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Chroniques / Pause-Pensée

La coopération, un antidote à l’anxiété

En novembre dernier, l’Union étudiante du Québec (UEQ) présentait les résultats d’une enquête réalisée auprès des étudiants universitaires. On y apprenait que 58 % d’entre eux souffrent de détresse, que 19 % présentent des symptômes dépressifs nécessitant une aide professionnelle et que 9 % ont sérieusement pensé au suicide. Des constats alarmants.

Philippe LeBel, le président de l’association, pointe du doigt l’intense compétition qui sévit dans le milieu universitaire: « La compétition entre étudiants et étudiantes crée de l’anxiété de performance, ça fait en sorte que les gens commencent à vivre de la détresse psychologique et, à partir de là, on entre dans un cercle infernal et tout ne fait qu’empirer. »

De l’autre côté de l’océan, à quelques semaines d’intervalle, paraissait un article du journaliste anglais John Morgan évoquant une enquête semblable conduite au Royaume-Uni. Mêmes constats. La féroce compétition que doivent se livrer les étudiants, entre autres pour obtenir des bourses et être publiés dans les meilleures revues savantes, mine leur santé : plus de la moitié des étudiants universitaires britanniques ont révélé souffrir de dépression, d’anxiété ou d’autres problèmes de santé mentale.

Morgan demande : « La coopération est-elle l’antidote à l’anxiété compétitive dans l’enseignement supérieur? » Il croit que oui. C’est pourquoi, à la recherche d’un modèle dont on pourrait s’inspirer, il se tourne vers l’Université de Mondragón. Eh oui! Mondragón, ce gigantesque ensemble coopératif du Pays basque espagnol, que les dirigeants du réseau Sollio Groupe Coopératif sont allés visiter en 2014.

Le complexe de Mondragón, on se le rappellera, abrite sa propre université. Une université coopérative, évidemment, qui appartient à ses membres usagers et est gérée démocratiquement. À partir de ses locaux dans neuf campus, cette université accueille des milliers d’étudiants chaque année dans différents programmes, du génie à la gastronomie en passant par l’administration des affaires et la gestion.

Morgan croit que ce modèle est porteur. Il est viable – a fait ses preuves – et il détient la promesse d’une vie universitaire épanouie, où la démocratie et l’inclusion prennent en compte les véritables besoins des usagers.

En effet, on conviendra qu’il est plus agréable d’évoluer dans un milieu empreint de coopération que de se battre sans relâche les uns contre les autres.

Ce n’est pas la première fois qu’on relie coopération et bien-être psychologique. Dès 2002, à l’Université Emory, à Atlanta, on avait utilisé des techniques d’imagerie par résonance magnétique pour déterminer quelles parties du cerveau de volontaires étaient stimulées lors d’actes de compétition et de coopération. Il s’était avéré que les signaux cérébraux les plus importants avaient été enregistrés lorsque les participants coopéraient entre eux et que le siège de la jouissance à l’état pur, le striatum, s’en trouvait stimulé!

Il y a aussi eu le Pr Spencer Kagan, sommité en matière d’apprentissage coopératif. Depuis très longtemps, Kagan prône la coopération et le dialogue en classe, car, explique-t-il, cela calme l’amygdale et réduit par ricochet la production d’hormones de stress. Et n’oublions pas le sociologue Robert Putnam, qui, dans son livre à succès Bowling Alone, notait que s’engager au sein d’une association faisait diminuer de moitié le risque de mourir dans l’année suivante!

Plus récemment, de nombreux témoignages de membres de CUMA françaises ont également confirmé les bienfaits psychologiques que leur procure la coopération de proximité. En France, la CUMA fait désormais partie de la boîte à outils des agriculteurs.

Mais comment s’étonner du pouvoir extraordinaire de la vie coopérative? Il n’y a pas de magie là-dessous. L’étude de l’UEQ rappelle que le meilleur prédicteur de la déprime, c’est la solitude... Or, en coopération, on n’est jamais seul. Alors oui, assurément, la coopération peut être un antidote à l’anxiété. Of course!

Colette Lebel

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop

colette.lebel@lacoop.coop

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop