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Travailleurs étrangers, le pari de Guy Pouliot

Photo : Guy Pouliot a créé sa propre mini FERME. Il tente de faire venir un autre contingent de travailleurs mexicains pour la récolte de fraises et de framboises.

Île d’Orléans. Guy Pouliot ne croit plus aux chiffres officiels lancés par Ottawa, par FERME ou qui que ce soit sur le nombre de travailleurs étrangers arrivés au Québec. Le producteur de fraises et de framboises a pris le taureau par les cornes et a fondé sa propre agence « Onésime Pouliot Solutions » en décembre dernier.  

Grâce à son agence, il a fait venir 166 travailleurs à bord d’un des deux premiers avions du Mexique à atterrir au Québec, le 11 avril dernier, dont 110 pour son entreprise. Les autres sont destinés à ses partenaires d’affaires.

Son dernier contingent de 37 travailleurs mexicains est arrivé le 9 mai dernier. Ces derniers sont « en quatorzaine ». Pour le moment, il a assez de main-d’œuvre pour faire les plantations et ériger 4 ha de nouveaux abris de champs.

Mais il lui manque à ce jour 93 travailleurs. Ceux-ci sont indispensables. Sans eux, pas de récoltes de fraises possible. Il évalue ses pertes de revenus entre 1,5 M$ et 2 M$. D’où l’angoisse de planter ou non des fraises d’automne maintenant!

« Le building est en feu ! Ottawa nous dit : “Faites-vous-en pas, sautez ! Il y a un coussin.ˮ Le hic, c’est qu’on ne connaît pas l’épaisseur du coussin », explique-t-il.

 

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Photo : L’équilibre financier de la Ferme Onésime Pouliot repose sur les travailleurs mexicains.  

 

Chouchouter ses employés

Dans chaque maison assignée à la quarantaine, Guy Pouliot s’assure que chaque jour un employé de confiance prend la température corporelle des nouveaux arrivés, et pose une série de questions : « Toussez-vous ? Éprouvez-vous de la fatigue ? Avez-vous de la nausée ? Vomissez-vous ? Avez-vous de la difficulté à respirer? »

Guy Pouliot s’inquiète de la santé de ses travailleurs parce que « s’il fallait que la COVID-19 rentre à la ferme et que j’aie 20 ou 30 gars malades, ce serait catastrophique ! ». Et il les chouchoute. Un exemple : la facture d’épicerie à l’intention du premier contingent lui a coûté 28 000 $. Et elle avait quelque chose de spécial. 

« Le patron n’avait pas oublié les tortillas et les jalapenos ! », raconte Israël Luna, 35 ans, qui travaille pour la ferme Onésime depuis 13 ans.

Guy Pouliot a tissé des liens étroits avec ses employés mexicains dont certains agissent comme antenne sur le terrain. C’est grâce à ses contacts qu’il a décidé de fonder sa propre agence.

Chaque année, depuis 2012, il se rend au Mexique en janvier pour interviewer et recruter de nouveaux candidats. Et s’il s’inquiète pour la venue des 93 autres travailleurs parce que « les papiers ne sont pas prêts » dû à la lourdeur bureaucratique et à la pandémie.

 

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Photo : Travailleurs mexicains à pied d’œuvre dans un décor idyllique.

 

Qui sont ces travailleurs ?

« El sol esta congelado! » (le soleil est congelé !), me dit l’un des travailleurs en bordure du champ de fraises qui surplombe le fleuve Saint-Laurent. C’est la pause dîner qui dure une demi-heure.

Ils sont vingt-cinq et ont en moyenne une trentaine d’années, mariés avec des enfants. Ce sont tous des « campesinos », des petits paysans, qui chez eux cultivent un lopin de café, de citrons, ou de maïs.

Ils sont habitués au dur labeur. Leur objectif est de faire de 60 à 65 heures semaine, à 50 heures, ils se plaignent. « C’est que nos salaires ici nous permettent d’acheter une auto, une maison ou une terre », dit Israël Luna.

Cette année est très différente à cause de la COVID-19. On évite le Wal-Mart, le Canadian Tire ou encore un restaurant mexicain à Québec, me dit-on. On sort en nombre très restreint, au Maxi, pour faire l’épicerie.

S’ils ne manquent pas de tortillas, les enfants et la famille leur manquent un peu plus dans ce contexte de pandémie, car leur séjour pour planter et récolter nos fraises et nos framboises dure cinq mois.

 

L’appel aux champs

Guy Pouliot doute de la réponse de l’appel aux champs fait par diverses instances auprès des Québécois. Les généreux programmes du fédéral et du provincial risquent de provoquer le contraire, selon lui. Et il remue ciel et terre pour faire venir le reste de son contingent de travailleurs mexicains.

Nicolas Mesly

QUI EST NICOLAS MESLY
Agronome de formation, il a débuté sa carrière en journalisme agricole avant de devenir attaché de presse et assistant spécial du ministre de l’Agriculture du Canada. Nicolas est retourné au journalisme après avoir été secrétaire commercial à l'ambassade canadienne au Venezuela. Globe-trotter, sa spécialité est de cerner les grands enjeux agroalimentaires et écologiques. 

nicolas@nicolasmesly.com

QUI EST NICOLAS MESLY
Agronome de formation, il a débuté sa carrière en journalisme agricole avant de devenir attaché de presse et assistant spécial du ministre de l’Agriculture du Canada. Nicolas est retourné au journalisme après avoir été secrétaire commercial à l'ambassade canadienne au Venezuela. Globe-trotter, sa spécialité est de cerner les grands enjeux agroalimentaires et écologiques.