Action!

par Colette Lebel

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Je termine la lecture du livre La lumière de la terre, de Gaston Michaud. Un coup de cœur.

L’homme, fort de ses 50 ans d’action communautaire, raconte comment la petite municipalité de Racine, en Estrie, s’est transformée par la coopération. En 1996, un rêve collectif : une coopérative d’habitation pour les aînés. En 2003, une réalité : La Brunante, coopérative d’habitation des aînés de Racine. Et aujourd’hui, un constat : les aînés qui demeurent auprès de leur famille et de leurs amis et qui participent à la vie communautaire… vieillissent mieux que les autres! Clin d’œil du conteur : « La coopération est un antidote au vieillissement. »

Je suis touchée par ce témoignage. Au décès de mon père, j’ai cherché en vain une coopérative d’habitation pour ma mère, qui était alors en très bonne santé. Toute la famille étant dispersée géographiquement, il me semblait que le meilleur milieu de vie pour elle, désormais, était une coopérative d’habitation. J’aurais aimé mettre toutes les chances de son côté. Hélas, ma mère est décédée en août dernier, après une lente et cruelle perte de ses facultés cognitives. Je ne saurai jamais si son destin aurait pu être meilleur, mais je crois qu’il nous faut davantage de coopératives comme La Brunante. Notre population étant vieillissante, il y aura bientôt davantage d’aînés que de jeunes, et les besoins seront criants.

« La coopération est un antidote au vieillissement. » C’est une image-choc, certes, mais ce n’est pas dénué de fondement. Un chercheur de l’Université du Québec à Trois-Rivières a démontré que la vie communautaire a un impact positif sur la santé. D’ailleurs, Gaston Michaud a été invité à présenter le cas de La Brunante lors d’une conférence de l’Organisation mondiale de la santé, en septembre 2013. Ce n’est pas rien.

Mais au-delà de l’histoire qu’il nous raconte, c’est l’approche pédagogique de Gaston Michaud qui fait tout l’intérêt de son livre. S’inspirant de sa propre expérience, il propose plusieurs clés pour le développement des collectivités. Des clés toutes simples, qui peuvent servir à n’importe quel groupe désirant réaliser un projet collectif. Y figurent la valorisation des aptitudes des personnes en présence, la construction d’une mémoire collective, le développement de rituels festifs, la prise de décision au plus près de l’exécution, l’accès à des lieux d’échange convenables, une communication transparente et, surtout, le recours à ses propres moyens avant toute demande d’aide externe.

Si Gaston Michaud est un excellent vulgarisateur, c’est aussi un homme de terrain. Il met lui-même la main à la pâte et, manifestement, s’en trouve transformé. Il devient un témoin privilégié du pouvoir transformateur de la coopération. Il raconte comment les gens de Racine, s’y incluant lui-même, sont devenus architectes, entrepreneurs, leaders, simplement parce qu’on leur a un jour demandé… de l’aide! « On n’aide pas quelqu’un par ce qu’on lui donne, mais par ce qu’on ose lui demander », remarque-t-il avec sagesse.

Bref, l’homme donne envie d’agir. Et il a bien raison : cessons d’attendre ceci ou cela. Il nous manquera toujours quelque chose. Commençons avec nos propres atouts. Partageons nos rêves d’un monde meilleur, sans autocensure pudique. Aux problèmes globaux, il faudra bien proposer des réponses collectives. N’attendons pas. Il y a déjà, dans le nous collectif, tout un potentiel à utiliser.

Je partage avec Gaston Michaud une grande estime pour feu Albert Jacquard, qu’il cite très pertinemment : « Le tout n’est pas seulement la somme des parties. […] Dans la mesure où les hommes sont en interaction, cette humanité manifeste des pouvoirs propres dont ne dispose aucun individu, et qui apparaissent du fait même de leur intégration en un ensemble. » Or, c’est exactement ce que s’applique aujourd’hui à comprendre et à modéliser la science de la complexité. On en retient que la coopération, parce qu’elle met en relation les uns et les autres, agit comme un creuset d’où, par quelque merveilleux tour d’alchimie, émerge de l’inattendu, de l’inespéré. On serait fou de s’en passer.

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Portrait de Colette Lebel

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop

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