Une saison à l’eau pour plusieurs producteurs agricoles
La tempête du 13 juillet a été la goutte de trop pour de nombreuses productions agricoles qui voient leur saison être sérieusement compromise par la météo désastreuse des dernières semaines.
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Un cocktail météo ravageur a circulé sur près de 450 kilomètres jeudi dernier au Québec, longeant la vallée du Saint-Laurent, de l’Outaouais jusqu’à Québec. Des trombes d’eau se sont abattues sur ces régions avec des accumulations atteignant jusqu’à 90 millimètres en quelques heures, soit l’équivalent d’un mois de pluie, indique Environnement Canada.
En plus de la tornade qui a touché terre dans la région d’Ottawa, une autre tornade a été confirmée à Mirabel, dans un couloir menant à Sainte-Anne-des-Plaines. Deux autres tornades restent à être confirmées, soient à Vaudreuil et Sorel-Tracy, après l’inspection des dommages par des experts du projet Northern Tornadoes.
Environnement Canada a de plus signalé des grêlons de un à deux centimètres. D’importantes rafales ont aussi soufflé durant la journée, dont une qui a atteint 111 km/h à l’Aéroport international Pierre-Elliot-Trudeau de Montréal.
Des estimations de dommages à venir
Les dégâts matériels sont peu nombreux. Le Bureau d’assurance du Canada (BAC) n’affichait aucune enquête de la part du réseau des assureurs pour dresser un bilan de la situation, comme c’est le cas lors d’un événement majeur. Cela laisse entendre que les bris, refoulements d’égouts et dommages par l’eau, le vent et autres se chiffrent à un montant inférieur à 20 millions de dollars, a indiqué le BAC.
Si les dégâts matériels étaient rares, les dommages sur les cultures sont bel et bien importants et peu de régions ont été épargnées.
La Financière agricole du Québec (FADQ) n’était pas en mesure d’émettre des chiffres sur l’étendue des dommages lorsqu’elle a été approchée. Un rapport sur l’état des cultures est prévu ce jeudi avec un aperçu des avis de dommages et de leur nature. Le rapport de mi-saison, dévoilé la semaine dernière, affichait déjà une hausse des avis par rapport à l’an dernier.
L’Association des producteurs maraîchers du Québec (APMQ) a enjoint ses membres dès jeudi soir à communiquer différentes informations sur les cultures affectées, les superficies en cause, la raison des dommages, les coûts supplémentaires engendrés ainsi que les pertes de revenus anticipés. Le but est de « faire des représentations, en collaboration avec les autres associations et l’UPA, auprès du MAPAQ et de la FADQ », pouvait-on lire sur la page Facebook de l’APMQ.
Le MAPAQ et la Financière agricole interpellés
Martin Caron, président de l’UPA, confirme qu’une rencontre a déjà eu lieu entre le MAPAQ et la FADQ et qu’une autre est prévue ce vendredi. L’UPA a été sollicitée par l’Association des producteurs maraîchers du Québec afin d’approcher le gouvernement sur la question.
La situation actuelle est en effet exceptionnelle. La tempête de jeudi est responsable de dommages, mais elle survient à la suite d’une accumulation d’anomalies météo depuis le début de la saison.
Le gel, la sécheresse puis le surplus d’eau ont causé des pertes importantes aux cultures et occasionné d’autres problèmes tels que des maladies fongiques, un désherbage difficile et de la verse dans les grandes cultures.
Les pluies rendent les travaux dans les champs difficiles ou impossibles à faire puisqu’ils sont gorgés d’eau. Des interventions d’urgence seraient toutefois nécessaires pour limiter les pertes et sauver les récoltes dans certains cas. Pour certaines, il risque d’être trop tard. M. Caron donne en exemple les producteurs de fraises d’été dans la région de Québec et de Charlevoix où la saison battait son plein. Depuis le début de juillet, la ville de Québec a reçu 202 millimètres de pluie, soit près du double de la région de Montréal.
« Ce qui est frappant cette année, c’est qu’il y a beaucoup de cultures affectées. On peut penser aux cultures de laitues, de céleris ou d’oignons qui affichent des pertes totales. Parfois ce sont les seules productions qui sont produites, avec des impacts financiers importants », indique M. Caron.
Le président de l’UPA ajoute que si les impacts de cette « saison catastrophique » sont plus visibles pour certaines cultures, il ne faut pas négliger les conséquences dans d’autres. Il mentionne la fusariose dans les grains et la verse dans le maïs et les prairies qui auront un impact sur l’alimentation des animaux dans les mois à venir. Les producteurs bio pourraient également faire face à de nombreux problèmes puisque le sarclage est impossible pour plusieurs d’entre eux et que peu de solutions de rechange sont à leur portée.
Les discussions entre l’UPA et le gouvernement ont aussi porté sur la possibilité de prolonger les dates de semis des cultures de maïs sucré et des haricots de transformation, entre autres.
À terme, Martin Caron souhaite des changements aux programmes d’assurances, que ce soit au provincial ou au fédéral. Il faudrait actualiser rapidement ces derniers, en identifiant par exemple les cultures ou les zones à risque afin de mieux gérer justement les risques et les coûts financiers. Il rappelle que les producteurs participent à hauteur de 40 % au programme d’assurance récolte de la FADQ et qu’ils doivent afficher 30 % et plus de pertes afin de bénéficier du régime. « On ne peut plus s’endetter pour nourrir la population », a déclaré le président.