La situation dans le marché des engrais

Entrevue avec Casper Kaastra, chef de la direction de Sollio Agriculture, sur l’approvisionnement en engrais de son réseau.

Publié le
Témoignage et entrevue
Affaires
Bateau transportant de l'engrais

Auteurs de contenu

Icône du Coopérateur

La rédaction

L’équipe de rédaction du Coopérateur sélectionne du contenu pertinent à vos informations coopératives à l’échelle provinciale, nationale et internationale.

Avec le conflit qui se prolonge au Moyen-Orient, Sollio Agriculture met tout en œuvre pour assurer l’approvisionnement en engrais des producteurs et productrices de son réseau. Casper Kaastra, chef de la direction de Sollio Agriculture, fait le point sur la situation.

Coopérateur : Comment le conflit au Moyen-Orient influence-t-il l’approvisionnement en engrais?

Casper Kaastra : Le conflit qui a commencé fin février a eu un impact significatif sur le prix et la disponibilité des engrais à l’échelle mondiale.

Dès le début de la crise, la chaîne d’approvisionnement a été touchée. Le détroit d’Ormuz, par où transite une part importante des produits énergétiques et fertilisants provenant du Moyen-Orient, a été fermé. Cela s’est répercuté directement sur les valeurs de ces produits, tant dans la région concernée que de façon globale, avec des effets directs et indirects.

Plus directement, la production de phosphore, d’azote, d’ammoniac et d’urée dans cette région constitue une part essentielle de l’offre mondiale, la majeure partie étant destinée à l’exportation pour l’agriculture. L’Iran, par exemple, est historiquement un producteur important d’azote, notamment d’urée. Les ralentissements ou interruptions de production dans la région réduisent ainsi l’offre de fertilisants à l’échelle globale.

Indirectement, plusieurs produits issus de cette région, tels que l’ammoniac, sont exportés et utilisés dans la fabrication d’engrais azotés dans des pays comme l’Inde ou le Bangladesh. De plus, le gaz naturel et le soufre, également originaires de cette région, représentent des intrants clés dans la production mondiale de fertilisants, en particulier de phosphore. Le resserrement de l’accès à ces produits causé par la guerre contribue au resserrement de l’offre de fertilisants en aval.

L’ensemble de ces facteurs directs et indirects a un impact significatif sur la disponibilité des engrais, et donc leur prix, au niveau international.

C : Quelle est la position actuelle de Sollio Agriculture en ce qui concerne l’approvisionnement en engrais pour la saison des semis?

CK : Chaque année, environ 80 % des besoins en engrais se concentrent au printemps. Pour cette raison, la planification et la production commencent plusieurs mois à l’avance.

Avant la fermeture de la voie maritime, au début du mois de janvier, nous avions déjà rempli une bonne partie de nos entrepôts afin de nous assurer d’être prêts pour la saison.

Une seconde phase d’achats a eu lieu avant la fin février pour planifier les livraisons du réapprovisionnement. Nous avions donc sécurisé les approvisionnements nécessaires pour garantir des entrepôts pleins, dont une partie du réapprovisionnement était déjà sous contrat.

Cela dit, il reste encore des achats à faire, ce qui correspond au fonctionnement habituel de notre cycle d’approvisionnement en vue du pic de consommation prévu en mai. À ce stade, nous sommes confiants pour couvrir les besoins planifiés.

C : Les producteurs doivent-ils s’attendre à des prix élevés pour une bonne partie de la saison?

CK : Après le déclenchement du conflit à la fin de février, le marché a significativement accéléré ses achats de produits au début du mois de mars, ce qui a provoqué un effet immédiat de hausse des prix. Même si les détaillants avaient déjà une bonne partie de leurs produits en commande, les portions achetées ont été acquises à un niveau de prix plus élevé.

Les producteurs qui avaient déjà fixé leur prix avant la fin février ont été moins touchés par cette hausse. Toutefois, cela n’exclut pas que s’ils se procurent de nouvelles quantités aujourd'hui, le prix sera plus élevé.

Dans certains cas, les coopératives collaborent avec les producteurs pour déterminer un prix moyen, prenant en compte les achats effectués avant et après le conflit. Ainsi, on observe que l’augmentation des prix reste modérée. C’est d’ailleurs ce que l’on constate actuellement en comparant les prix sur le marché.

