Derrière le code-barre

par Colette Lebel

Ah, les papayes, les mangues et les ananas! Que ces fruits sont réconfortants! J’en fais de délicieuses salades, lesquelles me font oublier l’hiver qui s’éternise au-dehors, et je me console en attendant nos premières fraises. N’est-il pas prodigieux de retrouver tous ces fruits exotiques sur les étals de nos supermarchés, à si bon prix, en tout temps de l’année?

Eh bien… non, ce n’est pas prodigieux. Dans le sens que ça ne tient pas du prodige. C’est rendu possible seulement parce que les petits producteurs du Sud ne reçoivent que des miettes pour leur travail et qu’ils crèvent de faim. L’affaire n’est pas nouvelle, hélas, mais ce qui est désespérant, en 2019, c’est de constater que la situation, loin de s’améliorer, se détériore. Oxfam a récemment documenté les faits, dans son rapport Derrière le code-barre.

Ce rapport confirme en effet que les géants de la grande distribution retiennent une part sans cesse croissante de l’argent du consommateur, aux dépens des producteurs, qui voient la leur constamment réduite. Pourtant, les exigences à l’endroit de ces derniers deviennent écrasantes : on leur demande de réduire leurs coûts, d’assumer davantage les risques liés à la production agricole et de livrer des produits d’une qualité toujours meilleure. Qui plus est, Oxfam note que la grande distribution a recours à tout un éventail de pratiques commerciales déloyales à l’égard des petits producteurs, afin d’accroître ses profits.

Or, comme si cela ne suffisait pas, les petits producteurs sont aussi coincés en amont de leur production. Le rapport souligne les effets néfastes de la grande consolidation du secteur des intrants agricoles. Seulement trois conglomérats font près de 60 % du chiffre d’affaires mondial pour les semences commerciales et les produits chimiques agricoles. On comprend que les producteurs sont un poids plume dans la négociation. Pris dans un étau, beaucoup abandonnent leur petit lopin de terre et troquent leur métier d’agriculteur pour celui de travailleur agricole employé par une multinationale… qui les exploite à son tour. Tragique destin.

Du côté des supermarchés, Oxfam a réalisé une enquête comparative, afin de voir comment chacun fait des efforts pour améliorer la situation. Parmi les entreprises étudiées, j’en remarque deux qui sont au Québec. Il est évident que, pour les producteurs, ce ne sont pas de véritables partenaires. Oxfam attribue à l’une la note de 17 % pour ses efforts à l’égard des petits producteurs, alors que l’autre se voit attribuer la note de 0 %. Ça ne peut être plus clair.

Il reste cependant une voie qui donne de l’espoir, indique Oxfam. C’est la coopération. Quand les producteurs dépendent des grandes sociétés pour acheminer leurs produits vers les marchés, ils n’obtiennent en moyenne que 4 % du prix payé par le consommateur. Par contre, lorsqu’ils sont organisés en coopératives, ils en touchent environ 26 %. En somme, la meilleure garantie qu'un commercie est véritablement équitable, c'est qu'il soit réalisé par et pour les producteurs.

Que retenir de tout cela? D’abord, que les producteurs porcins d’ici sont bien chanceux de pouvoir compter sur les infrastructures et l’expertise d’Olymel, qui assume, pour eux et à leur bénéfice, l’exportation de leurs produits dans une soixantaine de pays. Ensuite, que l’adhésion des coopérateurs d’ici à la Société coopérative de développement international (SOCODEVI) traduit une solidarité qui a un impact réel dans le quotidien des petits producteurs, puisque c’est justement en soutenant la mise sur pied et le renforcement des coopératives que SOCODEVI accompagne les petits producteurs dans les pays où elle déploie ses projets.

En vérité, les coopératives demeurent le meilleur rempart contre toute forme d’exploitation, car elles permettent aux collectivités de se prendre en charge et de déployer une force commune capable d’affronter les plus puissants… ou mieux encore, de les ignorer, tout simplement. Parce que, c’est connu, on n’est jamais si bien servi que par soi-même.

Portrait de Colette Lebel

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop

0 Commentaires