Le bilan et les projections de Casper Kaastra

Juste avant son départ à titre de chef de la direction de Sollio Agriculture, il nous fait part de ses prévisions pour la division et notre secteur.

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Témoignage et entrevue
Olymel
Casper Kaastra

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Patrick Dupuis

Directeur et rédacteur en chef au magazine Coopérateur

Agronome diplômé de l’Université McGill, Patrick travaille au Coopérateur depuis une trentaine d’années.

Casper Kaastra, chef de la direction de Sollio Agriculture, quittera ses fonctions en décembre prochain. Bilan de parcours de celui qui a contribué à redonner à la division agricole de Sollio Groupe Coopératif une position de force dans un marché hautement compétitif.

Casper tire sa révérence avec le sentiment du devoir accompli et la certitude que Sollio Agriculture dispose maintenant de fondations solides pour poursuivre son développement.

Pour le chef de la direction, l’agriculture sera toujours un pilier de la société québécoise et canadienne. Il ne tarit pas d’éloges à l’endroit des producteurs et productrices agricoles; ces hommes et ces femmes qu’il tient en haute estime. « Ils accomplissent chaque jour un travail fondamental, nécessaire : nourrir le monde, dit-il. L’agriculture est bien sûr appelée à poursuivre sa croissance pour s’acquitter de cette tâche colossale. »

Des années difficiles

Casper arrive à la tête de Sollio Agriculture en 2021 alors que deux crises se chevauchent : la pandémie et la situation financière précaire dans laquelle se trouve Sollio Groupe Coopératif et ses divisions. En outre, la rareté de la main-d’œuvre et l’inflation galopante aggravent une situation déjà difficile.

Olymel pâtit de la fermeture du marché de la Chine. La situation entraîne d’importants défis de liquidités et nuit au fonds de roulement de toute la coopérative.

« La situation a porté atteinte à nos activités de commercialisation des grains », rappelle Casper, qui, dès son arrivée en poste, remet de l’ordre dans ce secteur d’activité. Avec ses équipes, il décide de sortir de cette activité déficitaire et de mettre en vente le terminal d’exportation de grains aménagé dans le port de Québec.

La réflexion s’enchaîne en identifiant quelles activités et unités d’affaires de la division font partie de son cœur de métier. Les secteurs des productions végétales et animales demeureront au centre de cette vision. On met l’accent sur la performance et la génération de profits. Casper restructure l’ensemble de la division autour des fonctions approvisionnements, opérations, solutions réseaux et développement des affaires.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 vient encore ajouter une couche d’incertitude. Les approvisionnements en engrais, en grains et en énergie sont perturbés. Les coûts qu’engendre l’imposition de tarifs aux importations d’engrais s’élèvent à 35 M$.

« Avec l’appui de nos partenaires, les coopératives notamment, la division a su naviguer dans cette tourmente, rappelle Casper. De multiples démarches, et un fort appui de l’équipe des affaires gouvernementales de Sollio Groupe Coopératif, ont permis à la division de récupérer plus des deux tiers des tarifs déboursés. »

Malgré les succès, Casper demeure terre-à-terre. Le travail de redressement n’est alors pas terminé. La division a dû couper dans ses coûts. Tous les postes budgétaires seront scrutés à la loupe.

« Nous avons rebâti les fondations de l’organisation, réinvesti dans nos actifs et généré à nouveau des résultats positifs », commente Casper en soulignant le travail et l’engagement exceptionnels des employés de Sollio Agriculture et de ses partenaires dans cette vaste reconstruction.

Des origines agricoles

Le secteur agricole motive Casper depuis toujours. Né dans une ferme laitière en Ontario, il a les pieds bien ancrés dans le sol. Formé en agriculture à l’Université Dordt en Iowa, il commence sa carrière chez Cargill où il sera représentant, gestionnaire de sites et directeur des ventes. Il poursuit son parcours dans le réseau Agromart et intègre Sollio Groupe Coopératif au moment où la coopérative en fait l’acquisition en 2009. Cinq ans plus tard, il est nommé directeur général du secteur des productions végétales puis, en 2021, chef de la direction de la division Sollio Agriculture. Ses solides compétences en gestion le placent alors en bonne position pour relever le vaste défi qui l’attend.

