Se (re)trouver au Colloque des coopératrices

Elles étaient près de 90 participantes à se retrouver au Colloque des coopératrices du 9 et 10 septembre 2027 dernier.

Publié le
Nouvelle
Sollio Groupe Coopératif
Toutes les participantes du Colloque des coopératrices 2026
La moitié des participantes du Colloque des coopératrices 2026 se sont d'abord réunies pour la visite aux Couleurs de la terre, à Yamachiche.

Auteurs de contenu

Image de Stéphanie McDuff

Stéphanie McDuff

Rédactrice et cheffe de la production numérique pour le Coopérateur

Diplômée de l’Université du Québec à Montréal, elle est détentrice d’un baccalauréat et d’une maîtrise en études littéraires.

L'événement se veut un moment de formation, de rencontres, de réflexion et, aussi, de reconnaissance de l'impact des femmes dans le milieu agricole. Cette année, le programme semble avoir enchanté les coopératrices. « Ça va être difficile à surpasser pour l'année prochaine! » nous a confié Caroline Breton, de Ferme Karobert, à la fin de l'événement.

Mais revenons au début, et commençons par la visite d'entreprise!

Une visite aux Couleurs de la terre

Guy Fradette, un roi de la patate à l’âme poétique, a appelé son entreprise Les couleurs de la terre, en l’honneur des 200 variétés de pommes de terre, de toutes les teintes et saveurs, qu’il cultivait sur ses deux hectares de terre. De fil en aiguille, et surtout avec la participation de Patricia Claveau, sa conjointe, l’entreprise a évolué.

Après un délicieux dîner mettant bien évidemment à l’honneur les patates, c'est elle qui a expliqué aux visiteuses l'histoire de l'entreprise où on cultive maintenant 35 variétés de pommes de terre sur 15 hectares. Un kiosque-marché, quatre hébergements, une cuisine de production, un camion de rue, un casse-croûte et quelques animaux accueillent près de 45 000 visiteurs annuellement. Et l’attrait principal, c’est la poutine (aux frites parfaites, avons-nous envie de vous avouer).

Mais cette popularité ne s’est pas acquise aussi graduellement qu’on aurait pu le croire. En 2022, Nico Atsaidis, un influenceur sur Tik Tok, se lance un défi : tester 50 poutines en 7 jours. La poutine des Couleurs de la terre obtient la première place au classement!

Engouements médiatique et numérique obligent, l'entreprise de Yamachiche a connu une croissance explosive après cet événement plus qu'inattendu, et elle s'est dotée graduellement des infrastructures requises pour accueillir une telle affluence. Il n'est plus nécessaire, nous confie Patricia, d'attendre jusqu'à deux heures la délicieuse poutine ou autre met fait à base de pommes de terre. Ouf!

Un témoignage poignant; un transfert qui échoue

Le lendemain, les coopératrices se sont réunies à l'Auberge Godefroy pour une journée de conférences et un atelier. Et la première présentation du matin a marqué les esprits.

Florence et Marjolaine Perron, deux sœurs, ont grandi et évolué dans leur entreprise familiale. Si les premières années ont été fabuleuses et enrichissantes, les dernières l’étaient, semble-t-il, bien moins. « Il y avait des problèmes de communications », souligne Marjolaine. Les tensions se sont accumulées au fil des ans, et c’est dans ce contexte que les premières vraies discussions entourant un transfert d’entreprise par rachat s’entament, en 2025.

Mais les négociations achoppent. Les sœurs ne reprendront pas l’entreprise.

« Je ne pouvais pas continuer comme ça. Je devais passer à autre chose, raconte Florence. » « Quand ce rêve de reprise s’est brisé… il a fallu prendre la décision de nous retirer, ajoute Marjorie. Émotionnellement, c’était très difficile. »

Fort heureusement, l’histoire ne s’arrête pas là. Depuis, Florence et Marjorie ont fondé de nouvelles entreprises, soit Grandes sœurs et Préféré. Elles s’épanouissent lentement dans leurs nouveaux rôles qui leur révèlent de nouvelles pistes et, peut-être, de nouveaux rêves.

« Souvent, en repreneuriat d'entreprise familiale, on pense que c’est le seul chemin qui nous est destiné, poursuit Florence. La première fois que j’ai obtenu du financement pour Préféré, j’en ai pleuré. J’avais réussi ça. C’est comme si la vie me disait qu’il y a plusieurs chemins. »

De son côté, Marjolaine s’est quant à elle lancée en politique. « Cette expérience m’a permis de rencontrer des gens exceptionnels, dont beaucoup dans le milieu agricole. Si m’ouvrir les yeux à d’autres options m’offrait une aussi belle expérience qu’une campagne électorale - que j’ai complètement perdue -, ça montre qu’il existe beaucoup d’autres choses que l’entreprise familiale. »

On comprendra qu’un tel témoignage a saisi les agricultrices, plusieurs s’y retrouvant, comme repreneuses ou comme cédantes. Si on souhaite bien sûr que les transferts se passent bien et qu’ils soient harmonieux, on peut assurément apprendre des expériences moins positives et en ressortir grandi.

