Oser la confiance

par Colette Lebel

Le réseau La Coop est en grande transformation. Plus qu’une simple réorganisation, c’est un coup de barre majeur que notre réseau opère aujourd’hui. À terme, son modèle d’affaires s’en trouvera complètement transformé. Ses composantes seront plus agiles, et ses activités plus efficaces et moins coûteuses. Le nouveau modèle apportera aussi plus de transparence et un meilleur partage des risques au sein du réseau. Bref, on se réinvente et on innove, pour mieux se propulser vers l’avenir.

Mais ne soyons pas naïfs : le parcours ne sera pas un long fleuve tranquille. Chacun aura ses petits démons à affronter. Les employés, les élus, les membres du réseau, tous sont autant de groupes qui peuvent ressentir certaines inquiétudes devant l’ampleur du chantier. On comprend certes les bénéfices pour l’ensemble, mais dans le particulier, quel sera l’impact sur les individus?

Le changement engendre toujours un certain inconfort, un mélange de peur et de méfiance. Normal. Le changement peut être une réelle menace et compromettre notre sécurité. Il nous appartient donc d’en évaluer les risques réels et de décider de la suite à donner. Typiquement, c’est à ce moment que chacun bâtit son propre scénario, selon la confiance qu’il ressent au sein du groupe avec lequel il vit le changement. Si l’on croit que « l’homme est un loup pour l’homme », on a tendance à voir la menace partout et à se replier sur soi. Ce qui n’est pas très constructif. Au contraire, si l’on croit que l’homme est fondamentalement bon et digne de confiance, on accueille plus facilement le changement.

Bien sûr, accorder aux autres sa confiance comporte encore une part de risque, mais de façon générale, reconnaissons que la plupart des gens sont animés de bonnes intentions. En fait, décider de faire confiance, c’est décider de ne pas préjuger l’autre et de lui tendre la main. C’est un geste à priori intuitif, basé sur l’émotion, certes, mais qui s’ancre rapidement dans la raison une fois que l’autre s’est montré digne de confiance. Et puis, de réciprocité en réciprocité, la confiance grandit. C’est là toute la beauté du sentiment de confiance : il naît comme un petit mouvement de balancier, qui, alimenté par un flux incessant de gestes de solidarité les uns envers les autres, prend de jour en jour plus d’amplitude.

Ainsi se tissent, au fil du temps, des liens solides, durables et égalitaires entre les gens qui se font confiance.

Et ainsi s’est développé le réseau La Coop depuis près d’un siècle. Au tout début, une petite poignée de fermiers se sont fait confiance. Mal servis par le marché et peu fortunés, ils ont misé sur l’action collective. Ils ont cru que, ensemble, ils pouvaient reprendre un peu de contrôle sur leur destin économique et améliorer leur sort. N’est-ce pas admirable? Cette foi en l’avenir qu’ont démontrée les premiers coopérateurs devrait nous procurer une grande source d’inspiration, car hélas, de nos jours, la tendance est plutôt de baisser les bras et de se croire impuissant.

Bref, grâce à ces pionniers qui ont eu confiance en leur capacité de changer les choses, le réseau La Coop est aujourd’hui un acteur incontournable dans le paysage canadien. Il s’y est accumulé un capital de confiance qui lui sera précieux dans le parcours vers son nouveau modèle d’affaires et qui lui permettra de réaliser d’autres importants chantiers, notamment celui du maintien de la proximité avec les membres. Car dans ce renouveau marchand, la vie associative devra recevoir une attention particulière.

Or si assez de gens ont confiance en cette vision que les dirigeants du réseau proposent, un point de bascule sera atteint et nous nous rendrons à bon port, prêts pour un autre centenaire. Bien sûr, le risque zéro n’existe pas. Ce n’est pas par hasard que l’on trouve désormais, au nombre des compétences recherchées chez les leaders, la capacité à naviguer dans l’incertitude. Car, oui, rester serein en période de transformation demande une certaine force de caractère. Mais n’est-ce pas là, justement, la grande qualité de ceux qui osent innover?

Portrait de Colette Lebel

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop

0 Commentaires