Avec la restructuration de son modèle d’affaires et son retour à la rentabilité, Sollio Agriculture possède de grandes forces. « Nos équipes, la proximité que nous entretenons avec nos membres producteurs et productrices, nos communautés, nos coopératives, nos coentreprises, voilà les bases de notre identité et les raisons qui nous motivent à nous lever chaque matin, déclare Casper. Nous avons la capacité de nous adapter, de trouver des solutions, de développer des marchés, de créer de la valeur pour nos membres, de contribuer au maintien de la rentabilité de leurs fermes. »

Un avenir prometteur

Même s’il est encore jeune, Casper a bien vu les changements prendre forme en agriculture, depuis son enfance à la ferme familiale. On s’en doute, c’est la technologie qui a le plus évolué. « Elle est omniprésente et plus accessible, dit-il. La capacité opérationnelle de la chaîne de valeur a beaucoup augmenté. À l’époque, semer les terres de l’est du Canada prenait jusqu’à deux mois. Maintenant, la même tâche se boucle en 7 à 10 jours. Les équipements, la planification, la prévisibilité, le travail de proximité avec les équipes sur le terrain, la compréhension des besoins, tout ça a évolué de sorte que chaque maillon est plus performant, et ce, tout en étant plus durable. »

Une tangente d’ailleurs qu’a prise Sollio Agriculture sous sa gouverne. Une orientation d’avenir, porteuse et incontournable, insiste-t-il.

« L’agriculture durable profite à notre organisation, aux producteurs et à l’environnement. Elle réduit le gaspillage, apporte des solutions pour accroître le taux d’utilisation des nutriments et diminue les dépenses. Nos objectifs de rentabilité et de performance vont de pair avec l’agriculture durable. Elle fera partie de l’avenir », croit le chef de la direction.

Et cet avenir, comment se dessine-t-il? La technologie continuera à s’implanter dans les entreprises agricoles, dont la robotisation et l’intelligence artificielle, dit-il. La productivité va croître, grâce à la génétique animale et végétale et à une meilleure utilisation des intrants. Casper prend pour exemple les engrais de synthèse. Leur extraction, leur fabrication et leur transport exigent quantité d’énergie. L’industrie y fait face en développant de nouveaux produits. L’engrais PurYield en est un. Cet engrais azoté à libération contrôlée et synchronisée avec le besoin des plantes réduit les risques de lessivage.

« Il faudra aussi penser à revoir et à diversifier nos sources d’approvisionnement en fertilisants, issus bien souvent de régions politiquement instables, explique-t-il. Il faudra tabler, si possible, sur une production domestique, bien que cela puisse demander des années à se concrétiser. Une mine ne se démarre pas du jour au lendemain. »

Les entreprises agricoles continueront-elles de croître alors que leur nombre diminue? « Je n’en suis pas si sûr », lance-t-il. À son avis, l’avenir ne se résume pas à la seule consolidation des entreprises. « Oui, il y aura des économies d’échelle et de nombreuses entreprises prendront de l’expansion. Mais je crois aussi qu’on verra un nombre croissant de plus petites fermes de proximité produire ce que de plus en plus de consommateurs demandent. Cela dit, comme je l’ai mentionné, l’agriculture sera plus productive, plus technologique et plus durable. Ces conceptions ne sont pas en opposition, insiste-t-il. Elles peuvent tout à fait cohabiter. »

En évolution

Forte d’une nouvelle impulsion, la division agricole évoluera avec l’agriculture. « Sollio Agriculture est prête pour sa prochaine phase de croissance. Nous avons optimisé nos ressources et renforcé nos fondations, commente Casper avec confiance et fierté. Nous avons une structure capable de saisir des occasions d’affaires futures avec plus de fluidité. »

Cela dit, Casper demeure humble. « On parle abondamment de ce que j’ai fait, mais sans toutes les personnes et nombreux partenaires du réseau, coopératives et coentreprises, je n’y serais pas arrivé. J’ai reçu beaucoup en travaillant avec le réseau. J’en garderai de bons souvenirs toute ma vie. »

Cet article est paru dans le Coopérateur de novembre-décembre 2026.

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