Qui a peur du PTP?

par Denis Richard - Président

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Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Ce vieux dicton prend tout son sens cette année, puisque après un été dont le début, froid et pluvieux, n’annonçait rien de bon, la saison des récoltes a finalement été bonne.

Et les échos que j’en ai eus annoncent de bons rendements en soya ainsi que des résultats plus que satisfaisants dans le maïs, sans compter que les fourrages ont été abondants et de qualité.

Il y a de vieux producteurs qui disent que le beau temps que l’on n’a pas eu au printemps nous est généralement redonné à l’automne, puisque la nature cherche l’équilibre. Espérons que malgré les dérèglements climatiques, cet adage restera vrai à l’avenir.

Ce mois-ci, l’actualité ne me laisse pas vraiment le choix du thème éditorial, puisque la conclusion des négociations du Partenariat transpacifique (PTP) s’impose comme le sujet de l’heure.

Après tout, il s’agit du plus important accord commercial multilatéral depuis la mise en place de l’Organisation mondiale du commerce. Le PTP, c’est l’accès à 800 millions de consommateurs (40 % du PIB mondial), dans la zone du globe qui connaît la plus forte croissance économique.

Beaucoup d’occasions d’affaires donc pour l’ensemble des secteurs économiques, y compris plusieurs secteurs agricoles canadiens. Mais le PTP, c’était aussi la plus immédiate menace au maintien de l’intégrité de nos systèmes sous gestion de l’offre.

Entre nous, je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais il n’y a rien de pire que d’être dans l’expectative, dans le noir, et de s’attendre au pire. La Coop fédérée l’a dit : « Il aurait été souhaitable que le Partenariat transpacifique soit conclu en protégeant intégralement la gestion de l’offre », surtout que des concessions importantes avaient déjà été consenties dans l’Accord économique et commercial global, intervenu avec l’Europe.

Maintenant au moins, on sait à quoi s’en tenir et on peut être confiant en l’avenir de la gestion de l’offre… dans la mesure où le gouvernement canadien prendra les mesures nécessaires pour assurer un contrôle rigoureux aux frontières.

Bien entendu, des concessions ont été consenties – ce qui était, à mon avis, inévitable. Mais l’impact négatif de celles-ci pourrait être mitigé si le gouvernement assume pleinement sa souveraineté aux frontières afin de contrer les importations qui, sans être illégales, contournent les protections mises en place.

Dans la volaille, les mesures annoncées, concernant un meilleur contrôle aux frontières, semblent satisfaire l’industrie. Dans le secteur laitier, l’engagement à faire respecter des normes fromagères – plus contraignantes – pour contrer l’importation de protéines laitières est un pas dans la bonne direction, mais ce n’est pas suffisant. Il est pressant que cet enjeu soit résolu.

Vous savez, en économie de marché, la croissance est essentielle à la survie des entreprises. On dit généralement que le statu quo équivaut dans les faits à un recul.

On le constate déjà : des entreprises agricoles profitent de la disponibilité accrue de quotas pour croître et se positionner dans un nouvel environnement d’affaires qui, inévitablement, mettra une pression à la baisse sur les marges à la ferme.

Globalement, des équilibres se referont, et l’agriculture québécoise et canadienne a plusieurs atouts en main pour en sortir gagnante.

Je le dis souvent, la coopération agricole n’a pas la prétention d’être la solution à tous nos problèmes, mais elle a assurément celle de faire partie des solutions.

Je peux vous assurer que, partout au Québec, les discussions vont bon train entre les coopératives autour de regroupements éventuels et de nos modèles d’affaires, afin de gagner en efficacité et en masse critique – tout comme vous cherchez à le faire dans vos fermes pour être mieux en mesure de combler vos besoins.

Le mouvement coopératif agricole du Québec est plus que centenaire. Il a toujours su s’adapter pour être le partenaire d’affaires privilégié d’une majorité de producteurs agricoles du Québec. S’il a su le faire hier, il saura le faire demain.

Sur ce, je vous laisse à vos réflexions et je retourne à mes récoltes!

Portrait de Denis Richard - Président

QUI EST DENIS RICHARD
Siégeant au conseil d'administration de La Coop fédérée depuis 1993, Denis Richard y assume la présidence depuis février 2003. Producteur agricole depuis 1979, M. Richard exploite une entreprise à Leclercville comptant 400 hectares de terre et dédiée exclusivement à la céréaliculture.

denis.richard@lacoop.coop

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