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Affaires agricoles

Ferme G. J. Forget : cultures pour consommation humaine

Photo : Gilles Forget porte un œil acéré sur ses pratiques et ses coûts de production.

Appliquer des recettes toutes faites? Les Forget préfèrent tout remettre en question en perfectionnant leurs façons de cultiver le soya, le maïs, le blé, le haricot et le pois de conserverie, cinq cultures… pour l’alimentation humaine!

Gilles Forget, 58 ans, raconte avec fierté son parcours et celui de sa défunte épouse, Josée, emportée par le cancer en 2007. Parents de cinq enfants, ils ont frayé la voie à l’intégration à l’entreprise de quatre de ceux-ci, l’autre ne gravitant jamais loin de la ferme familiale. Pour y arriver, ils ont produit toutes les hausses successives de quota laitier accordées à l’exploitation, de sorte qu’en 2019 l’étable devra être agrandie. Conséquemment, c’est du côté des champs que les Forget prennent de l’expansion, en cultivant selon le mode biologique, qui est vu comme une façon d’ajouter des revenus et de sabrer les dépenses.

Jusqu’ici, ce sont surtout les filles, Pascale et Roxane, qui ont pris le troupeau laitier en main. Virginie, 18 ans et encore étudiante à l’ITA, aimerait beaucoup se lancer dans les œufs de consommation quand du quota sera disponible. Quant à Martin, diplômé en mécanique agricole, sa voie était tracée pour la prise en charge des opérations au garage et au champ, notamment les 91 nouveaux hectares acquis récemment par la ferme.

Soya non GM

Depuis 15 ans, la famille cultive du soya conventionnel ou soya IP (identité préservée), destiné aux marchés de la trituration et de la transformation en tofu et en boisson de soya au Québec, ou bien est exporté vers l’Asie. En 2018, Gilles a choisi la variété mi-tardive Ajico (125 jours, 2725 UTM), de Semences Elite, offrant une bonne résistance à la moisissure blanche causée par Sclerotinia. Ce soya est semé tous les 30 po pour faciliter l’entrée au champ en cas d’infestations de pucerons ou de tétranyques à deux points.

Côté commercialisation, en ayant des contrats ouverts et fermés pour son soya IP, la ferme répartit les risques financiers. En 2018, une différence de 100 $ la tonne a entraîné un revenu supplémentaire de 50 000 $ quand les cours du soya ont plongé! Étant négociateur pour la Fédération des producteurs de fruits et légumes de transformation, Gilles a une connaissance fine de ses coûts de production. Il sait donc précisément quel niveau de prix couvre ses coûts.

Tournée de la rotation

Sclérotiniose, chrysomèles, fusariose… Pour amoindrir le risque des maladies et des insectes, Gilles Forget a mis au point la rotation de longue durée suivante : maïs, soya, blé d’automne, pois ou haricot, puis trois années de prairie de fléole et de luzerne. En répartissant les graminées et les légumineuses et en ayant des cultures qui sortent tôt du champ (blé, pois et haricot de conserverie) pour permettre le chaulage, le drainage, le nivèlement et la culture d’engrais vert (mélange de blé, de trèfle et de radis fourrager cette année), l’entreprise s’assure de réduire au minimum l’impact des pathogènes et des bestioles.

Gilles Forget valorise l’assolement varié non seulement pour ce qu’il contrecarre, mais pour ce qu’il améliore : les systèmes racinaires qui plongent en profondeur pour décompacter le sol ou qui le structurent, le buffet de matière organique ou de composés azotés apportés par les résidus de culture ou les légumineuses fixatrices d’azote, les organismes vivants du sol qui s’alimentent à ce buffet gratuit et qui prospèrent, la porosité et l’aération naturelle qui s’installent dans les différents horizons... Gilles Forget compte sur la diversité pour accroître la biodiversité, sur une rotation diversifiée pour augmenter les revenus.

S’ils ont essayé le semis direct et qu’ils pratiquent l’agriculture de précision au pouce près, ils ressortent invariablement la charrue semi-portée réversible. Comme la famille tend vers la production de grains biologiques, elle n’a plus accès aux herbicides sur un nombre grandissant d’hectares.

Après chaque culture, les six versoirs de la charrue retournent donc les 20 premiers centimètres de terre, jamais plus, pour ne pas bouleverser les horizons moins fertiles. Un passage obligé, qui permet en outre d’assainir le sol et de prévenir les maladies racinaires, car le retournement de la terre n’a pas que des défauts, selon Gilles Forget et Marc Rochette, technologue et expert-conseil de La Coop Unifrontières.

L’entreprise détient des blocs de terre dans quatre municipalités. Mais pour leurs terres de Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix, situées aux environs de la ferme laitière (qui fournit facilement du fumier), les Forget ont obtenu la certification biologique. Cette certification, couplée à la culture de produits pour l’alimentation humaine et à ses primes, permet de générer plus de revenus.

 

Cultures en 2018

Soya IP

170 ha

Maïs-grain conventionnel

120 ha

Maïs-grain bio

47 ha

Blé d’automne

30 ha

Pois de conserverie

40 ha

Haricot de conserverie

20 ha

Blé-orge-pois (troupeau laitier)

18 ha

Fléole-luzerne (troupeau laitier)

40 ha

Maïs fourrager (troupeau laitier)

15 ha

Pâturage (taures gestantes)

1 ha

 

Étienne Gosselin

QUI EST ÉTIENNE GOSSELIN
Étienne collabore au Coopérateur depuis 2007. Agronome et détenteur d’une maîtrise en économie rurale, il œuvre comme pigiste en communication et dans la presse écrite et électronique. Il habite Stanbridge East, dans les Cantons-de-l’Est, où il cultive le raisin de table commercialement.

etienne.gosselin@lacoop.coop

QUI EST ÉTIENNE GOSSELIN
Étienne collabore au Coopérateur depuis 2007. Agronome et détenteur d’une maîtrise en économie rurale, il œuvre comme pigiste en communication et dans la presse écrite et électronique. Il habite Stanbridge East, dans les Cantons-de-l’Est, où il cultive le raisin de table commercialement.