Olymel : à la conquête des marchés

par Patrick Dupuis

Écrit en collaboration avec Guylaine Gagnon

Projetons-nous dans l’avenir. Quelles seront les tendances des marchés? Où se fera la prochaine croissance? Comment Olymel se positionnera-t-elle dans cette mouvance? Entretien avec son PDG depuis 20 ans, Réjean Nadeau.

Le porc Olymel est présent dans 65 pays. Les États-Unis sont votre plus important marché. Où sur la planète se développeront les ventes de l’entreprise?

Les analystes s’entendent pour dire que la hausse de la consommation de viande de porc se fera principalement en Asie. Les Asiatiques adorent cette viande. Et plus leurs revenus s’accroissent, plus ils ont la capacité d’en acheter et de choisir des coupes de qualité. On a toujours été très forts sur le marché japonais avec des produits haut de gamme, et ça se poursuivra. En Corée, nos affaires progressent. Les Chinois des classes moyenne et supérieure préfèrent de loin les produits importés. Cette tendance se traduira par de bonnes occasions d’affaires pour Olymel. Enfin, le Partenariat transpacifique nous ouvrira des portes supplémentaires sur ces marchés pour des produits de base à valeur ajoutée et surtransformés, notamment au Vietnam, où nous sommes déjà présents et où le porc est consommé en grande quantité.

Vous n’êtes pas les seuls à vouloir vous développer en Asie. Comment s’y distinguer?

Il faut être rapide et agile, et fournir un produit de qualité de façon constante. La réputation d’Olymel est très bonne. En Chine, nos emballages ont même été copiés. C’est signe que la marque est très forte.

Le règlement américain d’étiquetage indiquant le pays d’origine (COOL) a récemment pris fin. Olymel en tirera-t-elle avantage?

Il y a deux aspects à ce chapitre. L’aspect négatif, c’est que la levée du COOL permet à la production de porcs finis et de porcelets de franchir la frontière pour être mise en marché aux États-Unis sans référence au pays d’origine. Si davantage de porcs sont expédiés aux États-Unis, l’offre au Canada pourrait baisser, ce qui ferait augmenter les prix. Cette situation toucherait principalement l’Ontario, le Manitoba et, dans une moindre mesure, l’Alberta.

Et l’aspect positif?

Avant le COOL, nous étions limités à vendre nos produits aux services alimentaires ou à des transformateurs, car les détaillants américains ne voulaient pas se donner la peine d’étiqueter les produits canadiens. La levée de cette règlementation nous donne accès au marché de détail, qui est très important.

L’avenir est-il à la grande taille ou plutôt aux petites entreprises adaptées aux marchés de niche?

Un modèle n’exclut pas l’autre. Olymel est le premier transformateur à l’échelle canadienne et le septième ou huitième en Amérique du Nord. Mais à l’échelle mondiale, si on se compare à Smithfield, aux États-Unis, ou à certaines grandes entreprises allemandes, nous sommes relativement petits. L’agilité d’Olymel lui permet de trouver sa place dans les marchés tant de masse que de niche. Le partenariat avec le groupe Robitaille, très niché avec le porc Nagano exporté au Japon, en est un bel exemple.

Comment se développera le secteur de la volaille chez Olymel?

La volaille représente le tiers de notre chiffre d’affaires. Nous en sommes le premier transformateur au Canada. Au cours des 10 dernières années, chez Olymel, la rentabilité de ce secteur a toujours été très bonne. La consommation de cette viande est en hausse constante. Outre les acquisitions et partenariats récents, comme Sunnymel, qui ont accru nos abattages, Olymel veut augmenter ses activités de surtransformation pour répondre à une très forte demande. Olymel est le plus important fournisseur de produits surtransformés aux chaînes de restauration rapide. Plusieurs projets de développement sont donc sur la table. On a investi 11 millions $ à l’usine de surtransformation de volaille de Sainte-Rosalie l’an dernier, pour en accroître la capacité de 40 %. Nous évaluons également la possibilité d’un important investissement à notre usine de Brampton, en Ontario.

La croissance dans le porc se fera à l’international. Celle de la volaille se fera au Canada?

Il n’y a pas d’exportations de volaille, car cette production est assujettie aux règles de la gestion de l’offre. En limitant les importations, l’entente signée par le précédent gouvernement enlève une menace qui pesait sur l’industrie de la volaille et sur la gestion de l’offre. Cette entente nous permet de maintenir nos marchés et de continuer à nous développer à l’intérieur du Canada.

Pour favoriser sa croissance, Olymel songe-t-elle à établir un partenariat avec un investisseur?

La Coop fédérée souhaite demeurer propriétaire majoritaire d’Olymel. Par contre, sa volonté est d’avoir des partenaires. Nous avons récemment annoncé deux ententes, avec les entreprises ATRAHAN et Robitaille, qui deviendront des partenaires d’Olymel. Nous sommes actuellement en discussion avec d’autres groupes. Par ailleurs, il n’est pas exclu qu’Olymel procède à des acquisitions d’entreprises aux États-Unis, notamment dans le secteur des viandes transformées.

Le contrôle des coûts de transformation dans les abattoirs d’Olymel est-il un enjeu sur lequel vous comptez vous pencher?

C’est un enjeu très important. Les ententes avec ATRAHAN et Robitaille nous permettront de revoir notre modèle d’affaires et de réaliser des économies importantes dans nos activités de l’est du pays. Mais il y a aussi toute la structure de la Filière porcine coopérative que l’on veut optimiser. Dans l’Ouest, pour l’usine de Red Deer, on produit plus de la moitié des porcs qu’on y abat. Ça permet d’aplanir les cycles entre la production et la transformation. Souvent, quand c’est très payant dans la production, ça l’est moins dans la transformation, et vice versa.

Au Québec, on n’envisage pas la même forme d’intégration, mais plutôt une coordination dans la Filière, depuis que le conseil de La Coop fédérée a confié à Olymel ses services techniques en production porcine et la mise sur pied des cinq maternités collectives des Fermes boréales, un projet de 50 millions $ avec les normes les plus avancées en matière de bien-être animal. La première maternité a récemment commencé ses activités à Fugèreville. Ces avancées aideront à rendre plus robuste la Filière porcine québécoise.

Les activités d’abattage au Québec et au Canada sont-elles très concentrées?

Au Canada, pour le nombre de porcs abattus, il y a encore beaucoup d’acteurs. La consolidation est inévitable.

Quels sont vos objectifs en recherche et développement?

Nous voulons renforcer la culture de l’innovation dans toute l’entreprise. Non seulement pour nos produits, mais aussi dans nos façons de procéder, en environnement, en gestion des ressources humaines, etc. Pour faire en sorte que l’innovation devienne un réflexe. Diverses initiatives seront mises en œuvre dans les mois et les années à venir.

Portrait de Patrick Dupuis

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

patrick.dupuis@lacoop.coop

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