François Poirier : Passion pur sang

par Patrick Dupuis

Actif auprès des Producteurs de bovins du Québec (PBQ), François Poirier travaille fort à garder bien en vie l’élevage vaches-veaux. « C’est une production difficile », admet ce fervent éleveur d’un troupeau de 240 vaches de boucherie, à Sainte-Agathe-de-Lotbinière. Difficile, oui, mais dans laquelle il fonde beaucoup d’espoir.

François siège aux comités Veaux d’embouche et Coûts de production des PBQ. Il est préoccupé par le fait que le cheptel québécois ne compte aujourd’hui que 150 000 vaches, alors qu’il était de 242 000 têtes en 2007. Le troupeau moyen se compose de 60 animaux.

François veut stopper l’hémorragie. Il le fait en sensibilisant son milieu à l’importance d’atteindre de bons résultats techniques et la rentabilité – des réalités auxquelles les producteurs ne peuvent plus se soustraire. Mais aussi en militant en faveur d’une meilleure occupation du territoire, d’une remise en production des terres en friche un peu partout au Québec et d’une production de bœuf d’ici, « d’une qualité qui n’a rien à envier à ce qui nous provient d’ailleurs », dit-il.

Choisir les Charolais

Comme ses multiples bannières d’exposition en témoignent, François n’en est pas à ses débuts avec cette race – dont les premiers sujets élevés au Québec sont arrivés de France en 1967.

Les Charolais l’ont séduit quand son père acheta, en 1977, une taure et un taureau de cette race, qui donnèrent naissance à une première vache. Le modèle d’affaires de François s’appuie sur un troupeau constitué de deux parties. La première est composée de sujets de race pure, destinés à l’élevage de taureaux de génétique supérieure; la seconde, de vaches croisées, ce qui lui permet de vendre des veaux commerciaux. Les taureaux adultes pèsent en moyenne 1100 kg (2420 lb), et les femelles 700 kg.

Pour François, il n’y a pas de race parfaite, mais une race (ou un croisement) qui convient à chacun – et il a trouvé la sienne! Selon lui, la race charolaise se distingue de trois façons au moins : une musculature prononcée, un tempérament doux et une mise en marché facile.

Vêlages

François répartit les vêlages de son troupeau dans trois périodes de l’année, ce qui lui évite d’être tributaire d’un seul prix.

Le troupeau de race pure vêle de la mi-novembre au début janvier. Lorsqu’ils n’ont pas encore tout à fait 12 mois, les meilleurs mâles sont expédiés à la Station génétique de Beauce, à Saint-Martin, vers le 20 septembre. Ils y subiront les épreuves de classement et trouveront preneur auprès d’éleveurs vaches-veaux appréciant la génétique supérieure.

Puis, début juin, une soixantaine de vaches croisées (deux ou trois races) mettent bas, et autant en septembre.

La race charolaise n’est pas réputée pour sa facilité de vêlage. Même si François demeure vigilant durant cette période, il intervient le moins possible. Il sélectionne les bêtes pour obtenir des veaux de 45 à 50 kg, un poids adapté au gabarit de ses vaches.

Il est important que les périodes de vêlage n’entrent pas en conflit avec la saison des sucres. En effet, en plus du troupeau et des terres en culture, la ferme exploite une érablière de 18 000 entailles et un boisé.

Mise en marché

Une fois sélectionnés les mâles destinés à la station et les femelles destinées au remplacement du troupeau, les autres veaux sont vendus à l’encan spécialisé de Saint-Isidore. François les met en marché jeunes, au poids de 320 à 340 kg par lot de 30 à 40 veaux.

« L’uniformité des veaux à l’entrée en parc est déterminante, explique l’agronome Jessica Guay-Jolicœur, experte-conseil Opti Bœuf. Les acheteurs cherchent des sujets assez larges, dotés d’une bonne longueur de longe et de stature moyenne, ce qui assure généralement une meilleure capacité d’engraissement. »

François attribue son succès, entre autres, à la fragmentation de ses marchés, à la sélection de ses meilleurs sujets pour la station d’épreuves et à l’insémination à l’aide de taureaux de haut statut génétique. Le soutien de l’ASRA demeure un incontournable dans ce marché soumis aux aléas des fluctuations de prix.

Le prix des intrants, celui du bouvillon d’abattage et le taux de change influencent les revenus et la rentabilité de l’entreprise. « Le prix du bœuf est décidé à la Bourse », souligne François, qui rappelle la nécessité de réduire les coûts de production des entreprises.

François aime s’entourer de personnes passionnées et compétentes, et il n’hésite pas à suivre leurs recommandations – même s’il peut être sceptique parfois – et à essayer de nouvelles choses : produits, cultures, programmes alimentaires adaptés aux groupes d’animaux afin d’optimiser les performances, etc.

Visionnaire, il accueille depuis deux ans des étudiants en agriculture de l’Université Laval. Ces derniers prennent conscience de la réalité du terrain, et François leur transmet généreusement ses connaissances. « Ils posent de bonnes questions, dit-il. Ce sont nos futurs professionnels. Il faut leur ouvrir nos portes. »

Vous pouvez lire la version complète de ce reportage dans l'édition papier du Coopérateur, édition de janvier-février.

Portrait de Patrick Dupuis

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

patrick.dupuis@lacoop.coop

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