La coopération au Pérou, pour enrichir les agriculteurs

par Guylaine Gagnon

Le Coopérateur a été invité par SOCODEVI à participer à une mission d’appui-conseil en communication au Pérou. Résumé de ce périple.

Julio Santos, producteur agricole péruvien, compte au total 2,25 ha de superficie cultivée en quinoa, maïs, pommes de terre et tarwi, un haricot riche en protéines. Il élève aussi une cinquantaine de cochons d’Inde, appelé cuys au Pérou, très prisés dans ce pays pour sa viande.

Pablo Juarez, membre de l'équipe du projet PRODIVCOM,
initiative menée par SOCODEVI au Pérou et Julio Santos,
Producteur de quinoa àSartimbamba.

Bien que l’entreprise de Julio Santos, située à Sartimbamba, dans la région de La Libertad, soit moins grande que la plus petite des fermes québécoises, les défis qu’il doit affronter ne sont toutefois pas si différents de ceux des agriculteurs du Québec : atteindre des rendements élevés; avoir accès à des intrants et fertilisants garantis et à bon prix; obtenir la certification biologique pour sa production de quinoa; maîtriser les insectes et les maladies à un coût raisonnable. Beaucoup de producteurs du Pérou visent à obtenir une certification bio, qui leur assure un marché plus grand et plus lucratif.

Comme au Québec et ailleurs dans le monde, les producteurs péruviens se forment en coopératives pour se donner les moyens de produire et de commercialiser leurs produits. Pour sa part, Julio Santos s’est joint à un groupe de plus de 1000 producteurs, qui ont fondé la Cooperativa Agroecológica Grano Andino.

En fait, ces producteurs s’étaient déjà formés en association – un regroupement qui avait connu quelques échecs. Ils se sont convertis en coopérative pour bénéficier des avantages fiscaux offerts par le gouvernement péruvien et pour avoir accès à plus de marchés pour leurs produits.

Lors d’une rencontre avec le conseil d’administration, dans leurs tout nouveaux locaux, certains producteurs se sont montrés méfiants au début. Une méfiance qui s’est lentement éclipsée, au fur et à mesure des discussions.

Le maire de la ville était aussi présent pour offrir son soutien politique et financier. Il compte payer une partie de la somme que les membres de la coopérative devront verser pour obtenir la certification biologique de leur quinoa.

Olga Layos, dynamique présidente de CEPROVASC

Comme au Québec, la venue d’une coopérative peut être menaçante pour les entreprises privées en place. Dès lors, une certaine concurrence s’installe.

Des visites enrichissantes

Le Coopérateur a visité trois récentes coopératives soutenues par SOCODEVI, en compagnie de Pedro Rodriguez, responsable des communications à SOCODEVI Québec, de Pablo Juarez, membre de l’équipe du projet PRODIVCOM, et de Laura Torres, responsable des communications à SOCODEVI (Lima).

La coopérative de Sartimbamba est la dernière que nous ayons visitée, car elle est la plus éloignée : sept heures de routes sinueuses, la plupart du temps non asphaltées. Bravo à Carlos, un chauffeur expérimenté, qui nous y a conduits!

La Cooperativa Agroecologica Grano Andino, 
située à Sartimbamba, compte plus de 1000
producteurs. Ses secteurs d'acitivé sont
notamment le quinoa, la graine de lin et l'avocat.

À mi-chemin entre la côte et Sartimbamba, l’équipe de la mission a visité la coopérative Markahuamachuco, dans une ville située à 3100 m d’altitude. Cette coopérative compte 570 membres, essentiellement actifs dans la production maraîchère ainsi que de quinoa et de cochons d’Inde. Les élevages de cochons d’Inde sont pour la plupart exploités par des femmes. Une ONG a mis en place des programmes spéciaux pour soutenir ces productrices. La coopérative, elle, s’occupe de développement organisationnel et économique.

L’autre coopérative visitée, CEPROVASC, est la plus proche de la côte du Pacifique. Elle compte 200 membres et est active dans la production de fruits (fruits de la passion, ananas, avocats). Sa proximité avec les marchés facilite la commercialisation de ses produits, dont certains sont en voie d’obtenir la certification biologique. 

La présidente, Olga Layos, manifeste un grand dynamisme. Plusieurs des membres du conseil d’administration sont des femmes, et elles n’hésitent pas à prendre la parole. Elles parlent de la charge de travail qu’une telle organisation exige et souhaitent un suivi régulier. Elles rappellent aussi que, en plus de la coopérative, elles ont toutes une entreprise familiale à gérer!

De bons défis attendent donc les trois coopératives. Elles doivent notamment s’approprier le fonctionnement d’une organisation coopérative, croire en cette nouvelle entité et soutenir les membres, pour qu’ils fournissent des produits de qualité et en tirent le meilleur prix. 

Qu’est-ce que SOCODEVI?

Rencontre du conseil d'administration de CEPROVASC. 
Cette coopérative est située près de la côte Pacifique. Elle
compte 200 membres et est active dans la production de fruits.

SOCODEVI est une organisation de coopération spécialisée dans le développement international. La Coop fédérée et huit coopératives de son réseau en sont membres.

Au Pérou, elle réalise un projet d’appui (PRODIVCOM) à 4000 producteurs et productrices agricoles regroupés au sein d’une vingtaine de coopératives, initiative soutenue financièrement par le gouvernement du Canada et des entreprises privées.

Réjean Lantagne dirige ce projet depuis 2013. « Je crois fermement en la formule coopérative pour améliorer les conditions de vie des familles, dit-il. J’y ai consacré plus de 30 ans de ma vie. L’objectif ultime est d’assurer une croissance économique durable aux membres des coopératives. »

En utilisant la formule coopérative et mutualiste, SOCODEVI s’assure de créer et de distribuer la richesse dans les pays en développement, en favorisant la prise en charge des collectivités.

Dans tous ses projets, elle vise à établir l’égalité entre les hommes et les femmes. Elle fait également la promotion de pratiques agricoles respectueuses de l’environnement.

Depuis 1985, SOCODEVI a travaillé dans 40 pays sur quatre continents, en exécutant plus de 400 projets de développement et en accompagnant 700 organisations et entreprises coopératives.

 

Portrait de Guylaine Gagnon

QUI EST GUYLAINE GAGNON
Guylaine a grandi sur une ferme dans la région de Lanaudière. Intéressée par l’écriture, elle ne croyait pas qu’un jour elle combinerait son métier à celui de ses parents. Embauchée en 1991 comme secrétaire-correctrice, Guylaine a depuis gravi les échelons jusqu’à la fonction de rédactrice en chef du Coopérateur.

guylaine.gagnon@lacoop.coop

 

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