Comment l’épisode d’El Niño affectera-t-il les marchés?

Le phénomène El Niño qui nous attend cette année sera sans doute très fort, et cela pourrait affecter non seulement vos récoltes, mais aussi vos résultats financiers.

Publié le
Chronique Champ libre
Affaires
Valeur en bourse des aliments

Auteurs de contenu

Image de Pascal Thériault

Pascal Thériault

Agronome et directeur du programme de gestion et technologies d’entreprise agricole au Campus MacDonald de l’Université McGill

Pascal signe la chronique Champ libre dans le Coopérateur.

Les marchés sont déjà sous tension. Que ce soit le prix des intrants, les tarifs ou le détroit d’Ormuz, les producteurs en ont déjà plein les bras. Voilà que s’ajoute un autre facteur de risque : un épisode d’El Niño qui est, pour le Climate Prediction Center de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), à 90 % près d’être catégorisé comme « très fort » cet automne et cet hiver. En fait, Environnement et Changement climatique Canada parle d’un épisode exceptionnel avec un El Niño qui va causer des hausses de température. Nous sommes donc en droit de nous demander si c’est une autre tuile qui va nous tomber sur la tête!

Mais c’est quoi, El Niño, au juste, vous vous demandez? Vous l’avez sur le bout de la langue, c’est certain! En fait, c’est un phénomène climatique qui prend naissance dans l’océan Pacifique. Normalement, autour de l’équateur, les vents soufflent d’est en ouest et l’eau chaude du Pacifique tropical se dirige vers l’Asie, ce qui fait remonter une eau plus fraîche du côté de l’Amérique du Sud.

Carte des courants océaniques
Carte des courants océaniques

Lors d’un épisode d’El Niño, les vents faiblissent et l’eau plus chaude n’est pas déplacée comme elle le devrait, ce qui a pour effet de réchauffer le Pacifique qui, à son tour, perturbe les grands courants d’air dans l’atmosphère. C’est tout cela qui en fait un phénomène mondial qui dure normalement de 9 à 18 mois.

Avec les réchauffements prévus dans le modèle climatique, les prévisions pour le Québec et l’Ontario sont un hiver plus doux, avec moins de neige et plusieurs épisodes de gel-dégel, ce qui n’augure potentiellement rien de bon pour les fourrages, les céréales d’automne et les fruits qui risquent d’être victimes de gels tardifs. Je suis curieux de voir de quoi aura l’air notre saison des sucres! D’ailleurs, si vous êtes amateurs de sports d’hiver, vous pourriez être déçus.

Du côté des Prairies et de l’Ouest, cette chaleur va amener moins d’humidité au sol. Dans le passé, les périodes El Niño très fortes ont entraîné une hausse des incendies de forêt dans l’année qui a suivi et, depuis quelques années, nous avons vécu beaucoup d’épisodes de feux de forêt dans l’Ouest. Cette sécheresse pourrait aussi affecter la production de grains et de fourrages.

Les marchés mondiaux notent déjà que le prix du blé est en hausse en Australie, alors que le sucre et les huiles végétales ont vu leurs prix augmenter. Est-ce à dire que le prix des aliments va repartir à la hausse? Pas nécessairement. Les rendements mondiaux de grains en 2026 comptent déjà parmi les plus élevés et il faut se souvenir que la hausse du prix des denrées agricoles n’a qu’un impact limité sur le prix final des aliments, car la part du producteur n’est que de 10 à 15 % du prix final d’un aliment.

En conclusion, ce que l’on sait, c’est que selon le modèle climatique, l’hiver sera doux, probablement trop, avec des variations imprévisibles. Ce que l’on peut prévoir, c’est que cela aura une incidence sur la production agricole, notamment les cultures de maïs, de soya et de fourrages, mais l’étendue de ces répercussions va dépendre de plusieurs facteurs, pas seulement d’El Niño. Il faut se souvenir qu’avec ou sans El Niño, les changements climatiques apportent toujours leur lot de surprises avec des précipitations qui varient grandement, tant en quantité que dans le temps. De plus, les ravageurs pourraient être favorisés par une météo plus clémente. Ultimement, le marché des intrants pourrait aussi subir des conséquences toujours en lien avec les conflits géopolitiques qui n’ont rien à voir avec El Nino tel qu’un maintien des prix élevés du pétrole ou des fertilisants. Bref, oui c’est un risque, mais ce n’est qu’un risque de plus.

Les propos exprimés dans cette chronique n’engagent que son auteur.
Cette chronique est parue dans le Coopérateur de novembre-décembre 2026.

Explorer davantage

Autres suggestions de lecture

Nouvelle
Affaires

Place au Sommet laitier 2027

En 2027, un nouvel événement réunira les leaders de la production laitière sous un même toit pour des conférences et des séances de réseautage.