ALÉNA : ronde aux progrès modestes

par Pierre-Philippe Lambert

Les négociations se sont soldées hier à Mexico, après sept jours de pourparlers, sur près de 30 tables de négociations.

Après cinq rondes de négociations, soit l’équivalent de 29 jours formels de pourparlers, les pays à la table de négociations retournent à la maison les mains vides. Très peu de progrès réalisés dans cette ronde qui pourrait être qualifié par les optimistes de « Ronde aux progrès modestes ».

Les positions américaines sont pour la plupart impénétrables, selon les négociateurs et experts du Canada et du Mexique, et rendent l’achèvement d’un accord commercial équitable une quasi-fiction. Et ce, malgré les tentatives du Mexique et du Canada de trouver des solutions mitoyennes aux demandes exubérantes américaines.


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Cette ronde était un moment de pivot dans la renégociation, notamment car elle est la première rencontre sans la présence des ministres, et car l’absence de progrès substantiel pourrait compromettre le calendrier des négociations à venir. On se rappelle que les États-Unis et le Mexique doivent terminer ces dernières avant leurs élections respectives, qui commencent, dans le cas du Mexique, au début du printemps. 

Au chapitre agricole, les intentions se sont précisées davantage lors de la dernière semaine. Les Américains ont publié leurs objectifs vendredi, dont un en particulier qui appelle à éliminer tous les tarifs douaniers à l’importation, quels qu’ils soient, dans les productions agricoles canadiennes. C’est une attaque sans équivoque sur la gestion de l’offre qu’ils veulent voir abolie.

On constate aussi, au fur et à mesure que les rondes se succèdent, qu’aux yeux des Américains, la table agricole a une seule vraie mission, soit celle de démanteler le modèle canadien.

Cependant, à ce jour, les prétentions américaines ne se sont pas soldées par des mesures ou des demandes concrètes. Il y a tellement de résistance aux États-Unis : les gouverneurs des États, les législateurs à Capitol Hill et des industriels agricoles américains implorent l’administration Trump de ne pas mettre en péril l’agriculture américaine. Ces derniers considèrent qu’un retrait de l’ALÉNA aurait des répercussions désastreuses sur l’agriculture et l’économie d’une quinzaine d’États, qui ont tous ironiquement voté pour le président Trump. 

Du côté des négociateurs canadiens, on insiste sur le fait que cette position américaine est totalement inacceptable. La directive de la sphère politique aux négociateurs canadiens est simple : le modèle de gestion de l’offre est là pour rester. Aucun compromis à ce niveau.

Du côté de la dynamique, il est certain que l’achèvement probable d’un accord transpacifique irrite la délégation de négociateurs américains. Le fait que le Canada et le Mexique sont en pourparlers, parallèlement aux discussions de l’ALÉNA, met une pression somme toute rare sur une équipe habile et habituée à être au-devant des enjeux commerciaux de ses partenaires.

La prochaine ronde se déroulera à Montréal, du 23 au 28 janvier, mais les négociateurs se rencontreront au milieu du mois de décembre afin de faire avancer le plus de dossiers possible.

Portrait de Pierre-Philippe Lambert

QUI EST PIERRE-PHILIPPE LAMBERT
Pierre-Philippe est avocat et travaille comme conseiller, secrétariat et affaires gouvernementales à La Coop fédérée. Diplômé en droit de l'Université d'Ottawa et en sciences politiques de l'Université Concordia, il a également travaillé au gouvernement fédéral comme directeur des affaires parlementaires et de la gestion des enjeux et comme conseiller au ministre au Bureau des Affaires gouvernementales.

pierre-philippe.lambert@lacoop.coop 

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