Des turbulences toujours en vue pour le secteur agricole
Les sources de risques affluent de partout pour les entreprises agricoles, mais il faudra s’accrocher, puisque la volatilité risque de demeurer à l’ordre du jour pour les prochains mois.
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Géopolitique et guerres commerciales dictent le cours des économie canadienne et mondiale depuis plusieurs mois avec des ramifications dans tous les aspects de l’agriculture et l’agroalimentaire au Canada. L’équipe économique de Financement agricole Canada (FAC) a passé en revue les éléments macroéconomiques et agricoles dans une mise à jour économique 2026 touffue, le 24 septembre 2026. Voici les principaux éléments abordés.
PIB, inflation et taux d’intérêt
L’économie du Canada, mais aussi de tous les pays, est sous pression depuis le début de la guerre entre les États-Unis et l’Iran qui a mené à une hausse du prix du pétrole de 40 %.
Le Canada devrait suivre le pas parmi les pays ayant haussé leurs taux d’intérêt avec une hausse prévue du taux directeur en octobre ou novembre, selon Krishen Rangasamy, économiste à FAC. Bien que le marché anticipe une hausse de 1 % des taux d’ici 2027, l’économiste se montre sceptique quant à ce scénario. « C’est bien simple, l’économie canadienne n’est pas très forte, dit-il. Malgré ce qu’on peut lire dans les journaux, la croissance n’est pas terrible. Le Canada est confronté à une guerre commerciale sans précédent. » La croissance va s’en ressentir cette année avec une croissance estimée du PIB de 1 %, la pire performance depuis 2020, pendant la pandémie.
Le dollar connait pour sa part « une crise identitaire ». Il se déprécie depuis février, malgré le prix élevé du pétrole, alors qu’il devrait agir comme un pétrodollar. Selon l’économiste de FAC, ce comportement est lié à la faiblesse de l’économie canadienne par rapport à celle de nos voisins du Sud. Le dollar devrait donc demeurer dans la fourchette des 70 à 73 cents américains pour les 12 prochains mois.
Augmentation du coût du diésel et des engrais
Ulrich Zombre, également économiste principal à FAC, a abordé la question du diésel. Les conflits actuels, qu’ils soient au Moyen-Orient ou en mer Noire, affectent les activités de raffinage, une situation difficile pour un secteur soumis aux stocks les plus faibles en une décennie. Les marchés demeurent vulnérables à toutes fluctuations, ce qui lui fait dire que la tendance de prix élevé devrait se poursuivre. Au moment des semis en 2027, les prix du diésel pourraient donc être le double de ce qu’ils étaient en 2026.
L’histoire se répète pour les engrais, eux aussi affectés par la géopolitique, les coûts de l’énergie et les flux de commerce mondial. Que ce soit l’azote, la potasse ou le phosphore, les prix augmenteraient de 3 à 6 % d’ici le printemps prochain, ce qui amène l’économiste à préconiser une planification d’achat importante pour la prochaine campagne dans une perspective de gestion des risques.
Effets de la guerre commerciale et tarifs douaniers
Krishen Rangasamy est revenu sur les effets des tarifs douaniers américains et les interdictions d’exportation sur les produits agricoles et agroalimentaires dont la somme est évaluée à 3,7 G$.
Le secteur agricole n’est pas à l’abri des droits de douane et des contre-mesures, par le biais de la hausse des coûts de production des équipements faits d’acier et d’aluminium. Malgré tout, le secteur agricole a mieux résisté que la plupart des autres pans de l’économie canadienne, ce qui devrait se traduire par un record des recettes agricoles pour 2026. Une partie de l’explication de cette hausse se trouve dans la protection offerte par l’ACEUM, mais aussi la résilience des opérations agricoles canadiennes.
La demande de protéines
Bien qu’il soit impossible de prévoir si la demande observée pour les protéines se poursuivra au même rythme, des facteurs supportent actuellement cette hypothèse. Fait remarquable, la demande au Canada pour la protéine animale, comme le bœuf, le poulet (hausse d’un kilo par personne), les œufs et le poisson, s’est maintenue en 2025, malgré une hausse des prix, a signalé Ulrich Zombre. La consommation de bœuf a même augmenté de 0,8 kilo par habitant, malgré une hausse des prix de 17 %.
Le secteur laitier surfe sur cette même vague. Une augmentation soutenue depuis deux ans pour le yogourt riche en protéines signifie un changement durable des habitudes de consommation, selon M. Zombre. « La tendance protéique transforme l’ensemble de la chaîne de valeur laitière. Elle influence autant les décisions des transformateurs que celles des producteurs et demeure un des principaux moteurs de croissance du secteur. »
Une météo à surveiller
Un bilan économique ne serait pas complet sans un aperçu sur la météo. Les perturbations météorologiques ont été nombreuses en 2026. FAC recommande donc de surveiller dans les prochains mois la qualité de la production canadienne, les impacts de la sécheresse en Europe, la révision des productions nord-américaines, les conditions météo en Amérique du Sud et les exportations de grains provenant de la mer Noire. Toute perturbation pourrait soutenir les prix des céréales à l’approche de 2027.
En résumé, les observations relevées dans la mise à jour renforcent une tendance commune observée par FAC dans l’agriculture et l’agroalimentaire, à savoir que la volatilité et l’incertitude sont omniprésentes, que cette dernière soit politique, commerciale, énergétique et météorologique. « Le succès des producteurs dépend de plus en plus de la gestion de la volatilité plutôt que d’essayer de prédire chaque mouvement de marché », a conclu Craig Johnston, vice-président et économiste en chef chez FAC.