour sur la conférence de Jimmy Jean de Desjardins, lors de la 35 e édition des Perspectives agroalimentaires du CRAAQ.