La génération du NOUS

par Colette Lebel

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Ah, que le temps passe vite! On commençait à bien comprendre les représentants de la génération Y, le monde du travail avait pris bonne note de leur profil distinctif pour mieux les attirer et les retenir en entreprise, et voilà qu’on nous annonce l’arrivée imminente d’une nouvelle génération, les Z.

Mais qui donc sont ces nouveaux venus et comment pourra-t-on les attirer? Bonne nouvelle : les enquêtes réalisées auprès des Z indiquent qu’ils seront, tenez-vous bien, la génération du « nous »!

Précisons d’abord qui est qui. Les Y sont nés entre 1981 et 1994; les Z, entre 1995 et 2010. En fait, les générations Y et Z présentent toutes deux des caractéristiques qui les portent logiquement vers les coopératives : elles privilégient le bien commun, la collaboration et l’engagement social. Mais une étude comparative réalisée par l’agence de publicité Sparks & Honey apporte quelques nuances intéressantes. On y découvre une génération Z clairement ouverte et altruiste. En effet, 60 % des jeunes de cette génération veulent contribuer à changer le monde, contre seulement 39 % chez les Y. On les dira peut-être rêveurs, ces Z, mais qu’on ne s’y trompe pas, ils sont aussi dans l’action : plus du quart des répondants de cette génération sont déjà engagés dans du bénévolat.

On constate également que l’argent a moins d’importance pour les Z. Leurs premières motivations sont les défis, un climat de travail agréable et des occasions de collaboration. « Le salaire vient après ces considérations », rapportait Émilie Trempe, de Proxima Centauri, lors d’une conférence. C’est aussi ce que conclut une autre étude, menée cette fois par Millennial Branding : l’argent ne motivera que 28 % des Z à travailler plus fort, en comparaison de 42 % des Y… Pour les attirer, les entreprises auront donc avantage à soigner leur culture organisationnelle.

Le cabinet-conseil Randstad Canada s’est aussi intéressé aux caractéristiques de cette génération montante et a réalisé son propre sondage. Questionnés sur le milieu de travail qu’ils désirent, 87 % des Z ont dit qu’il était important pour eux que leur employeur (actuel ou futur) redonne à la collectivité. Et comment une entreprise devrait-elle redonner à la collectivité? leur a-t-on demandé. En créant de nouveaux emplois localement, bien plus qu’en versant des dons en argent, ont-ils répondu.

Manifestement, les enjeux sociaux sont au cœur des préoccupations des jeunes de la génération Z. Il faut dire qu’ils ont grandi dans un environnement caractérisé par le chaos, l’ambigüité, la volatilité. Ils ont évolué dans un monde hétérogène où, depuis leur passage sur les bancs d’école, ils se sont ouverts à la diversité culturelle. Ils ont été témoins d’une récession et ils ont vu la génération précédente coincée dans le phénomène Tanguy. Devant tout cela, ils ont élaboré des mécanismes d’adaptation. Or le collectif est, pour eux, une réponse. Une réponse à leur quête de sens, mais aussi, de manière pragmatique, une solution à leurs problèmes. En somme, la génération Z devrait se plaire en milieu coopératif.

Le véritable défi, pour nous, sera de trouver la bonne façon de leur présenter notre modèle d’entreprise. Comment leur faire connaître ce modèle complexe, avec ses caractéristiques particulières et ses valeurs et principes bien définis… en moins de 140 caractères? Car la technologie et l’instantanéité qui ont fait la joie des enfants Z ont aussi eu des effets pervers. À cet égard, le rapport de Sparks & Honey révèle que les jeunes de la génération Z présentent une fenêtre d’attention réduite et que 11 % d’entre eux souffrent carrément d’un syndrome de déficit d’attention. Bref, quand on voudra attirer les Z dans nos coopératives, on aura avantage à être clair, bref et précis. Bel exercice de synthèse en perspective. Puisse-t-il avoir le mérite de nous ramener… à l’essentiel!

 

Portrait de Colette Lebel

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop

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