Vous avez dit agriculture? Je dis production bovine!

par Bruno Langlois

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Pour commencer, un jeu… Que pensez-vous des trois affirmations suivantes?

« Les évènements futurs deviennent le passé dès qu’ils se réalisent [par exemple, dans un mois, je parlerai au passé des vêlages qui auront lieu la semaine prochaine].  Or, on dit que le passé est garant de l’avenir. Donc, on peut affirmer que les évènements futurs qui se réalisent un jour garantissent l’avenir. » Logique, n’est-ce pas?

Appliquons le concept au monde agricole. « Les personnes qui s’établiront en agriculture au cours des cinq prochaines années deviendront des producteurs agricoles. Or ce sont les producteurs agricoles qui garantissent une part importante de l’avenir de ce secteur d’activité. Il est donc vrai de dire que les personnes qui s’établiront d’ici cinq ans garantiront une part importante de l’avenir de ce secteur d’activité. » Toujours aussi logique.

À bien y songer, une forte proportion de la valeur de revente des entreprises actuelles est en relation directe avec l’intérêt des futurs producteurs. L’avenir sera plus facilement prometteur si leur enthousiasme est élevé.

Quelle production choisir?

Vers quelle production ces aspirants se dirigeront-ils? Ce sera une question de goût et de perception, de moyens financiers, de mise de fonds initiale, et de temps disponible par rapport au temps nécessaire. Voyons comment se comporte la production bovine sur cet échiquier, particulièrement le secteur vaches-veaux.

Parmi les avantages, on retrouve une charge de travail répartie presque uniformément tout au long de l’année, de faibles investissements en infrastructures et machinerie, une mise en marché facile et efficace, une grande capacité à valoriser des terres ou des aliments moins recherchés par d’autres secteurs, une productivité liée assez faiblement aux conditions climatiques mais fortement à la qualité des sols, et, enfin, une possibilité d’apprentissage graduel (petit troupeau de départ qui prend de l’expansion).

Très peu de productions offrent autant de flexibilité. On peut « installer » 30 vaches sur une terre de moins de 30 hectares avec très peu d’équipements : un tracteur muni d’un chargeur, un hache-paille et une remorque à fumier. Bien sûr, on ne vit pas avec 30 vaches (pas plus qu’avec 30 hectares de céréales, maïs ou soya) et il faudrait acheter tout le fourrage pour l’hivernement, mais le bilan des opérations pourrait être positif, même avec un si petit troupeau. Plus encore, le troupeau demeure monnayable en tout temps. Ces caractéristiques expliquent en bonne partie pourquoi autant de non-exploitants agricoles communiquent avec nous pour en apprendre davantage sur le « bœuf ».

Pour ceux qui croient que j’exagère et qu’un troupeau vaches-veaux ne peut pas concurrencer ou compléter les grandes cultures, rappelons que le Nebraska est le troisième État producteur de maïs aux États-Unis et le quatrième pour le cheptel de vaches de boucherie!

Quant aux inconvénients, ils sont peu nombreux, mais de taille! Le premier est un rendement de l’investissement positif, mais mince. Le deuxième est la faible productivité zootechnique, liée au fait qu’une vache ne produit qu’un seul veau par année, mais aussi au manque d’application courante de certaines techniques. Les améliorations sont cependant possibles et offrent un excellent potentiel en matière de résultats technicoéconomiques.

Mais le principal inconvénient, c’est souvent l’image : rentabilité nulle, trop de travail par rapport aux revenus, aucun plaisir à exercer ce métier, etc. Difficile alors d’intéresser une relève potentielle. Pourtant, je rencontre chaque semaine de nombreux producteurs bovins heureux de leur choix de carrière et qui obtiennent année après année des résultats financiers intéressants. Les moyens de renverser la vapeur existent donc; il ne s’agit que de s’attaquer à la tâche.

Lorsqu’on me demande ce que je pense de l’avenir de l’agriculture, je réponds le plus sérieusement du monde qu’il passera de manière importante par l’établissement futur de nombreuses entreprises bovines. Si on en parle tous positivement et avec fierté, ce sera encore plus facile. Soyons prêts à accueillir agréablement les nouvelles recrues.

Bonne réflexion!

Portrait de Bruno Langlois

QUI EST BRUNO LANGLOIS
Agronome et passionné de production bovine, Bruno détient une solide expérience de plus de trente-cinq ans en productions animales. Il est conseiller spécialisé en production bovine à La Coop fédérée.

bruno.langlois@lacoop.coop

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