Ces prix sont plus bas que le prix de remplacement, ce qui est une bonne nouvelle, mais ils restent quand même supérieurs aux valeurs de décembre ou de février.

C : Quelles autres mesures le réseau prend-il pour assurer aux producteurs leur approvisionnement en engrais?

CK : La clé, c’est la planification. Les producteurs doivent communiquer clairement leurs besoins à leur détaillant ou à leur coopérative pour s’assurer d’obtenir les volumes nécessaires au bon moment. Des échanges ouverts entre producteurs et détaillants permettent aux détaillants d’anticiper l’approvisionnement et ainsi garantir la disponibilité des produits. Avoir un plan avec son détaillant ou sa coopérative est donc crucial pour avoir les intrants prévus et se donner la possibilité de réussir ses récoltes.

C : Y a-t-il une possibilité que les producteurs manquent d’engrais?

CK : À ce moment-ci, on ne parle pas de pénurie. Cependant, si un producteur a besoin de volumes additionnels sans l’avoir prévu, le détaillant pourrait ne pas disposer de surplus. Être bien préparé permet de minimiser ces risques, mais une augmentation inattendue du volume, par exemple de 10 %, pourrait représenter un défi pour l’industrie. Avec les niveaux de prix élevés qu’on voit et la volatilité, personne ne veut se retrouver avec de l’inventaire en fin de saison.

C : Quelles solutions alternatives ont les producteurs qui n’auraient pas passé leurs commandes?

CK : Pour des produits comme l'urée, le DAP, le phosphore ou l'azote liquide, le Moyen-Orient constitue une source majeure. Il existe cependant d'autres sources d'azote plus coûteuses, telles que le sulfate d'ammonium, qui peuvent servir de substitution avec une bonne planification. Le moment d’application de l’azote est également important. Par exemple, le maïs en consomme surtout plus tard dans la saison. Des produits comme PurYield, qui libèrent l’azote progressivement, offrent ainsi davantage de flexibilité pour pallier les problèmes de disponibilité. En collaborant avec les producteurs, il est possible d’anticiper ces risques et de prévoir des alternatives efficaces.

C : Comment l’application du principe des 4B (bon produit, au bon endroit, à la bonne dose et au bon moment) et l’agriculture de précision peuvent-elles contribuer à optimiser la gestion des engrais des entreprises agricoles?

CK : Les 4B et l’agriculture de précision peuvent améliorer les taux d'utilisation et de conversion par les plantes. Pour le producteur, ce sont des manières supplémentaires de s’assurer que son investissement en nutriments est bien utilisé par ses cultures et non dispersé dans l’environnement.

Certaines technologies comme les biostimulants permettent aussi d'optimiser l'utilisation de l'azote par les plantes, afin que tout l'azote appliqué soit absorbé. Le principe des 4B s'applique également dans ce contexte.

C : Comment la situation pourrait-elle évoluer? Et quels sont les enjeux à surveiller au cours des prochaines semaines?

CK : En ce moment, nous concentrons notre attention sur la saison actuelle, c’est-à-dire le printemps et le début de l’été, qui correspond à la période de consommation à venir. Cependant, si la situation au Moyen-Orient ne s'améliore pas, il est possible que la disponibilité de certains produits soit menacée au cours des douze prochains mois, soit lors du prochain cycle de production, mais cela concerne surtout le marché mondial. Cela ne signifie pas nécessairement qu’il y aura une rupture de stock au Canada, car avec un an de préparation, il serait possible de trouver d’autres sources d’approvisionnement et donc de maintenir la disponibilité des produits. Toutefois, les prix risquent de rester élevés, car il y a un déséquilibre qui demeure entre l’offre et la demande, surtout si la production ne reprend pas rapidement au Moyen-Orient dans les semaines ou mois à venir.

Chez Sollio Agriculture, notre réseau d’installations et notre empreinte nationale à travers le pays nous donnent une flexibilité opérationnelle importante pour nous adapter rapidement aux perturbations des marchés, et un avantage logistique que plusieurs acteurs de l’industrie n’ont pas.

Trouver des solutions ensemble, c’est la force de notre modèle coopératif.

Merci de votre participation!

Pensez à votre dernière grande décision d'affaires et posez-vous une seule question.

Vrai ou faux : j'ai tenu compte de ce que ça demande humainement, pour moi, pour mon couple, pour mon équipe, pour ma famille. Pas financièrement. Humainement.

 

Explorer davantage

Autres suggestions de lecture