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Chroniques / Pause-Pensée

Retrouver le sens du collectif

Nous vivons dans une époque caractérisée par l’individualisme et les replis identitaires. Chacun revendique sa liberté d’agir comme il l’entend et intègre au besoin des sous-groupes pour mettre de l’avant sa différence de genre, de race, de religion… Exit, l’idée que nous ne formons qu’une seule communauté humaine.

Sans doute, trop d’abus ont été permis au nom du collectif. Les régimes communistes, par exemple, n’ont pas été à la hauteur de leurs promesses, ce qui a laissé le haut du pavé à un libéralisme revigoré. Mais le collectif a peut-être été balancé hors service… trop rapidement. Dans son livre La maison brûle, la journaliste et militante canadienne Naomie Klein réfléchit à l’urgence climatique et constate, avec lucidité, l’immense défi que cela nous pose aujourd’hui car, explique-t-elle, la prise de conscience de notre problème arrive à un bien mauvais moment. Pour illustrer son propos, elle évoque la théorie du défaut d’adaptation.

Le défaut d’adaptation est un état critique dans lequel des animaux se trouvent lorsque le moment où ils ont besoin d’une ressource essentielle ne correspond plus au moment où celle-ci est disponible. Rappelons que, dans le processus naturel de coévolution, les espèces animales favorisées sont celles où la période de reproduction coïncide avec le moment où la ressource alimentaire dont ils ont besoin est la plus abondante. Il y a donc une fine synchronisation qui se perpétue au fil des siècles. Or, voilà que le réchauffement planétaire vient aujourd’hui perturber cette synchronisation longuement élaborée, en introduisant un décalage menaçant : les plantes s’épanouissent plus rapidement qu’avant et il arrive, désormais, qu’elles ne sont plus disponibles au moment crucial.

Les scientifiques ont observé ce défaut d’adaptation chez plusieurs animaux. Il va sans dire que cela peut avoir des conséquences dramatiques sur la survie d’une espèce. Et c’est ici que Klein établit son parallèle : devant l’urgence climatique, l’humain se trouve, lui aussi, en défaut d’adaptation. Avec la différence que le défaut, pour nous, n’est pas d’ordre biologique, mais plutôt d’ordre culturel et historique.

Selon Klein, la nécessité de lutter contre les changements climatiques et les dispositions de l’humanité pour le faire efficacement sont deux événements complètement asynchrones. Car on a véritablement pris la mesure de l’enjeu à la fin des années 80, au moment où on s’affairait à déréglementer à tous crins, au moment où l’idée même du collectif devenait suspecte.

Pourtant, à problème collectif, il nous faudra apporter réponse collective. C’est aussi l’avis de Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, qui appelle à une action forte afin d’éviter le désastre climatique vers lequel on se dirige actuellement. « Nous devrons penser et agir plus "mondialement". Aujourd'hui, ce "sentiment d'identité mondiale" est trop rare », écrit Stiglitz dans Un autre monde : contre le fanatisme du marché.

Tout cela n’est guère réjouissant.

Comment donc raviver ce sens du collectif, ce « sentiment d’identité mondiale » nécessaire à la mise en œuvre de solutions porteuses? Comment fédérer l’humanité? Est-ce seulement possible? Les dirigeants politiques peinent à s’entendre entre eux. Et les grandes entreprises, malgré leurs efforts de responsabilité sociale, ont davantage à cœur la satisfaction de leurs actionnaires… Pourrait-on alors rêver d’un mouvement citoyen qui, tel un creuset fédérateur, serait capable d’aligner dans une même direction les forces vives, sur tous les continents?

Ce qui me semble, aujourd’hui, le plus près de ce mouvement au potentiel rassembleur, c’est le mouvement coopératif. Selon les plus récentes estimations, c’est 12 % de l’humanité – des citoyens ordinaires, comme vous et moi – qui formons ce grand mouvement fédéré sous l’Alliance coopérative internationale (ACI).

Porteur de valeurs collectives, le mouvement coopératif est présent sur tous les continents, il est actif sur tous les marchés et à toutes les échelles. Il me semble donc très qualifié pour incarner cette voix unifiée dont le monde a tant besoin.

Entendons-nous : le mouvement coopératif ne sauvera pas le monde à lui tout seul mais, par sa promotion du leadership collectif et son éthique humaniste, il pourrait certainement incarner cette identité mondiale que l’on doit impérativement retrouver, si l’on veut mettre en place de véritables solutions à l’urgence climatique.

Colette Lebel

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop

colette.lebel@lacoop.coop

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop