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GES en agriculture : le procès de la viande et l’achat local

COMMENT RÉDUIRE SES ÉMISSIONS DE GAZ À EFFET DE SERRE ? QUELLE EST LA CONTRIBUTION DES SYSTÈMES AGRICOLES AUX ÉMISSIONS GLOBALES DE GES ? CES QUESTIONS CONTINUENT DE SEMER LA CONFUSION. LES OPINIONS DIVERGENT. LES ÉTUDES AUSSI. COMMENT S’Y RETROUVER ? TROIS EXPERTS NOUS FONT PARTAGER LEUR SAVOIR. [TROISIÈME D’UNE SÉRIE DE TROIS ARTICLES]

Pour réduire nos émissions de GES, on nous intime de consommer moins de viande rouge. Mais les animaux de boucherie ont plus à offrir que des gaz à effet de serre. Ils mangent de l’herbe, dont nous ne pourrions pas nous nourrir. Ils fournissent des nutriments utiles à la fertilité des sols et permettent à l’agriculture de se déployer dans des territoires peu propices aux cultures végétales. C’est ce que veut nous faire réaliser Patrick Mundler, professeur au Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l’Université Laval.

« On sait que les ruminants produisent des GES, mais on ne considère pas le fait qu’ils transforment de l’herbe en produits alimentaires pour les humains – et que, jusqu’à preuve du contraire, on ne va pas brouter de l’herbe, lance Patrick Mundler. En outre, il y a de nombreux endroits dans le monde où on ne pourra pas faire autre chose que de l’herbe. Les animaux transforment des végétaux en possibilités de s’alimenter. »

Mundler est d’avis qu’il serait insensé de penser pouvoir convertir toutes les prairies en hectares de céréales ou de légumes, sous prétexte qu’il faudrait cesser de consommer de la viande. Cet universitaire mise plutôt sur la valorisation de systèmes agricoles diversifiés.

Il poursuit en disant : « Dans une perspective agroécologique et d’économie circulaire plus globale, les déjections de ces animaux fertilisent les sols, qui produisent les fourrages qu’ils consomment. Il ne faut pas mettre dans le même sac l’animal élevé au pré et celui qui a passé sa vie dans un parc d’engraissement. »

Il est vrai que les ruminants ont un bilan carbone plus lourd que les porcs et les volailles, mais ces derniers sont nourris de moulées composées de céréales, de maïs et de soya cultivés sur des terres arables. Ces cultures génèrent aussi des problèmes environnementaux lorsqu’elles sont produites de manière intensive.

Lorsqu’on analyse la situation seulement par la lorgnette du bilan carbone, on favorise invariablement les économies d’échelle, donc la concentration de l’activité. « Par exemple, souligne Mundler, il est démontré que, par kilo de pain, la boulangerie industrielle produit moins de GES que la boulangerie artisanale. »

Le bilan carbone ne peut donc être l’unique boussole, dit ce défenseur du développement local, car on passe à côté d’un tas de choses : économie diversifiée, offre alimentaire variée, développement régional. Ce qu’il admet être difficile à dire dans une période où les changements climatiques sont un enjeu majeur. « Si on regarde les choses d’un point de vue global et transversal, on devrait arriver à lutter contre les changements climatiques sans dénoncer les boulangeries artisanales au profit de la boulangerie industrielle, et sans tomber à bras raccourcis sur les éleveurs qui font manger de l’herbe à leurs vaches. » Il précise du même souffle qu’il ne cherche pas à exonérer pour autant l’élevage dit « industriel », lequel s’accompagne aussi de son lot d’impacts environnementaux.

« Bref, l’idée que je défends, c’est que s’il faut adopter des pratiques qui réduisent les émissions de GES, mais en ayant seulement pour objectif le bilan carbone, on risque de favoriser des systèmes qui, sur plusieurs autres dimensions, ne sont parfois pas très favorables : concentration des déjections, transport, utilisation des pesticides pour faire pousser le maïs et le soya. »

Pris isolément, l’indicateur des émissions de GES présente donc les mêmes inconvénients que tout indicateur unique. 

Sources :

Le Devoir
Université Laval
Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre en 2016 et leur évolution depuis 1990

Patrick Dupuis

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

patrick.dupuis@lacoop.coop

patrick.dupuis@lacoop.coop

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

patrick.dupuis@lacoop.coop