Une transmission féminine

C’est d’ailleurs sur une note beaucoup plus positive qu’ont enchaînée en après-midi Marie-Pier G. Vincent et sa mère, Jacinthe Guilbert, dans la discussion bien intitulée « Un duo mère-fille inspirant ».

On connaissait déjà un peu le cheminement de Marie-Pier, qui a été finaliste au Prix relève Sollio cette année et qui a également tout récemment été lauréat du prix Femme entrepreneure – Dimension E, au Gala des agricultrices 2026. C’est toutefois avec beaucoup plus de détails qu’on a pu approfondir son histoire de famille… au féminin!

C’est qu’elle est entourée depuis son enfance d’agricultrices passionnées et très impliquées à la ferme. Sa grand-mère était elle-même la principale responsable de l’entreprise familiale, reprise ensuite par Jacinthe.

Quand Marie-Pier choisit également l’agriculture, elle vit quelques aventures professionnelles internationales (dans des fermes en Australie et en Alberta), avant d’envisager, avec son frère, de reprendre la ferme familiale. Là encore, le projet s'essouffle. Mais pour toutes les meilleures raisons!

Les discussions ont pris du temps. « Nous sommes des mordus d’agriculture, souligne Jacinthe. Je n’avais jamais mis le mot "retraite" dans ma tête avant, alors ça a été un choc quand on a commencé à parler de transfert. On s’est donc fait accompagner, et on a aussi réfléchi individuellement et en groupe. Ça nous a pris 5 ans pour trouver la formule gagnante, le principal défi étant de maintenir l'unité familiale. »

En discutant entre eux, et notamment grâce à des tests psychométriques, la famille réalise que les deux relèves n'ont tout simplement pas le même style de gestion ou d'objectifs. « Ma passion est d’élever les vaches, explique Marie-Pier. Mon frère, quand il a une belle vache, il veut plutôt la vendre. On ne voyait donc pas où on se retrouvait. » Quand un voisin leur annonce qu'il met sa ferme en vente, Marie-Pier saute sur l'occasion : elle démarre sa propre entreprise, avec le soutien familial.

La clé aura donc été dans le démarrage plutôt que le transfert, au bonheur de toutes et de tous!

L'apprentissage commun par la coopération internationale

La journée s'est conclue par un panel de discussion réunissant Valérie Ouellet, directrice des communications chez Novago Coopérative, Véronique Guay et Johanne Gouin, productrices agricoles et administratrices chez VIVACO groupe coopératif, et Caroline Gauthier, administratrice chez Avantis Coopérative, ainsi qu'Andréa Renaud, directrice des affaires coopératives chez Sollio Groupe Coopératif.

Les cinq femmes ont partagé les apprentissages issus de leurs missions de coopération internationale organisées par SOCODEVI, des expériences uniques et enrichissantes qui ont marqué leur vie et celles des femmes qu'elles ont rencontrées au Mozambique, en Bolivie, au Honduras et au Maroc.

Et si une mission, « ça ne change pas le monde, ç'a changé le mien », conclut Johanne Gouin.

Une rencontre entre agricultrices

C’est sous le thème « Agricultrices : 1000 facettes, une force », que le colloque s’est donc tenu en cette Année internationale des agricultrices. L'événement a mis en lumière la richesse des rôles très diversifiés que les femmes assument chaque jour dans le secteur agricole, ici et ailleurs.

Ce moment de formation et de pause permet aussi de s'arrêter, de se ressourcer, de s'interroger et, parfois, de s'inspirer pour l'avenir. Le Colloque des coopératrices, c'est surtout un moment de réseautage et de partage entre femmes, comme l'indique Claudette Côté de la Société C&G Lussier, pour qui le plus important, ce sont « les échanges entre agricultrices. C'est ici que j'apprends le plus », nous dit-elle.

Enfin, Isabelle Guay, experte-conseil chez VIVACO groupe coopératif, qui en était à sa première participation, repart avec une mission. « J'ai vraiment aimé la formule et c'est un très bel événement! J'ai le défi pour l'année prochaine d'amener plus de productrices avec moi! Il y a beaucoup d'agricultrices que j'accompagne qui pourraient être concernées et intéressées. »

On se retrouve en 2027, mesdames?

Explorer davantage

Autres suggestions de lecture