Quand réflexe et réflexion s’opposent

par Bruno Langlois

Pour assurer leur survie, la plupart des êtres vivants ont acquis des réflexes. Notre ami Larousse définit ainsi ce mot : « Réponse motrice inconsciente ou involontaire provoquée par une stimulation sensitive ou sensorielle. Réaction très rapide, anticipant toute réflexion, en présence d’un évènement. »

Dans la majorité des cas, les réflexes sont bénéfiques – par exemple, quand on trébuche, ou encore quand une partie de notre corps est exposée à une chaleur excessive. Mais il peut arriver qu’une réponse trop rapide et sans réflexion provoque une situation bien pire. Un exemple? Vous roulez sur la route. Soudain, un animal surgit devant vous, à votre droite. La collision vous semble inévitable. Vous braquez à gauche pour l’éviter. Vous déviez sur la voie opposée, qui, malheureusement, n’était pas libre. Je vous laisse imaginer la suite.

Pourquoi est-ce que je vous parle de ça? Tout simplement parce que la pénurie de fourrages sur une grande partie du territoire québécois et de l’Est ontarien au cours de la saison estivale 2018 semble avoir déclenché certains réflexes de survie chez de nombreux éleveurs vaches-veaux : trouver du fourrage coûte que coûte (recherche de champs « à l’abandon »), diminuer les dépenses en fonction d’achats de fourrages à venir (à hauts prix), vente immédiate d’une partie importante du troupeau, etc.

Est-ce que ces réactions bien normales quand les pâturages sont déjà « brûlés » au 20 juillet et que la première coupe peine à atteindre une valeur de 60 % de son volume moyen historique vont vraiment sauver une entreprise? Ou la placeront-elles plutôt dans une situation encore plus précaire?

Les fourrages servis aux vaches en fin d’été, à l’automne et au cours de l’hiver vont-ils permettre de maintenir l’efficacité reproductive de celles-ci, et ainsi d’éviter d’étirer le mal sur deux ou trois ans? Le revenu à court terme sera-t-il là grâce au maintien du gain et de l’apparence des veaux? Bref, est-ce qu’il y a (ou y aurait eu) moyen de faire autrement?  

Par exemple, ai-je bien identifié mes vaches non gestantes dès la fin de la saison de reproduction? Ai-je examiné les techniques d’alimentation à la dérobée, de sevrage hâtif? Ai-je présentement un programme alimentaire adapté à ma situation pour l’hivernement de mon troupeau, et qui me permettra d’optimiser l’utilisation de mon stock de fourrages tout en respectant mes capacités financières?

 

Réfléchir, agir et… prévenir

Toutes ces questions permettent de constater que, vu le risque à peu près nul pour une entreprise de passer de vie à trépas en une fraction de seconde, l’utilisation de réflexes de survie (réactions rapides sans réflexion préalable) des êtres vivants est inutile, et même potentiellement risquée, lorsqu’on les applique aux décisions concernant le troupeau.

Face à des situations menaçantes, il faut bien évidemment agir, la pensée magique étant la pire solution. Cependant, avant d’agir, une réflexion s’impose. Dans un grand nombre de cas, une discussion avec un conseiller pourrait faire germer des idées sortant du cadre habituel, voire allant tout à fait à l’opposé de votre réflexe.

Le conseiller pourrait même vous parler de prévention pour l’avenir. C’est donc ce que je vous propose pour cet hiver : contactez votre expert-conseil Opti Bœuf pour en savoir plus sur les stratégies à mettre en place en cas de pénurie de fourrages.

En terminant, je vous laisse sur une définition du mot « réflexion » : « Qualité de celui qui évite la hâte et la précipitation dans ses décisions, mais qui examine toutes les solutions potentielles. »

Portrait de Bruno Langlois

QUI EST BRUNO LANGLOIS
Agronome et passionné de production bovine, Bruno détient une solide expérience de plus de trente-cinq ans en productions animales. Il est conseiller spécialisé en production bovine à La Coop fédérée.

bruno.langlois@lacoop.coop

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