Ferme Oscar Daigle : traire les vaches, extraire les données

par Étienne Gosselin

Photo : Les cousins Éric et Marcel font preuve de débrouillardise et d’autonomie, car leur entreprise est située près d’Edmundston, loin des fournisseurs, dans une région surtout reconnue pour la foresterie.

Éric et Marcel Daigle maximisent l’utilisation des données de trois robots de traite et d’un analyseur de lait, car les petits détails font les grandes différences financières. Un conseil qui vient du Nord-Ouest néo-brunswickois!

Les choses ont bien changé depuis l’époque où les Daigle exploitaient une étable et un couvoir, « Le Poulailler des Aigles », incendié en 1956. L’entreprise s’est recentrée sur la production laitière, mais n’a jamais cessé de se moderniser, mettant en fonction cinq configurations différentes de salle de traite.

En 2014, l’étable a été agrandie et modernisée, « pour en finir avec le neuf dans du vieux », dit Marcel. Un chantier de 2,2 millions $. 

Dans l’étable, une section aménagée fait le bonheur du vacher et du vétérinaire, avec sa cage de contention basculante, où l’on peut tailler les onglons et faire des examens médicaux en toute sécurité.

Une source lumineuse éclaire même le périmètre, comme dans une salle d’opération! À deux pas, dans l’antichambre du premier robot, un second bureau de gestion se trouve encore plus proche de l’action : c’est le poste de commandement! Pharmacie, matériel pour inséminer, analyseur de lait, poste informatique et même un antique « cadran de régie » – tout est regroupé et accessible, bottes de caoutchouc aux pieds. C’est par ce robot que les vaches ayant récemment vêlé passent pour donner leur colostrum.

Pour faciliter la transition, les producteurs ont permis l’accès aux mangeoires des robots durant deux semaines, distribuant deux kilos d’aliment pour attirer les productrices. Huit vaches sur 10 s’y rendaient spontanément à la fin de cette prétransition.

Les animaux en première lactation ont été regroupés dans le même enclos pour ne pas subir la domination des vaches plus vieilles. Enfin, plus de six mois avant l’amorce des travaux, Éric utilisait déjà de la semence Robot Ready, de Semex EastGen, qui provient de taureaux sélectionnés pour la vitesse de traite et la conformation du pis et des trayons.

On a prévu 70 stalles par robot et un espace suffisant pour installer un quatrième automate en cas d’agrandissement. Le nombre magique de vaches par robot, selon Éric, est de 60. Au-delà, c’est l’engorgement. Les consignes de traite sont ajustées selon la production de chaque animal. 

La moyenne est aujourd’hui de 2,7 traites par jour – contre 2 sans les robots –, ce qui génère quotidiennement quatre litres de lait de plus par vache. Sous l’effet de la moulée offerte au robot et de l’introduction du maïs-ensilage, le gras produit s’est apprécié, passant de 3,8 à 4,5 %.

Mégadonnées en quantité

Les investissements sont colossaux. Ils doivent rapporter. « Les données en temps réel, je ne pourrais plus m’en passer, assure Éric. Je prends plus de décisions par moi-même, ce qui a pour résultat moins de journées improductives. Le mois dernier, on a découvert que nous avions cinq vaches en acétonémie, une maladie que nous ne soupçonnions même pas avant! On leur donne depuis un supplément énergétique de glycol et de la vitamine B12, et les animaux font de meilleures lactations. Avant, le vétérinaire venait chaque semaine; il ne vient plus que toutes les trois semaines. Quand il arrive, il n’enfonce plus son bras intrarectal à la recherche de kystes folliculaires ou d’embryons — il commence par s’asseoir à l’ordinateur pour noter des numéros! »

Disposer de données a toutefois un coût annuel d’environ 20 000 $, car il faut acheter des réactifs chimiques pour l’analyseur de lait. De plus, on doit apprendre à travailler avec des données. « Il faut une année complète pour maîtriser les bases des rapports générés par les robots ou l’analyseur, souligne Éric. Et même après trois années complètes, j’assimile encore de nouvelles fonctionnalités! »

Deux fois par année, Nicolas Marquis, conseiller spécialisé en production laitière de La Coop, visite l’entreprise. Il offre aussi du télédépannage pour analyser à distance les données et débusquer les vaches inefficaces ou à risque de problèmes. « En quelques minutes, j’arrive à cerner les grandes tendances de la ferme et les plus petits problèmes, dit-il. Les données sont des outils fantastiques : je ne conseille plus en me basant sur des impressions, mais sur des constatations! »

Vous pouvez lire la version complète de ce reportage dans la version papier du Coopérateur, édition de mai-juin 2018.

Portrait de Étienne Gosselin

QUI EST ÉTIENNE GOSSELIN
Étienne collabore au Coopérateur depuis 2007. Agronome et détenteur d’une maîtrise en économie rurale, il œuvre comme pigiste dans la presse écrite et électronique. Il habite Stanbridge East, dans les Cantons-de-l’Est.

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