Le film à succès de la Ferme Athanase!

par Étienne Gosselin

Photo : Louisette Morneau et Jean-Philippe Fortin font deux tournées quotidiennes dans la porcherie, espacées de 12 heures chacune.

Toutes les sept semaines, Louisette Morneau et son fils Jean-Philippe Fortin démarrent en pouponnière un sprint contre la montre pour ajouter des kilos de chair, soustraire des jours et économiser de l’aliment. C’est le synopsis pour mettre en scène des porcelets rapides et vigoureux!

Deux fois par jour, à 12 heures d’écart, l’éleveur ou sa mère pénètre dans leur bâtiment pour un temps quotidien de trois heures. L’objectif : faire bouger dans chaque chambre les 24 porcelets par parc pour repérer les blessés, les malades et les maigrichons, aussitôt isolés dans un parc-hôpital. Si la procédure allonge le temps de soins aux animaux, elle en vaut la chandelle.

Le secret du succès de la Ferme Athanase : être présent pour capter les signaux. « Des paupières baissées, des tremblements, de la fièvre », énumère Louisette, qui a un sens de l’observation bien aiguisé, « comme les femmes l’ont bien davantage que les hommes », estime Jean-Philippe.

Confrontée à des bénéfices en baisse, la Ferme Athanase a choisi sa bataille en 2008. La maternité, vieillissante et trop petite avec ses 50 truies, a été mise au rancart. Le choix s’est porté vers un atelier porcin spécialisé en pouponnière comprenant quatre chambres identiques.

Louisette Morneau et son conjoint, Jean-Marie Fortin, ont préféré élever annuellement 16 500 cochonnets, d’un poids de 5 à 32 kg en mode tout plein, tout vide.

Avec leurs 2750 porcelets-places, le couple permettait à Jean-Philippe de travailler à la pouponnière pendant que son frère Stéphane s’occupait des 120 vaches de boucherie.

Les Morneau-Fortin tiennent en joue l’ennemi invisible : en trois jours, avec deux laveuses à pression, ils lavent, savonnent, rincent et désinfectent au canon à mousse leur bâtiment encastré dans la végétation de Saint-Aubert, à une dizaine de kilomètres de la porcherie la plus proche.

Le séchage et le vide sanitaire de quatre jours entre les lots diminuent fortement la charge virale et bactérienne.

Les prochains tout-petits sont regroupés selon leur taille en trois catégories : petits, moyens et gros. « Cette pratique est cruciale pour un bon démarrage, explique Jean-Philippe. Avec un bon triage, on limite la compétition. On passe donc une grosse journée à classer les porcelets, ce qui réduit le nombre de décrocheurs qui ne suivent pas la courbe de croissance visée. »

 

Trio « efficacité »

En janvier 2018, l’entreprise a remporté un Groin d’argent pour la meilleure productivité en pouponnière, soit un indice d’efficacité en pouponnière (IEP) de 144,87.

Cet indice combine trois critères : la conversion alimentaire (CA; 45 % des points), le gain moyen quotidien (GMQ) technique (32 %) et les pertes de porcelets (mortalité et sélection; 23 %).

À 1,36 kg d’aliment consommé par kilo de gain, la ferme obtient un succès retentissant. À chaque bande, le défi est de veiller à ce que les mangeoires laissent échapper un débit de moulée ni trop grand ni trop faible.

On veut de l’aliment frais, sans gaspillage. « Il faut voir en permanence 60 à 70 % du fond de la trémie », dit Guy Duval, directeur de la production porcine d'Avantis Coopérative et conseiller technique de la ferme.

« Les gens de la Ferme Athanase ne laissent rien au hasard », estime Guy Duval. « Ce sont des bijoux de producteurs, avec qui on entretient une belle complicité », confirme Jean Brochu, vétérinaire qui officie à la ferme.

Pour garder les animaux en bonne santé et maintenir les performances, un seul mot : prévention.

L’entrée danoise est scrupuleusement respectée, les porcelets sont vaccinés (par injection et par l’eau d’abreuvement), et les animaux morts sont déposés dans un bac, qu’on sort par l’arrière de la porcherie pour aller le vider au site du troupeau bovin, à deux kilomètres du site porcin, afin de tenir à distance le camion de l’équarrisseur.

Quant au transporteur d’animaux, à l’arrivée, il ne peut déposer le pied au sol avec ses bottes potentiellement porteuses de germes. Il change donc de chaussures sur un marchepied métallique que Jean-Philippe lavera et désinfectera à son départ.

Et à ceux qui penseront que les porcelets de la Ferme Athanase sont sursélectionnés, alimentés différemment ou d’une génétique extravagante, on peut répondre que la maternité d’où viennent les cochonnets, la Ferme Carmel (d'Avantis Coopérative), sèvre annuellement en moyenne 27 porcelets par truie productive. « La Ferme Athanase n’achète pas sa bonne performance », assure Guy Duval.

 

Jadis, les antibiotiques

Depuis 2012, la Ferme Athanase ne traite plus le troupeau en entier avec le médicamenteur. Quand sévit la diarrhée, les producteurs traitent individuellement les souffrants en les isolant dans le parc-hôpital et distribuent un peu d’amidon de pomme de terre dans l’auge. Cet ingrédient solidifie les selles sans engendrer d’antibiorésistance.

L’eau est analysée tous les jours, et on l’additionne d’acide citrique pour l’obtention d’un pH de 4,5 à 5. En moyenne, un porc boit quotidiennement 10 % de son poids ou 2,5 fois la quantité d’aliments ingérée. On oublie souvent l’eau, sa qualité, sa quantité, son importance… Mais ce n’est pas le cas des Morneau-Fortin!

Portrait de Étienne Gosselin

QUI EST ÉTIENNE GOSSELIN
Étienne collabore au Coopérateur depuis 2007. Agronome et détenteur d’une maîtrise en économie rurale, il œuvre comme pigiste dans la presse écrite et électronique. Il habite Stanbridge East, dans les Cantons-de-l’Est.

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